01/01/2017 – 06h00 Nantes (Breizh-Info.com) – Entre le 23 et le 30 décembre 2016, plus de 140 000 personnes ont assisté aux 40 projections de l’œuvre d’Alain Thomas, le peintre nantais, sur la cathédrale de Nantes.

L’Odyssée des Rêves s’est imposée en deux éditions seulement comme un événement incontournable pour les Nantais et les habitants de toute la région.
Entretien exceptionnel avec un artiste adulé jusqu’au Japon.

Breizh-Info : Alain Thomas, bonjour. Pour beaucoup, vous êtes ce qu’on appelle un peintre « naïf ». Que recouvre ce terme et vous considérez-vous comme tel ?

Alain Thomas : Un peintre naïf c’est quelqu’un qui débute dans la peinture, qui n’a aucune base de dessin, de couleur, qui est relativement maladroit. Si au bout de 40 ans de pratique il est toujours naïf, cela veut dire qu’il n’a pas fait de progrès et qu’il entretient sa « naïveté ». Je peins depuis 55 ans, si j’étais encore maladroit dans mon travail, ça serait quand même un peu ennuyeux.

Le terme que j’utilise est « primitif ». Primitif dans le sens recherche du détail de l’harmonie. Pour beaucoup, puisque je travaille des végétations luxuriantes qui font peut-être penser au douanier Rousseau, automatiquement on parle de peinture « naïve ».

J’ai fait une expo à Bruxelles il y a peut être bien 30 ans. Il y a eu des critiques de la région qui ont fait un rapprochement avec Brueghel et j’étais heureux de cette comparaison.

Breizh-Info : Quelles sont vos influences et vos sources d’inspiration ?

Alain Thomas : Elles ont évolué. Quand j’ai commencé à peindre, c’est le Picasso de l’époque bleue et rose et des arlequins. Des arlequins je suis passé aux clowns. J’ai beaucoup fréquenté les cirques.
Petite anecdote : quand je voyais un cirque à Nantes, je repérais la plus belle roulotte, celle du directeur, et je lui demandais l’autorisation d’aller dans les coulisses faire des photos si bien que je rencontrais les clowns, les écuyères, les acrobates, Madame Loyal, les deux ou trois nains de service… J’ai des souvenirs extraordinaires. Le seul avec qui je ne m’entendais pas trop c’était le régisseur. Il se demandait toujours ce que je faisais là. Un jour, je prends du recul pour prendre une photo d’une écuyère et le régisseur du cirque me hurle « Attention, les lions ! » Effectivement j’étais à quelques centimètres des fauves. Je n’aurais pas passé mes vacances avec les régisseurs.

J’ai donc commencé à peindre des scènes de cirque. Après, il y a eu le cycle des saisons, l’Orient, la Russie, les oiseaux d’Amérique du sud, les toucans…

Je travaille beaucoup sur le thème de la Russie. C’est trop tôt pour en parler mais vous verrez… A ce propos, il y a quelques années je faisais une exposition à Carnac sur le thème de la Russie. Une dame rentre, c’était une princesse russe. Elle me dit : « Ça, c’est un peintre russe ! ». Je lui réponds « Le peintre, c’est moi et je suis né à Nantes. » Alors elle me dit « Écoutez, moi on ne me la fait pas, vous êtes russe ! »
Je suis imprégné de la culture russe. Je n’ai pas à me forcer, j’aime beaucoup tout ce qui est dômes, les ors, les costumes luxuriants, etc. Évidemment, je ne vais pas peindre la Russie de nos jours.

Pour revenir à mes sources d’inspirations, je peins la nuit. Je peins donc à la lumière artificielle ce que de nombreux peintres refusent. Quand je peins je regarde des films, même en version sous-titrée. Je peux regarder deux films et demi par soirée de peinture.

Breizh-Info : Comment s’est déroulée votre jeunesse nantaise ?

