Prostitution en Bretagne. État des lieux après la nouvelle loi

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07/11/2016 – 06H00 Bretagne (Breizh-info.com) – Le 6 avril 2016, sous la pression d’associations « féministes », la loi sur la prostitution visant à pénaliser le client était votée à l’Assemblée nationale. Depuis sa promulgation, l’achat d’actes sexuels est désormais – en théorie – puni par une amende de 1.500 euros pour le client et de 3.500 euros en cas de récidive.

Depuis l’instauration de cette loi , une poignée de clients seulement ont été verbalisés en France, pour des amendes de quelques centaines d’euros. Il est vrai que la police a sans doute bien mieux à faire que d’aller traquer le client qui achète un acte sexuel, dans le cadre du « plus vieux métier du monde »…

Seuls quelques territoires semblent faire du zèle, comme à Narbonne. En septembre dernier, sur l’ensemble du territoire, on recensait 250 procédures établies en 4 mois. Cette loi – qui visait initialement à lutter contre le trafic d’êtres humains avant de s’en prendre à tout le secteur – divers et varié – de la prostitution – ne semble toutefois pas avoir eu beaucoup de conséquences en Bretagne. Notamment en matière d’escorting, du nom de ces annonces postées sur plusieurs sites Internet bien connus (Vivastreet, Wannonce …).

A Nantes, le quai de la Fosse, la rue Paul Bellamy ou la rue de Rennes voient chaque soir leur lot de prostituées africaines sur le trottoir – certains proxénètes attendant tranquillement dans les rues parallèles sans être inquiétés le moins du monde par la police. Cette loi a pourtant été votée pour mettre fin à ce qui constitue du trafic et de la maltraitance, sur fonds d’immigration illégale. A Rennes, certains coins (comme la ZI Sud Est) ont vu baisser (mais cela depuis bien avant la loi sur la prostitution) leur fréquentation.

Concernant l’escorting et la prostitution par Internet – que nous avions déjà évoqués par le passé – il faut savoir tout d’abord que le forum Youppie,  le « Trip Advisor du sexe et de la prostitution » est resté ouvert mais n’est plus actualisé concernant sa partie « prostitution en France ». Les responsables du site sont légalement responsables en effet en cas d’incitation à la prostitution. Restent les rubriques étrangères et les forums « libertins ».

Sur les sites de petites annonces – les deux plus connus pour en héberger dans le domaine de la prostitution étant Wannonce et Vivastreet – les annonces avaient quelque peu diminuées immédiatement après le vote de la loi, avant de revenir, de plus en plus nombreuses, avec là encore un mélange entre ce qui semble relever du réseau de prostitution organisé et des annonces d’indépendantes (ou d’indépendants) souhaitant vendre leurs services en toute liberté .

 Au 4 novembre, on recensait ainsi 334 annonces – dans lesquelles il n’est pas question ouvertement de relation sexuelle –  sur la page Vivastreet dédiée à la Bretagne, et 340 en Pays de la Loire. En parcourant ces annonces, il semblerait par ailleurs que les réseaux de prostitution soient majoritaires, ce qui était loin d’être le cas avant la loi. Réseaux de femmes japonaises, chinoises, sud américaines ou africaines ont tissé leur toile, dans les 5 départements bretons. Début octobre, de jeunes femmes, des brésiliennes, ont d’ailleurs été agressées à Vannes par des individus venus les braquer dans leur appartement.

Sur Wannonce, ce sont 671 annonces (uniquement féminines) recensées pour la Bretagne, et 343 (uniquement féminines là encore) pour la Loire-Atlantique. Dans tous les cas, la majorité des annonces émanent de travailleuses du sexe évoluant dans les grandes villes comme Brest, Rennes, Nantes, Saint-Brieuc ou encore Lorient et Quimper. Mais on retrouve également d’autres annonces à la campagne – qui concernent pour la majorité de ces cas, des femmes indépendantes d’un quelconque réseau mafieux.

Si il ne nous a pas été possible d’obtenir la confidence d’une victime de ces réseaux mafieux qui opèrent dans l’Ouest de la Bretagne – d’évidentes menaces pesants sur ces jeunes femmes – Nathalie (prénom modifié) , escort indépendante sur Nantes ,et Louise (prénom modifié) , masseuse en Ille et Vilaine, ont bien voulu nous répondre afin d’évoquer l’évolution de la prostitution en Bretagne depuis l’instauration de la nouvelle loi :

« C’est clair et net qu’il y’a eu une baisse de l’activité après la nouvelle loi, mais ça n’a pas duré » explique Nathalie. « Moins d’appels déjà – certains clients m’ont dit avoir peur que je sois sur écoute – et une peur évidente de la police . Non pas de l’amende, mais de devoir justifier de cette amende. Je rappelle que nous exerçons une activité qui permet à de nombreuses personnes de préserver un équilibre dans leur couple ; cette loi, par la peur et la répression qu’elle engendre, met tout cela en péril ».

