Trignac. Candidat à sa propre succession, le maire David Pelon s’explique [interview]

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11/05/2017 – 07H00 Saint-Nazaire (Breizh-info.com) – En 2014, David Pelon mettait fin à plusieurs décennies de règne communiste à Trignac, une commune de Loire-Atlantique proche de Saint-Nazaire. Un big bang local qui a laissé des traces. Trois ans plus tard, après une cascade de démissions, de dissensions, mais aussi de nombreuses réalisations (aire de jeux, vidéo-protection, construction de 110 logements dont 55 déjà livrés), des municipales anticipées auront lieu les 14 et 21 mai prochains. David Pelon repart au combat en s’alliant officiellement avec le FN, qui l’avait soutenu officieusement voilà trois ans. Nous l’avons interviewé.

Breizh Info : La nouvelle récente de votre garde à vue dresse un parallélisme saisissant entre la campagne des municipales de Trignac et celle des présidentielles qui vient de s’achever, par une victoire du système d’ailleurs après un pilonnage en règle des candidats de la droite et du FN. N’y a-t-il des « affaires » que pour les ennemis désignés d’un système socialiste ?

David Pelon : Ma victoire en 2014 a été un cataclysme au niveau local. On cherche par tous les moyens à tétaniser cette collectivité, à la déstabiliser, de freiner les projets, et à m’empêcher de continuer à faire avancer Trignac.

Breizh Info : Un de vos anciens adjoints, Henri Piquet, est sur la liste de votre rival socialiste Claude Aufort. Qu’en pensez-vous ?

David Pelon : Il ne cesse de changer d’étiquette. Il était LR, il est passé chez En Marche. Chez les Républicains, il a été successivement sarkozyste, filloniste, juppéiste, à nouveau filloniste, bref, c’est une girouette.

Breizh Info : Piquet dit partout que vous êtes un autocrate…

David Pelon : Piquet confond syndicalisme et politique. En trois ans il a été très discret, en revanche il a tout fait par derrière. Et puis en matière d’autocratie, chacun doit balayer devant sa porte. A Trignac, au conseil municipal, on laisse tout le monde parler. A Saint-Nazaire, quand on dérange Monsieur Samzun, on se fait couper le micro.

Breizh Info : Un David Samzun qui n’a pas hésité à affirmer que vous n’auriez pas de vice-présidence si vous êtes réélu avec le soutien du FN et qui soutient très peu discrètement le candidat  socialiste, Claude Aufort…

David Pelon : Monsieur Samzun se comporte comme un féodal ou un monarque. Où est la liberté de penser, la liberté de chacun ? Quand on voit les scores du FN dans les autres collectivités – notamment à Saint-Joachim en 2014 [où la liste communiste a été écrasée dès le premier tour] dont le maire n’a pas été élu avec que des voix de gauche, ou maintenant en 2017 [au premier tour, le FN a augmenté tant en voix qu’en pourcentages par rapport aux régionales, et il a encore gagné des voix dans toutes les communes au second tour, NDLA], David Samzun ferait mieux de s’occuper de l’avenir du PS. Il y a trois ans, la droite a fichu à la porte de la mairie de Trignac les cosaques – les communistes – et les socialistes, maintenant ils essaient de revenir par la fenêtre.

Breizh Info : Vous repartez donc avec le FN dans les mêmes conditions qu’en 2014 ?

David Pelon : Exactement, avec les deux mêmes colistiers. Mais ils sont avant tout Trignacais et Trignacaises. Au conseil municipal, on ne parle pas du FN.

Breizh Info : Sauf quand a éclaté l’affaire Lydia Poirier à laquelle vous avez retiré sa délégation d’adjoint. Vous avez cédé à la pression ?

David Pelon : Clairement. On m’a dit de l’éjecter, sans quoi on m’éjecterait moi des LR. Ce qui n’a rien changé, car on m’a fait comprendre que je ne pourrai pas reprendre ma carte ? Cela dit j’ai toujours des idées LR et de droite, mais au vu des résultats présidentiels, je suis inquiet du devenir des LR et je ne suis pas sûr que c’est la panacée d’être encarté.

Breizh Info : A ce propos, quel commentaire faites-vous de la présidentielle et des résultats de la droite ?

David Pelon : On ne sait pas vraiment de quel bord est ce Macron. Mais ce qui est sûr, c’est que pour lui le plus dur reste à faire. Là il est tout fou, tout jouasse d’avoir été élu, mais le plus dur c’est la gestion, les inévitables tiraillements, les problèmes sociaux. Deux constats néanmoins : il y a un troisième larron qui a gagné la présidentielle, c’est le bulletin blanc. Et Marine le Pen a fait l’objet d’un énorme acharnement – comme je le suis dans la CARENE de la part des maires dits de gauche, sur lesquels David Samzun fait peut-être pression du reste.

