Breizh-info a signalé la parution de l’ouvrage de Marie Beard SPQR. Hisoire de l’ancienne Rome. Notre chroniqueur, l’historien Jean Heurtin, revient sur cet ouvrage majeur.

Senatus Populus Que Romanus. Cette abréviation utilisée par les Romains pour désigner leur État sert de titre à Marie Beard pour cette somme sous-titrée Histoire de l’Ancienne Rome. Il s’agit en fait de la traduction de son livre paru en 2015. Une première pour cette universitaire (Cambridge) reconnue, nous dit l’éditeur comme une « figure académique anglaise », avec de nombreux livres à son actif « acclamés, plébiscités ». L’édition française est de grande qualité avec une riche iconographie et un épais appareil critique où les renvois à des auteurs français ne sont pas… légion, Dumézil, Grimal, Bruno Albin, Yves Roman…

A propos des sources, Marie Beard nous rappelle à juste titre que l’Antiquité romaine conserve le plus grand nombre de sources littéraires et épigraphiques avant la Renaissance. Et c’est d’ailleurs ce qui fait la richesse et la sûreté de cet ouvrage qui comporte deux volets, l’un politique, l’autre social. Le premier est le plus riche. Il se focalise sur les tensions et les déchirements à la fin de la république. L’auteur puise dans Cicéron et les chapitres consacrés à Catilina, à Verrès sont un vrai régal. Il en est de même pour l’évocation de la « révolution augustéenne ». La suite est plus rapide, on passe très vite de Tibère à Commode (14-192) et l’auteur « ne s’intéresse ni au déclin ni à la chute de Rome ». Le second volet est assez court et la description du quotidien des Romains ne vaut pas ce qu’on lit chez le « vieux » Carcopino ou chez Grimal.

En tête de son prologue Mary Beard écrit : « C’est une chose importante que la Rome antique. Ignorer les Romains, ce n’est pas seulement fermer les yeux sur le passé lointain. Aujourd’hui encore, Rome nous aide à définir notre rapport au monde et à penser ce que nous sommes, depuis les hautes sphères de la théorie jusqu’à la comédie populaire (…). Deux mille ans plus tard, elle continue de soutenir l’édifice de la culture et de la politique occidentale, de façonner (…) notre vision du monde… ». Impossible de la contredire !

Jean Heurtin

* Mary Beard, S.P.Q.R. Perrin.

Photo : Wikimedia (cc)
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3 Commentaires

  1. A partir du 2° siècle Av JC et la défaire de Carthage, la république romaine multiplie les conquêtes. Cette expansion territoriale est la première cause d’une guerre civile larvée qui verra à terme l’avènement des chefs de guerre dictateurs. En effet, l’afflux massif d’esclaves à l’issue de chaque victoire, encourage les riches patriciens propriétaires terriens à se séparer de leurs employés, leurs artisans. Pire, au fil du temps, les grandes propriétés agricoles ne sont plus exploitées car les ressources agricoles en provenance des pays conquis sont moins chères. La paupérisation du peuple ira croissante, les classes actives voyant leur situation matérielle se dégrader. Cette mondialisation de l’antiquité à l’échelle du bassin méditerranéen a eu pour conséquence la destruction du tissu social de Rome, une immigration massive, deux siècles de guerres civiles entrecoupées de révoltes sanglantes des minorités ethniques( Spartacus), et pour finir la dictature seule capable de maintenir le couvercle sur la cocotte…l’histoire ne se répète jamais exactement, mais les mêmes causes produisent les mêmes effets.

  2. À propos de révolution augustéenne, il est toujours savoureux pour un romaniste de se rappeler que le couple dit moderne, seul modèle existant en Occident jusqu’aux années 60, et véhiculé par l’Eglise pendant 2000 ans, découle d’un (presque) caprice d’Octave.

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