Islamisme : plusieurs dizaines de policiers radicalisés au sein de la Police nationale

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13/10/2017 – 06h45 Paris (Breizh-info.com) – Ils sont une petite trentaine sur plus de 150.000 policiers nationaux. Dont une quinzaine d’inscrits au FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste), un fichier fourre-tout qui regroupe des personnes aux comportements inquiétants, mais qui ne sont pas fichées S pour autant. Le Canard enchaîné de ce 11 octobre affirme qu’une cellule au sein de l’IGPN a été créée il y a un an et demi pour suivre ces profils inquiétants.

Parmi eux « une fliquette verbalisée hors service parce qu’elle portait le niqab », un gardien de la paix qui fréquente des sites djihadistes ou encore un autre qui refuse de serrer la main de ses collègues féminines. Sans oublier le beau-frère d’un des terroristes du 13 novembre 2015, qui était policier et depuis a été discrètement exfiltré des forces de l’ordre. Ou cette policière qui s’apprête à se marier avec un fiché S pour terrorisme islamique dans une municipalité de l’est de la région parisienne. Sans oublier cet élève de l’école de police de Nîmes qui a fait circuler une vidéo de l’État islamique parmi ses camarades, choqués, qui l’ont dénoncé – il a été écarté et a quitté la police depuis.

Depuis le début de l’année 2017, deux policiers ont été interpellés pour radicalisation islamique, dont un au Kremlin-Bicêtre (94). Mamadou M. est carrément suspecté d’être devenu un partisan de l’État islamique. Issu d’une famille nombreuse d’Évry, connu comme discret et serviable par ses collègues, mais aussi pour sa fervente pratique religieuse – il avait une marque au front à force de prier – il avait aidé son frère mis en cause dans une filière de recrutement et de financement du djihad.

Comme souvent en France, quand on crée une structure pour résoudre des problèmes on en crée d’autres. Il n’existe pas vraiment de critères de radicalisation, ni d’évaluation ponctuelle. Certains policiers sont dénoncés par leurs collègues inquiets (ou médisants), d’autres sont signalés pour des comportements en dehors du service ou dans le cadre privé. Il n’y a guère de cadre juridique, et pas plus de travail de renseignement pour savoir s’il y a ou non un projet de cinquième colonne ou s’il s’agit ni plus ni moins que de l’évolution individuelle de certains individus, issus de milieux socio-culturels particuliers, ou confrontés à des circonstances qui leur sont très personnelles.

En tout une soixantaine de fonctionnaires suspects de radicalisation islamique sont inscrits au FSPRT, affirme le site spécialisé dans l’information sur la police Actu17. Il y aurait ainsi une quinzaine de policiers, une dizaine de gendarmes, des militaires, des douaniers et des surveillants pénitentiaires – pour les derniers, c’est plus inquiétant encore eu égard au rôle majeur de la prison dans la radicalisation de nombreux auteurs d’attentats terroristes récents, dans et hors de la France qui sont passés de la petite et moyenne délinquance (vols, braquage, drogue) au terrorisme islamique.

Depuis 2015 on sait aussi qu’une dizaine de militaires français – qui tirent souvent leurs origines familiales de pays musulmans – ont déserté pour rejoindre l’État islamique. Certains viendraient d’unités de commandos ou de la Légion étrangère, qui sont pourtant des unités d’élite où l’on inculque patriotisme et valeurs de la France bien plus qu’ailleurs. L’un d’eux aurait même commandé une unité d’une dizaine de Français qu’il a formé au combat dans la région de Deir Ezzor.

Quelques autres combattants français au sein du Front al Nusra (Al Quaïda en Syrie) ou de l’État Islamique en Syrie, Irak ou Libye seraient d’anciens militaires passés par l’armée qu’ils ont depuis quittée. Un ancien militaire angevin, longtemps assigné à résidence, est parti ainsi au Maroc depuis Nantes en mars 2016 ; les autorités marocaines ont été avisées par la France de son départ et il a été interpellé à Fès. Il avait avec lui plusieurs armes dans son bagage en soute.

Jusque là, le recensement de radicalisés n’existait que dans la police parisienne. Une note de la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP) du 9 décembre 2015 rapportait 17 cas de fonctionnaires de police radicalisés dans la police parisienne entre 2012 et 2015. Sur plus de 27.000 policiers et agents de surveillance.

