Pont-l’Abbé. La rue Youenn Drezen sera-t-elle débaptisée ?

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22/01/2015 – 08H00 Pont-l’Abbé (Breizh-info.com) – La rue Youenn Drezen de Pont-l’Abbé sera-t-elle débaptisée ? La commune  finistérienne, qui a été la première à donner, en 1979, le nom d’une de ses artères au journaliste et écrivain populaire de langue bretonne Youenn Drezen,  fait en effet l’objet, depuis une dizaine d’années, d’une virulente campagne afin que cette rue soit débaptisée. Pour l’extrême-gauche et le Parti communiste, la rue Drezen est – au choix – une « tache incongrue » ou  un «outrage  à notre vivre ensemble» (sic). Pas moins.

Youenn Drezen, de son vrai nom Yves Le Drezen, est né à Pont l’Abbé en 1899 dans une famille modeste.  Il débute sa carrière de journaliste en 1924 avec son ami Jakez Riou au Courrier du Finistère. La même année il participe au congrès panceltique de Quimper aux côtés du communiste Yann Sohier et du nationaliste breton François Debeauvais. Il va collaborer à la revue Gwalarn créée en 1922 par Roparz Hémon. Il y donne des poèmes et des traductions de l’espagnol et du grec ancien.

DrezenA partir de 1925 il traduit en breton des œuvres d’Eschyle et mène une carrière d’écrivain, multipliant romans, nouvelles, pièces de théâtre entièrement écrites en breton. Son roman le plus célèbre est Itron Varia Garmez , publié en 1941 – Notre Dame Bigoudenn en version française – et dont Pierre Jakez Hélias écrira dans une édition de 1977 : « il portait témoignage du dedans, ayant pu s’identifier, à force de sympathie et d’observation au petit peuple des faubourgs de Pont l’Abbé, la fière, la frondeuse, l’irréductible capitale du Pays bigouden. Il était de ce peuple et s’est gardé de jamais en sortir ». Youenn Drezen  membre des Seiz Breur s’attachait à faire illustrer ses œuvres par des artistes comme René–Yves Creston ou Xavier de Langlais.

Durant l’Occupation, Youenn Drezenn va continuer son activité journalistique et collaborer à toute la presse bretonne de l’époque, que ce soit à L’heure bretonne, organe du PNB, ou dans le quotidien La Bretagne de Yann Fouéré. Il y publiera plusieurs  articles antifrançais et parfois antijuifs. En 1943 il prend la direction du journal bilingue  Arvor créé par Roparz Hémon et en fait le premier hebdomadaire entièrement en breton. Il y écrit des  textes contre les bombardements alliés en Bretagne et en particulier ceux de Nantes en septembre 1943 qui firent plusieurs milliers de victimes.

Inquiété à la Libération, Drezen sera arrêté le 6 septembre 1944 et interné à Rennes. Il est rapidement libéré le 10 janvier 1945, son dossier sera classé sans suite. Il ne fera l’objet que d’une interdiction de séjour d’un an en Bretagne administrative. L’artiste Seiz Breur, le résistant René-Yves Creston et Marcel Cachin, un des fondateurs du parti communiste et directeur de L’Humanité, avaient témoigné en sa faveur.

Résidant à Nantes où il tient le Café des Halles rue du Pont de l’Arche sèche, il écrit dans Al Liamm, la revue continuatrice de Gwalarn. Peu avant sa mort à Lorient en 1972, il publie Skol Louarn Veig Trebern (« L’école du renard »), un roman inspiré de sa jeunesse pauvre, considéré comme son chef d’œuvre d’après guerre.

C’est Pierre Jakez Helias qui prononça en 1979 un discours lors l’inauguration de la rue Drezen de Pont l’Abbé, en présence des élus et de syndicalistes communistes de la CGT.

Le 18 août 2011, Le Télégramme  résumait en ses mots la vie et l’œuvre de Youenn Drezen : « Ecrivain bretonnant, il a dépeint avec brio les luttes des classes qui sévissaient au début du XIXème (sic) dans deux ouvrages : L’Ecole du renard et Notre Dame Bigoudenn. Affilié à Breiz Atao, l’homme collabore pendant la seconde guerre mondiale, il est jugé à la Libération et interdit de séjour en Bretagne. Dévasté, il meurt d’alcoolisme en 1971 à Nantes  où il s’était exilé ».