Alain Thomas : Je suis né rue de l’Évêché à Nantes. Mon père était originaire d’Ille-et-Vilaine et ma mère du Finistère. Mes parents étaient artisans confiseurs chocolatier. A 14 ans, ils me disent : « Tu vas travailler ». A 14 ans, je me coltinais des sacs de sucre de 100 kilos.
J’allais à l’école Saint-Pierre. Il y avait des classes de 52 élèves à l’époque !
Il y avait trois matières que j’aimais : français, anglais et dessin. Dans ces matières j’obtenais des 40 sur 40. Par contre, tout ce qui était mathématiques, j’étais dans les profondeurs…
Mais en brassant le tout, je terminais 12e ou 13e sur 52. Donc moi j’envisageais d’aller plus loin.

Breizh-Info : L’Odyssée des Rêves est un immense succès populaire. Que vous inspire cette réussite ?

Crédit : Jean-sébastien Evrard

Alain Thomas : La Ville de Nantes nous avait dit il y a 2 ans que si on faisait 600 personnes sur la place à chaque fois, ça serait bien… Il y a finalement eu 50 000 spectateurs ! Cette année on va sans doute dépasser les 100 000.

Tout le monde est content. Le Crédit Mutuel était le premier sponsor à donner son accord il y a deux ans. Ensuite il y a eu la Ville et la Région, droite et gauche confondues. A ce propos, cette année nous avons eu des surprises côté sécurité. Il y a des impératifs qui n’existaient pas il y a deux ans. La Ville et la Région ont donc pris en charge le surcoût. Ces deux entités s’entendent bien sur ce genre de projets.

C’est un événement gratuit, c’est un public mélangé. A la dernière édition, il y avait un groupe de musulmanes qui était venu. A la fin de l’Ave Maria, elles faisaient leurs « youyous ». De même, il y a 2 ans, pendant le spectacle je me suis rendu au pub irlandais de la place. A côté de moi, il y avait un monsieur imposant avec des tatouages, un blouson de cuir et un t-shirt Hellfest. A la fin de l’Ave Maria, je le vois qui pleure. Je lui demande si ça lui a plu et il me répond qu’il n’avait jamais rien vu d’aussi beau de sa vie !
Il y a un public familial, très disparate.

Je vais sur Twitter et tous les hommes politiques du coin sont emballés. De droite de gauche, etc.

Breizh-Info : Comment cette œuvre a-t-elle été créée ?

Alain Thomas : Pour fêter les 10 ans de l’exposition de mon tryptique dans la cathédrale, mon fils a eu l’idée de projeter la scène de la nativité sur la façade.

Il y avait trois entreprises capables de le faire, deux à Paris et une à Rennes (Spectaculaires). Paris, ce n’était pas commode et Spectaculaires était mieux équipé.
Ils avaient un mois et demi pour réaliser ce travail. Le directeur de Spectaculaires a donc réuni le personnel pour avoir son accord qui a accepté. Ils l’ont fait et ça a été un succès. On a eu des articles jusque dans Le Monde chinois.

Cela fait des années qu’on compile les fichiers numériques.
Ayant tous ces fichiers, Spectaculaires détoure les éléments de mes tableaux (oiseaux, papillons, fleurs, etc.) puis ils recomposent et animent des scènes. Nous leur faisons confiance. Ils créent le scénario et ont beaucoup de libertés. Pour cette année, nous avons seulement rajouté quelques petites choses au résultat final.

Breizh-Info : Vous êtes breton pur souche, pourquoi aller chercher ailleurs des images et des inspirations ?

Alain Thomas : J’aime beaucoup la Bretagne. Je passais mes vacances à Douarnenez lorsque j’étais jeune. J’ai des souvenirs extraordinaires en Bretagne. Mais pour ce qui est de la peinture, j’ai besoin de couleurs. Un port breton, ça ne m’inspire pas. Personne n’est parfait ! (Rires)

Propos recueillis par Nicolas Faure

Photo : DR
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