Breizh Info : Au sein de votre effectif municipal, vous êtes aussi contesté ?

David Pelon : Reprendre après les communistes, c’est difficile. On est court-circuités par l’intérieur par des cadres moyens, des chefs de service, bien installés, qui sont encartés dans une association syndicale bien connue [la CGT] et veulent du changement mais en fait sans changement, exigent le remplacement automatique des départs, traînent des pieds, tiennent mordicus aux acquis sociaux, et se mettent en arrêt maladie si on essaie de les faire travailler plus. Sur 148 agents j’en ai 60 qui sont à la CGT et une trentaine, bien placés, qui peuvent paralyser la collectivité. Ces 30 là empêchent les autres, qui font bien leur boulot, de travailler. C’est un pouvoir de nuisance terrible. Les projets mettent un temps fou à sortir. Pour le Citypark ça a été la croix et la bannière.

Breizh Info : Il y a deux listes de gauche, qui veulent faire alliance au second tour. Quel est leur projet pour Trignac ?

David Pelon : On reviendra en 2014 s’ils gagnent, car ils n’ont qu’un objectif : « on prend la commune, on vire Pelon, les projets il n’y en a plus, le reste on s’en fout ». Plus rien ne sera fait.

Breizh Info : Depuis 2014, vous avez fait des choses, quel est votre bilan ?

David Pelon : On a repris tous les contrats de sociétés pour la commune, on a fait 400.000 € d’économies pour une baisse des dotations de 600.000 €. On a modernisé les outils de travail, les messageries notamment, des services municipaux. On a amélioré très nettement la politique de la jeunesse, notamment la fréquentation d’une structure qui a été multipliée par trois ; ça nous coûtait 200.000 € par an, ce n’est plus que 70.000 €. On a mis en place la vidéo-protection de la commune. Deux lotissements ont été lancés, l’un d’eux livré avec 55 logements, l’autre, de 55 logements, verra ses travaux lancés en septembre. On fait un Citypark (une aire de jeux avec un skate-parc), on a mis des tableaux interactifs dans les écoles, etc.

Breizh Info : Et qu’avez vous prévu d’ici 2020 ?

David Pelon : Rénover la mairie, construire une crèche de 40 places avec un relais assistantes maternelles, un accueil parent-enfants pour 2 millions d’euros, rénover la base de canoë-kayak…

Breizh Info : Vous avez été placé en garde à vue récemment pour être entendu suite aux accusations de votre ex-adjoint M. Conanec…

David Pelon : L’avocat m’a dit qu’en 25 ans de métier, il n’avait jamais vu quelqu’un aller chercher sa convocation pour une garde à vue. Habituellement on vient vous chercher. Et je n’y suis resté qu’une heure et demie ou deux heures. Bref, on sent qu’il y a quelque chose de bizarre, de politisé, pour qu’il y ait, subitement à 15 jours des élections, une telle urgence à traiter ce dossier.

Breizh Info : C’est un de vos anciens adjoints qui vous accuse ?

David Pelon : Oui, il était même adjoint aux travaux, un grand copain d’Henri Piquet d’ailleurs. Il avait cherché en juin dernier à se faire embaucher aux services techniques, j’avait dit non – Piquet aussi d’ailleurs – car on ne peut pas être juge et partie. Il en a gardé une certaine rancoeur.

Breizh Info : Et sur le fond de l’affaire, le fait qu’il vous accuse d’avoir utilisé le pouvoir d’une conseillère démissionnaire ?

David Pelon : Il n’y en a pas. J’avais un pouvoir, j’ai fait mon conseil mi-janvier, la conseillère est partie techniquement à la fin janvier. La sous-préfecture est intervenue pour nous dire qu’on n’avait pas le quorum, elle a annulé tout le conseil, qu’on a entièrement refait au début du mois de février. Il n’y a pas d’affaire, seulement la haine de M. Conanec qui a déjà fait tout un pataquès en décembre dernier, m’accusant de m’enrichir ainsi que ma femme avec mes indemnités de maire. En arrivant, je les ai baissées de 15%, à la CARENE elles ont baissé de 20%, je ne vois pas comment je m’enrichis.

Breizh Info : Un dernier mot pour la fin ?

David Pelon : Ce que je regrette beaucoup, c’est l’acharnement de l’opposition – et de l’ancienne majorité à faire perdre du temps à Trignac, à vouloir immobiliser Trignac. Nous, on va continuer à avancer. J’ai déjà des gens qui sont motivés, qui veulent repartir après 2020. Pour les élections, je suis plutôt confiant. La politique, c’est un combat, si on ne croit pas à la victoire, autant rester chez soi et faire une belote.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR
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