La rue Drezen de Brest fut la première contestée par la très trotskyste Libre pensée  du Finistère en 2006. Celle-ci exigeait qu’elle fût débaptisée car « elle porte le nom d’un nationaliste breton qui s’est tristement signalé dans les périodes les plus sombres de notre histoire ». Ce qui lui valut cette réponse d’un riverain : « Soixante ans après, quel est l’intérêt de faire revivre des souvenirs douloureux qui ne sont plus connus que par un nombre infime de concitoyens ?  L’oubli et le pardon des fautes font aussi partie de la grandeur d’esprit ».  L’affaire en resta là.

iton variaAujourd’hui c’est la rue de Pont-l’Abbé qui porte le nom de l’écrivain breton qui est dans le collimateur de l’extrême-gauche bretonne et du Parti communiste. Ce dernier accuse l’auteur d’ Itron Varia Garmez  d’avoir « prôné la collaboration avec l’ennemi nazi en professant le culte du chef, l’idéologie raciale, l’antisémitisme et en encourageant la délation des patriotes et des résistants ». Rien moins.

Daniel Quillivic, un enseignant retraité de Pont-l’Abbé, a relancé début 2015 la polémique dans les colonnes d’Ouest France : « le patronyme de cette rue constitue un outrage permanent à notre vivre ensemble » en reprenant l’antienne de la Collaboration et des discriminations racistes. Ce compagnon de route du PCF prétend être « totalement en phase » avec le maire UMP de Pont l’Abbé, mais ce sont les riverains qui ne veulent pas changer le nom de la rue. Cela lui a valu le soutien immédiat des dissidents du PC du blog L’hermine rouge, un blog « franchement communiste du Finistère »  et carrément nostalgique du stalinisme.

Ne voulant pas être en reste le PC bigouden est revenu à la charge plus violemment encore : « On ne refait pas l’histoire (sic)…  Peut-on accepter qu’à notre époque troublée, il soit encore rendu hommage de façon permanente à un homme qui fut un chantre du racisme, de l’antisémitisme, à un auteur pro-nazi qui ne s’est jamais considéré comme français et qui crachait sur la République ? ».

Quel sera le résultat de toute cette polémique ? Thierry Mavic maire de Pont l’Abbé cèdera-t-il aux pressions d’un parti qui ne représente plus guère que 6% dans sa ville ?

Évoquant le cas du Seiz Breur René Yves Creston, inquiété lui aussi en 1945, Mona Ozouf écrivait : «  Il était relativement fréquent que des résistants participent à la presse autonomiste, un maquisard pouvait lire assidûment L’Heure bretonne, le journal du P.N.B. et participer à des sabotages ; un résistant pouvait continuer à fournir des articles culturels à la presse nationaliste. C’étaient des temps déraisonnables, féconds en parcours erratiques ».

En 1793, les premiers assignats de la République jacobine portaient la mention : « la Nation récompense  le dénonciateur ». Un peu plus de deux siècles plus tard, on peut constater que certains adhèrent encore sans réserve à cette devise.

François Cravic

Photo : DR
Breizh-info.com, 2016, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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13 Commentaires

  1. N’importe quoi ils oublient les communistes qu’ils ont fait des millions de mort ça devient débile donc enlever aussi les rues qui s’appelle Karl Marx

  2. Les maniaques de l’indignation affichent leur indigence ! S’en prendre à une plaque de rue plus de quarante ans après la mort de son titulaire au nom de faits vieux de plus de soixante-dix ans, qui au surplus ont été examinés par la justice (et pas n’importe laquelle : celle de la Libération, rarement indulgente) et considérés comme guère punissables, voilà qui confine à la maladie mentale. Youenn Drezen a des rues à son nom en raison de son oeuvre littéraire. Ces minables qui s’en prennent à lui feraient mieux de s’intéresser aux rues qui portent le nom de dirigeants communistes dont le seul titre de gloire est d’avoir fait une carrière politique pour avoir soutenu Staline au bon moment.

    • oui une honte…vraiment pathétique comme combat , on pourrait même en rire si ce n’était révélateur d’un jacobinisme exacerbé dans ce parti qui ne représente plus rien soit dit en passant , en l’occurrence un enseignant retraité , nostalgique sans doute du temps de la bille ou du sabot symboles délateurs prisés par certains d’entre eux jusqu’aux années 47 peut être plus…….mon mari bretonnant appréciera

  3. A 2 pas de chez moi, j’ai une rue « Robespierre » et serais d’accord pour enlever à ce révolutionnaire, coupeur de têtes cet hommage. Pour moi, c’est comme si on nommait des rues comme « Hitler » . Que de sang innocent sur leur main!

