05/10/2017 – 09h00 Milan (Breizh-Info.com) – Le référendum en Catalogne n’est pas le premier, ni le dernier en ce qui concerne la volonté d’une population d’acquérir ou bien son indépendance, ou bien plus d’autonomie vis à vis de son État de tutelle. Ainsi, au mois d’octobre, les électeurs de Vénétie et de Lombardie (régions qui forment la Padanie) seront appelés à se prononcer via une consultation sur l’autonomie de cette région vis à vis de l’Italie.

En Avril 2018, un référendum se déroulera sur les îles Féroé, pour établir une nouvelle constitution en vue de se séparer définitivement du Danemark.

Mais le prochain rendez-vous aura lieu le 22 octobre, en Padanie donc, région pour le moment non reconnue par l’Italie, qui comprend la Lombardie et la Vénétie, et dont les dirigeants militent pour un statut d’autonomie particulier vis à vis de Rome.

Cette consultation – validée par le conseil constitutionnel italien – a été portée par la Ligue du Nord, parti identitaire local. Comme la Catalogne (20% du PIB espagnol) les deux régions italiennes représentent un quart du PIB italien et versent chaque année 75 milliards d’euros à l’État (en impôts), ce qu’elles ne supportent plus (elles ne veulent plus payer pour les régions plus pauvres du Sud de l’Italie notamment).

Du résultat de cette consultation naitra ensuite (ou pas) la possibilité pour la Ligue du Nord et pour les organisateurs d’en tirer les fruits, en négociant directement avec le pouvoir central, et cela à quelques mois des élections législatives.

Concernant le référendum d’avril aux Iles Féroé, archipel de 50 000 habitants, tous les indicateurs montrent qu’il y a de très fortes chances pour que la voie indépendantiste l’emporte. Nous avions évoqué la situation du pays dans un billet publié ici.

Mais cela devrait bouger ailleurs en Europe, puisque l’Écosse devrait voter à  nouveau sur l’indépendance, dans les prochaines années ( le projet de nouveau référendum ne sera proposé que fin 2018 à la fin des négociations sur le Brexit).

On notera également qu’en Corse, où les nationalistes dominent depuis leur victoire aux élections législatives et au conseil régional, il pourrait également y avoir des velléités de plus d’autonomie ou d’indépendance – même si on observera que les dirigeants que sont Jean-Guy Talamoni ou M. Simeoni se sont bien gardés de déclarations aventurières en marge du référendum catalan.

M. Talamoni a simplement évoqué un référendum possible « si les corses le veulent » dans les dix ans, tout en concédant que selon lui, un vote aujourd’hui sur la question de l’indépendance tournerait en défaveur des nationalistes . Il souhaite toutefois négocier avec le gouvernement, comme depuis le début de son mandat, pour un statut d’autonomie plus large pour l’île de beauté.

Le centralisme Français, un modèle dépassé en Europe

A noter que contrairement à ce qu’affirment – notamment en France – les acharnés de « l’une et indivisibilité » d’un territoire, l’Europe peut très bien se construire et s’unir y compris en accordant de larges autonomies, et certaines indépendances, à certaines nations. Et c’est d’ailleurs déjà le cas dans le concret en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni …

Ainsi en Italie, les régions possèdent un large panel de compétences – parmi lesquelles ne compte pas la compétence fiscale d’où la consultation à venir dans le Nord – même si celles ci sont réduites depuis 2011 avec pour prétexte du gouvernement la crise économique. En Allemagne, les 16 Länders possèdent une autonomie que ne connaissent pas les régions françaises. Ils gèrent ainsi l’éducation, l’ordre public, la santé, possèdent leur propre gouvernement, calqué sur le gouvernement fédéral, et leurs propres Constitutions.

Ils sont par ailleurs représentés à Berlin (Bundesrat) – une chambre qui a compétence pour se faire entendre sur le plan national dans le domaine financier. Mais là encore, concernant l’impôt, les Länders bénéficient finalement d’assez peu d’autonomie.

En Espagne, le pays comprend  19 communautés autonomes (en incluant les deux villes autonomes de Ceuta et Melilla) . Chacune d’entre elles possède un statut particulier et négocie les compétences qui leur sont attribuées avec l’Etat central.

Ainsi, le Pays Basque dispose de nettement plus de compétence que la Galice, qui dispose de moins de compétences que la Catalogne par exemple.

Enfin, dernier exemple avec le Royaume-Uni, où l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord avant les problèmes récents d’accord entre unionistes et républicains, possèdent eux aussi leurs assemblées et de larges compétences.

Il n’y a qu’en France, semble-t-il, où l’on s’offusque que des petites nations – profondément européennes pourtant – aspirent à pouvoir gérer leur communauté comme elles l’entendent.

Alors que l’Europe des nations semble dans une impasse, empêtrée dans la crise la plus grave de son histoire, se montrant incapable de constituer une force unitaire politique, économique, juridique, et si son salut venait finalement de la construction d’une Europe des régions ?

Crédit Photo : Giuseppe Brachi (DR)
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