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23/03/2016 – 08h10 Rennes (Breizh-info.com) –Le mouvement contre la loi Travail continue. Alors que plusieurs associations patronales viennent de déclarer la guerre aux modifications de la loi faites par le gouvernement après la forte mobilisation du 9 mars, les manifestants étudiants et syndicaux qui réclament l’abandon total du projet ne désarment pas. Une nouvelle manifestation a eu lieu à Rennes, ponctuée de débordements, et un casseur interpellé le 17 mars à Nantes a été condamné à six mois de prison ferme.

A Rennes, l’IEP a été bloqué ce matin, et une tentative de blocage du site de Sciences Po a aussi eu lieu ce mardi 22 mars. Par ailleurs des étudiants réunis en AG ont voté le blocage de la faculté Rennes II ce jeudi 24 mars, journée où est prévue une nouvelle mobilisation contre la loi Travail. Des barrages filtrants ont commencé à être érigés aux accès des bâtiments, avec des chaises, des tables, des grilles et d’autres objets encombrants. L’université Rennes 2 a publié un communiqué où, « sensible aux inquiétudes des étudiants et soucieuse de maintenir l’activité de notre université », bref, d’éviter le blocus total, elle « suspend l’obligation d’assiduité des étudiants » et « l’ensemble des épreuves de contrôle continu » pour les deux journées du 24 et 31 mars. Rennes II n’est pas la seule faculté bloquée en France : la Sorbonne et Tolbiac à Paris le sont aussi, un bâtiment de l’université de Nanterre est occupé depuis ce matin, l’université de Tours depuis le 21 mars…

A midi, plusieurs centaines d’étudiants et lycéens avaient envahi les voies au niveau de la halte ferroviaire de Pontchaillou, près de l’université Rennes II. La SNCF, dès l’irruption des manifestants sur les voies, a coupé l’alimentation électrique et le trafic sur les lignes Rennes – Saint-Malo et Rennes – Quimper. Pendant ce temps là, les manifestants marchaient en direction de la gare centrale, distante de 3 kilomètres. Ils ont été arrêtés par la police à 1 km de l’endroit où ils sont entrés, au niveau d’un passage à niveau, et expulsés des voies, non sans mal. Le trafic a repris vers 13 h 30.

Les manifestants partis sur la mauvaise voie y sont restés, en descendant en ville pour mettre le bazar. Entre midi et 13 h 30, ils ont commencé par improviser une barricade avenue Janvier, tandis qu’une partie d’entre eux se dirigeait vers la gare centrale. Celle-ci a interrompu vers 12h30 tout le trafic, et les accès au nord ont été fermés pour empêcher l’envahissement des installations ; 70 à 80 manifestants ont été repoussés par les efforts conjoints de la SUGE (police ferroviaire) et des CRS. Après cet échec, près de 400 manifestants se sont dirigés place de la Mairie où un face à face tendu avec les forces de l’ordre a duré près d’une heure.

Des projectiles et des slogans anti-police étaient lancés par les manifestants tandis que les policiers ripostaient à coups de grenades lacrymogènes et de flashball. Le cortège a fini par rejoindre la place Sainte-Anne vers 13 h 30 puis s’est dispersé dans le calme. Malgré la paralysie pendant plusieurs heures du trafic SNCF autour de Rennes et plusieurs heures de débordements en ville, aucune interpellation n’a été faite par les forces de l’ordre.

Par ailleurs, dans le calme, une cinquantaine d’agents des services publics ont manifesté à Lorient pour la revalorisation de leurs salaires. Ils s’étaient rassemblés à l’appel de plusieurs organisations, à savoir : CGT services publics 56, USDCGT Santé 56, CGT Finances 56, CFDT 56, FSU 56, Unsa Territoriaux 56, CFTC 56. A Morlaix, la veille, une centaine de lycéens de Tristan Corbière ont bloqué leur établissement, puis ont défilé avec 250 jeunes d’autres établissements morlaisiens (dont le lycée professionnel privé Notre-Dame du Mur) en ville. A Saint-Brieuc, ce 22 mars, CFDT et FSU n’ont mobilisé qu’une quarantaine de fonctionnaires. A Quimper, toujours sur la question des salaires des fonctionnaires, ils étaient 80 à se rassembler à l’appel de l’Unsa et de la CFDT. A Brest, les mêmes syndicats ont rassemblé à peine plus de monde sur la place de la Liberté. Tous ces rassemblements se sont passés dans le calme.

Un manifestant du 17 mars condamné pour violences contre la police à Nantes

La manifestation du 17 mars avait donné lieu à d’importants débordements à Nantes et Rennes ; dans le chef-lieu d’Ille-et-Vilaine les voies SNCF avaient été envahies pendant une demi-heure et la mairie avait essuyé des jets de peinture. Des manifestants avaient aussi tenté d’y pénétrer et l’un d’eux avait été interpellé. A Nantes, une bande cagoulée a tout cassé devant le lycée Monge le matin, et des lycéens de Michelet ont pulvérisé les vitres d’un abribus et d’une station de tramway devant leur lycée ; par ailleurs la manifestation en ville l’après-midi avait été émaillée de débordements – des vitres de deux agences bancaires ont été cassées, la mairie a subi des jets de peinture et de projectiles sur ses vitres et plusieurs affrontements avaient opposé policiers et manifestants.

Le 17 mars, entre 100.000 et 200.000 manifestants, principalement jeunes (étudiants et lycéens) manifestaient en France. Après des heurts à Paris (Tolbiac), Dijon, Rouen, Lyon, Rennes et Nantes, 23 ont été interpellés dont 7 à Nantes et 1 à Rennes. Sur les sept nantais, deux ont été relâchés sans qu’aucune accusation n’ait été retenue contre eux, quatre seront convoqués ultérieurement en correctionnelle, et un jeune nantais de 22 ans a été condamné en comparution immédiate à 6 mois de prison ferme . Il était accusé d’avoir participé à un attroupement armé – avec comme conséquence agravante le fait que son visage était dissimulé par un foulard – et d’avoir violenté un policier, puis s’être rebellé contre un commissaire de police. Le jeune homme, qui avait aussi été blessé lors de son interpellation et portait plusieurs points de suture au visage, lorsqu’il comparaissait, était très défavorablement connu des forces de l’ordre, avec près de 14 mentions sur son casier. Il serait proche de l’extrême-gauche libertaire.

Nouvelle mobilisation le 24 mars

Une nouvelle journée de mobilisation nationale est prévue ce 24 mars, avec plus de 50 défilés et rassemblements dans toute la France. En Bretagne, il y aura des manifestations à Nantes (11 heures, place du Commerce), Brest (12 h, place de la Liberté), Vannes, Rennes (12 h, place du Parlement de Bretagne) et Redon, où le lycée Beaumont a prévu de rejoindre le mouvement à partir de 9 heures. Il n’est pas exclu que de nouveaux établissements scolaires soient bloqués et que des heurts émaillent à nouveau les manifestations, notamment à Nantes et à Rennes.

Crédit photo : DR
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