Parmi les faits recensés, la diffusion de chants religieux islamiques dans la voiture de service, le refus de protéger une synagogue, l’achat d’une burqa pour sa compagne pendant une patrouille, le port d’une burqa hors service par une policière qui qualifie son uniforme de « saleté torchon de la République » sur Facebook, où elle poste aussi une photo d’elle sortant des vestiaires la tête couverte avec un hijab, ou encore une autre policière qui lance que « l’islam va dominer le monde » et aggrave son cas en refusant de faire la minute de silence pour les morts de Charlie Hebdo. Et pour cause, sur son Facebook elle adhère totalement à la théorie du complot pour cet attentat qu’elle qualifie de « fusillade masquée montée par des lopettes de sionistes ». Sans oublier la policière parisienne qui se lâche sur Facebook : « Si j’étais à la place des terroristes, cela ferait bien longtemps que j’aurais fait péter l’Élysée et tous les [censuré] qui y bossent » qui elle a fait l’objet de poursuites judiciaires et de sanctions disciplinaires pour incitation à commettre un acte terroriste.

Des policiers radicalisés issus des ADS de l’ancienne « police de proximité » de Jospin

Bien que peu d’informations filtrent à leur sujet, leur profil peut être cerné. Il s’agit pour l’essentiel de jeunes policiers, entrés comme ADS (adjoints de sécurité) dans la police à partir de la fin des années 1990. Ils avaient été recrutés dans la police via des concours internes avec des enquêtes de personnalité bâclées, puisqu’ils étaient déjà dans la « maison ». Il y avait la volonté politique de rendre la police « à l’image de ceux qu’elle protège » (ou qu’elle arrête?) au nom de la doctrine de la police de proximité.

Le brigadier-chef Sébastien Jallamion expliquait ainsi sur Riposte Laïque : « Les enquêtes de personnalité systématiques pour tous les candidats ayant réussi les épreuves écrites des différents concours sont devenues aléatoires, puis inexistantes s’agissant des concours internes ouverts aux adjoints de sécurité. Seule vérification de la virginité du bulletin N°2 du casier judiciaire est devenue la règle »

Ces policiers radicalisés sont pour l’essentiel issus des cités, et nombreux sont ceux à avoir des origines familiales de divers pays arabes. Cependant, sur les 17 signalements au sein de la police parisienne sur la période 2012-2015, 4 concernaient des convertis.

La bombe à retardement avait été posée par Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement. Par angélisme ou refus de prendre une mesure politiquement difficile à assumer, les gouvernements suivants ont laissé faire. Dominique voulait entrer dans la police à Nantes ; il est d’origine corse. « Lorsque j’ai postulé comme ADS à Nantes on m’a bien fait comprendre que c’était impossible. Je n’avais pas la bonne couleur. C’était du racisme mais à l’envers, ils cherchaient des jeunes de Bellevue, Malakoff, Château de Rezé, Dervallières [divers quartiers sensibles nantais]. Même avec un QI de moule, mais issus de ces quartiers et de l’immigration. Résultat je suis allé postuler à Paris, où j’ai été pris sans problème ».

Il assure ne « pas avoir vu de comportements bizarres ou islamisants [sic] de la part de [ses] collègues issus des cités. Mais c’est vrai qu’il y en a qui avaient toujours de bonnes excuses pour ne pas serrer la main des femmes. Après, du moment qu’ils bossent bien, on s’en fout qu’ils ne mangent qu’au kebab ou pas du tout un mois de l’année », reconnaît-il, avant d’avouer qu’il y a eu « un certain laxisme de la hiérarchie. Pas le temps de s’en occuper, et probablement pas envie non plus, peut-être de peur d’être encore allumé par tout le monde, le pouvoir politique, les médias, et d’être traité de raciste ».

S’ajoute à cela le fait que « la plupart de ces collègues ne posent aucun problème » et que « certaines enquêtes, sans ces collègues qui viennent de ce genre de quartier, tu n’arrives pas à les mener. C’est vraiment un autre monde, à deux pas des centre-villes. C’est la France et ce n’est pas la France ».