Sur la répression, cette dernière s’énerve : « Qu’ils s’occupent déjà des réseaux de salopards, qui maltraitent vraiment les filles qui pour le coup ne sont pas consentantes. D’ailleurs, moi la plupart de mes clients sont largement au courant de ce qui se passe dans ces réseaux et ne les enrichissent pas. Et ceux qui le font, je leur fais de la pédagogie. Ils sont là pour passer un bon moment avec quelqu’un qui le souhaite, pas pour enrichir des ordures et pour maltraiter des femmes ».

Même son de cloche chez Louise : « il y’a bien sûr ceux qui se moquent éperdument d’une loi qui dans les faits n’est pas applicable notamment sur Internet – à moins de faire fermer les sites d’annonces – mais il y en a beaucoup chez qui aussi cela augmente une certaine dose de stress. C’est quand même dommage de venir pour un moment de détente et de ne pas pouvoir se détendre justement à cause d’une certaine appréhension non ? ». Rires. « De toute façon, je ne propose pas l’acte sexuel en lui même, je ne vois pas comment on pourrait venir reprocher quoi que ce soit. Une fois que le client est là, qui vous dit qu’il a payé ? Vous ne croyez quand même pas qu’ils vont mettre un policier derrière chaque annonce ? » explique-t-elle.

La France est, avec la Suède, l’un des pays les plus restrictifs d’Europe de l’Ouest (la prostitution est toutefois totalement illégale en Roumanie, Croatie et Lituanie). Chez nos voisins, elle est encadrée par la loi, comme en Allemagne , aux Pays Bas, en Suisse, (maisons closes, statut légal de prostituée ..) ou limitée sans que l’État n’intervienne (Espagne, Royaume-Uni) avec une tolérance pour les maisons closes (et une interdiction du racolage).

La ministre du Droit des femmes, qui lance une nouvelle campagne pour culpabiliser les clients de prostituées, se refuse à faire le distingo entre prostitution « à caractère social » et prostitution « mafieuse » – qui représente il est vrai une part archi majoritaire de la prostitution en France. Le combat contre cette dernière ne peut pourtant pas être mené sans une lutte déterminée contre l’immigration clandestine, contre les mafias de l’Est et d’Afrique, contre les trafiquants qui ont fait de la France leur terrain de jeu, les autorités ayant choisi le terrain de la morale plutôt que celui de la thérapie de choc …

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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3 réponses à “Prostitution en Bretagne. État des lieux après la nouvelle loi”

  1. Farisian dit :

    Si l’État ne remonte pas les filières de drogue ou de proxénétisme, afin d’empêcher l’acte même de vente, alors il est de fait le complice des réseaux. Or c’est évidemment notre cas. Les États sont corrompus et ne font rien. Alors pour faire semblant on pénalise clients et prostituées et dealers comme on élague les arbres de la ville une fois l’an. Le but c’est que ça ne déborde pas trop dans la rue. Mais pas de régler le problème de fond où quelques truands profitent de la misère de beaucoup.

  2. Daria Vinault dit :

    Comment peut on écrire que cette loi n’est pas moraliste mais pragmatique. Elle est tout sauf pragmatique !
    Elle interdit totalement la consommation de prestation de services à caractères sexuels mais en revanche, elle continue à autoriser (la prostitution n’a jamais été interdite en France depuis au moins 1789 (avant, je sais pas)) l’offre de prestation de services à caractère sexuel !
    C’est tout sauf logique ! Seul les moralistes ont pu pondre un truc pareil !
    Non seulement ça, mais en plus, le délit de racolage a été aboli, tant le racolage passif que le racolage actif (c’est à dire le fait d’aborder des potentiels clients, de provoquer, d’inciter de manière active à la consommation de services sexuels). Même les avocats n’ont pas le droit en Droit Français de pratiquer la publicité pour leur activité.
    C’est totalement ubuesque.

  3. Daria Vinault dit :

    @Optimiste : vous citez une étude de Melissa Farley.
    /
    Melissa Farley est à la science sociale ce que Trump est à la politique : une personne pour qui la vérité et la modération sont des concepts absolument inconnus, mais qui gagne à la fin dans la pensée populaire.

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