  4. Il n’est pas sage de donner des noms de personnes aux rues: ceci est encore une mauvaise idee francaise imposee a la Bretagne et peu courante au moins en Europe du Nord. Avant d’en vouloir a Youenn Drezen les fanatiques des idees francaises feraient bien de faire le menage. il y a en France et en Bretagne des milliers de noms de rues, et encore pire des noms d’ecoles qui portent des noms de personnes peu recommendables: Napoleon le premier antechrist avant Hitler, Jules Ferry le raciste, Paul Bert raciste forcene!

    Voici Jules Ferry: Messieurs, il faut parler plus haut et plus
    vrai ! Il faut dire ouvertement que les races
    supérieures ont un droit sur les races inférieures. (…)

    Je répète qu’il y a pour les races
    supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir
    de civiliser les races inférieures.(…)
    Paul Bert ici:
    Tous les hommes ne sont pas identiques à ceux de ce pays-ci. Déjà, dans notre petit village, il y a des blonds et des bruns qui sont assez différents les uns des autres. Vous savez qu’un Flamand, grand et blond, ressemble encore moins à un provençal, petit et très brun. Un Allemand et un Italien sont encore plus dissemblables. Mais enfin, tous les peuples de notre Europe ont la peau blanchâtre comme la nôtre, la figure régulière, le nez droit, la mâchoire d’aplomb, les cheveux plats mais souples, ou même ondulés. Au contraire les Chinois ont la peau jaunâtre, les cheveux plats, durs et noirs, les yeux obliques, les dents saillantes. Les Nègres ont la peau noire, les cheveux frisés comme de la laine, les mâchoires en avant, le nez épaté; ils sont bien moins intelligents que les Chinois, et surtout que les Blancs […]. Il faut bien voir que les Blancs étant plus intelligents, plus travailleurs, plus courageux que les autres, ont envahi le monde entier et menacent de détruire ou de subjuguer toutes les races inférieures. Et il y a de ces hommes qui sont vraiment inférieurs. Ainsi l’Australie est peuplée par des hommes de petite taille, à peau noirâtre, à cheveux noirs et droits, à tête très petite, qui vivent en petits groupes, n’ont ni culture ni animaux domestiques (sauf une espèce de chien), et sont fort peu intelligents. Certaines peuplades humaines ne savent même pas faire du feu. »[1]

    « Les Nègres, peu intelligents, n’ont jamais bâti que des huttes parfois réunies en assez grand nombre pour faire une ville ; ils n’ont point d’industries ; la culture de la terre est chez eux au maximum de simplicité. Ce ne sont pas cependant les derniers des hommes. Il faut mettre après eux, comme intelligence, les petites races d’hommes qui habitent les régions les plus inaccessibles de l’Afrique (…). Bien au-dessus du Nègre, nous élèverons l’homme à la peau jaunâtre (…). Il a fondé de grands empires, créé une civilisation fort avancée (…) mais tout cela semble de nos jours tombé en décadence (…). Mais la race intelligente entre toutes, celle qui envahit et tend à détruire ou à subjuguer les autres, c’est celle à laquelle nous appartenons, c’est la race blanche. »[2]

    « Il faut placer l’indigène en position de s’assimiler ou de disparaître

    • Faute de croissance économique, il faut bien s’occuper. Vous oubliez la plus grande lumière : Voltaire. Il a écrit des choses énormes et on y associe autre chose qu’1 petite rue à Pont Labbé.

      Bientôt il faudra passer à De Gaulle. En UK, quelqu’un a été condamné en citant un passage d’un livre de W. Churchill du début du 20ième siècle.

      Effectivemment : avenue des primevères, rue des chênes, allée des cèpes, seraient plus en accord avec l’idéologie actuelle.