Jusque là, en cas de radicalisation avérée, les policiers concernés faisaient l’objet d’un blâme, d’une mise à pied voire exceptionnellement d’une mutation. Les cas de radiation des effectifs de la police restent rarissimes. Le ministère de l’Intérieur aimerait généraliser la mutation ou la radiation en cas de dérive radicale islamiste et enquêter sur les fonctionnaires de police qui adopteraient des comportements suspects en cours de carrière ce qui pose une masse de problèmes – d’effectifs, mais aussi juridiques. L’UNSA Police s’est déjà inquiétée de la « pente dangereuse  qui va vers la discrimination, le catalogage [sic] voire le délit de faciès» induite par le flou autour de la notion de radicalisation.

La radicalisation des policiers éludée devant les députés

La question préoccupe aussi les députés. Le cinq juillet 2016 ont lieu des auditions dans le cadre de la commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015. Patrice Verchère, député UMP/LR de la 8e circonscription du Rhône (Lyon nord-ouest – Tarare), réélu depuis, lance : « plusieurs articles de presse sont récemment parus sur la progression du fondamentalisme religieux dans les commissariats. Êtes vous alertés par certains de vos collègues qui s’en inquiéteraient ? Le risque pourrait exister, comme on l’a vu aux États-Unis et en Afghanistan, que des policiers radicalisés se retournent contre leurs collègues ? ».

Céline Berthon, aujourd’hui secrétaire générale du Syndicat national des commissaires de police (SCPN), tente de le rassurer en minimisant l’enjeu : « les cas de radicalisation qui ont été signalés sont extrêmement peu nombreux. On constate plutôt des problèmes liés au respect de la laïcité et de la pratique religieuse dans les services, qu’il s’agisse de l’exigence d’un temps de culte pendant le service ou l’expression d’une pratique religieuse un peu radicale ». Qui, comme à la RATP ou dans d’autres institutions, est rarement l’expression de catholiques traditionalistes ou de bouddhistes, on s’en doute.

Le président de la commission d’enquête Georges Fenech rebondit : « radicale ou fondamentaliste ? ». Jean-Luc Taltavull, secrétaire général adjoint du SCPN, se réfère au signalement des policiers radicalisés de la préfecture de police de Paris, qui a alors fuité dans la presse, et continue à noyer le poisson : « selon les informations dont nous disposons, le phénomène de radicalisation dans la police demeure très marginal et se cantonne à des unités qui emploient des agents de surveillance sur la voie publique qui sont davantage des collaborateurs du service public que des policiers à part entière ». Une inexactitude à part entière, doublée d’un mensonge : il parle des A.S.V.P alors que la plupart des signalements pour radicalisation concernent des gardiens de la paix.

Louis Moulin

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  • Jakez Gwillou

    Rendons à César ce qui est à César : Le phénomène de la radicalisation musulmane n’a pu se développer sur notre sol qu’en raison de la nature de notre système politico-économique et de sa philosophie étatique antidiscriminatoire. A l’évidence, un tel fléau n’aurait jamais pu se produire dans la société chrétienne d’Ancien-régime !

    Mais sans vouloir refaire l’histoire, notons que là où le bât blesse, est que ces cas de radicalisation ne soient sanctionnés que par des blâmes, des mises à pied ou des mutations. Nous avons jadis connu le pouvoir républicain beaucoup plus répressif à l’égard de policiers coupables d’avoir milité dans leur vie privée, au sein d’organisations nationalistes. Le verdict tombait alors comme la lame tranchante de la sinistre machine du père Guillotin : la révocation sans droit à pension.

    A ces occasions, ces fonctionnaires mal-pensants étaient trainés dans la boue, avec une certaine ardeur et une aussi certaine délectation par les plumitifs de la presse gaucharde de l’époque alliée aux syndicalistes policiers du même tonneau.

    Et que voyons-nous, aujourd’hui ? Une hiérarchie policière dument chapitrée qui minimise l’ampleur des faits des radicalisation – pour ne pas affoler l’opinion publique semble –t-il – et un syndicat de gauche (encore…) venir au secours de futurs policiers soupçonnés de radicalisation….

    Décidément, les soldats de l’ordre (ou plutôt de son simulacre ….) sont bien mal soutenus par leurs instances professionnelles. Pour écarter leurs défenseurs de pacotille, encore faudrait-il qu’ils votent intelligemment aux élections
    paritaires.

  • André Coutand

    Des taupes ???

  • jzldebretagne

    C’était à prévoir , il ne faut pas leur faire confiance , ils sont sournois , toujours prêt à vous tirer dans le dos …

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