  5. Malheureusement Pont l’Abbé possède déjà une place Gambetta, un homme de valeur bien connu dans nos rues et places en Bretagne et dont l’honneur pour la République fut favoriser de toutes ses forces la mort de milliers de Bretons qui voulaient sans aucun doute du mal à cette belle République. Et même si cela n’était pas le cas, leur présence en masse près de la belle capitale des Droits de l’Homme justifiaient amplement les mesures salutaires que ce grand homme a mis en œuvre et que nous Bretons saluons aujourd’hui!
    Mais par bonheur il n’y a pas encore de rue Joseph Staline, un symbole glorieux de l’humanisme communiste souvent injustement reconnu et qui par le sacrifice de sa personne a su vaincre le fascisme, en profitant pour éliminer massivement Polonais, Ukrainiens, Cosaques, déplacer des millions de personnes en Europe centrale (heureusement qu’on n’apprend pas ce fait en cours d’histoire) et créer un état juif en Sibérie pour s’en débarrasser le plus loin possible de Moscou tout en gardant les mains propres. Avoir les mains propres était important pour Joseph Staline…! Oui, le nom de ce grand homme a certainement sa place dans l’une nos rues bretonnes au coté de Gambetta!
    Après tout, Quiberon met à l’honneur Hoche sur le lieu de ses crimes de guerre (l’exécution de 900 prisonniers)…. Il y a de quoi être jaloux!
    Saluons donc l’initiative du PC Français qui sait revenir avec courage sur les erreurs de ses anciens membres qui dans leur errance passagère apportaient soutient à Y.Drezen.

    • Il y a quand même le metro Stalingrad, même si on peut argumenter sur la bataille. Les russes sont toutefois revenu à Volgograd. Ne pas oublier les états baltes pour les déportations. Gambetta et Hoche sont aussi à l’honneur à Rennes.

  6. [Eus Bro Bergamo – Italia -]

    Je laisserais le mot de la fin à Youenn Drezen :

    « Hon huñvreoù a vo trec’h d’ar bed! »
    (Nos rêves seront le triomphe du monde !).

    Gant ma gwellañ gourc’hemennou evit ho yezh hag ho sevenadur.

  7. C’est vraiment lamentable ! Sous couvert de faire la chasse aux collaborateurs, ce sont les hommes les plus brillants de la création bretonne qui sont visés car il s’agit de taire et d’effacer toute trace d’une pensée bretonne originale, indépendante de la pensée française, qui pourrait permettre à certaines personnes qui s’interrogeraient sur qui était ce « Youenn Drezen » de découvrir que les Bretons sont un peuple à part entière, avec des génies propres. S’il s’agissait de traquer le moindre collaborateur, les soi-disant libres penseurs s’en prendraient aux rues et places portant le nom de Sartre qui disait qu’un vent de liberté soufflait sous l’occupation allemande, de Mitterand qui a reçu la francisque, d’Alexis Carel qui a eu le prix Nobel eugéniste et racialiste et caetera. Mais au lieu de ça, ils s’attaquent à Roparz Hemon, à Loeiz Herrieu, à Polig Montjarret ou à Youenn Drezen qui se sont rendus coupables d’entrefilets inconséquents ; là où les autres ont poussé au meurtre et à la haine destructrice !

    Mais là n’est pas leur but, à savoir traquer les nazis ou apparentés, et ils veulent nous rendre honteux de notre histoire glorieuse. Bien dupe et naïf et ignorant qui se laisse prendre au jeu. Car Youenn drezen est une gloire de notre Histoire et de notre littérature bretonnes ! « Itron-Varia Garmez » qui retrace l’histoire du rêve fou de Paol Tirili qui veut se surpasser en donnant un chef-d’œuvre à sa ville natale, gratuitement, malgré l’opposition des commères du lavoir, des ragots de pochtrons, l’incrédulité des prêtres ou la condescendance des bourgeois, est un chef-d’œuvre dépeignant, sous les traits du réalisme, la vie des Bretons dans les années 30 dans toute sa richesse !

    Ces pourris ont fait de Youenn un homme aigri et ravagé sur la fin de sa vie, et non contents de détruire la vie d’un homme, ils veulent détruire celle de tous les Bretons ! C’est dégueulasse ! Comment de telles personnes ne rencontrent pas plus d’opposition et une indignation généralisées chez nous !

  8. Mona Ozouf a raison et il n’y a pas eu crime majeur; aussi les contradictions d’une minorité Jacobine condamnée par l’Histoire pèse peu dans un court avenir face à une erreur certes grace mais jamais conséquente. C’est bien là en Pays Bigoudin, et non dans le Paris Jacobin, qu’un Max Jacob a trouvé refuge…!!!!!!!!????

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