05/11/2017 – 07H15 Nantes (Breizh-info.com) – « Mous’ est mis en examen ! », répète-t-on aux Dervallières avec un peu d’incrédulité. Dans ce quartier de l’ouest de Nantes, une mise en examen n’est pas un événement rare. Mais Mous’, tout de même… Directeur de la Maison de quartier, Moustapha Rahmani est un pilier de l’Accoord, l’association chargée des activités socioculturelles de la ville de Nantes moyennant près d’une vingtaine de millions d’euros de subventions annuelles. Il y est entré comme animateur à 18 ans en 1987 et y a fait carrière, devenant directeur de la Maison de quartier du Breil en 2008 puis de celle des Dervallières en 2012. Jean-Marc Ayrault, du temps où il était maire de Nantes, saluait son « travail remarquable ».

Des bruits couraient depuis quelques temps. Plusieurs femmes accusaient l’homme de harcèlement sexuel, d’agressions et même de viol. Certaines d’entre elles étaient tout simplement ses propres collaboratrices de la Maison de quartier, qui emploie une vingtaine de personnes. Il vient d’être mis en examen par la justice et fait l’objet d’une enquête de la brigade des mœurs.

La presse locale évoque le sujet avec précautions, voire à mots couverts, en évitant de citer le nom de l’intéressé. C’est que cette figure montante des milieux municipaux avait entrepris depuis quelques années de se faire une réputation de grande conscience morale. En 2014, il accueillait aux Dervallières l’exposition itinérante et militante « Zoos humains, l’invention du sauvage », créée par la Fondation Lilian Thuram, Éducation contre le racisme et participait lui-même à une table ronde avec Lilian Thuram et l’historien Pascal Blanchard, vieux militant de la cause tiers-mondiste. En 2015, toujours dans son établissement municipal, il recevait une autre table ronde à l’occasion des Semaines d’éducation contre les discriminations organisées par la FAL 44. Il y intervenait aux côtés de Jessy Cormont, co-auteur avec Saïd Bouamama du Dictionnaire des dominations.

« J’attache beaucoup d’importance aux fondamentaux de l’engagement militant », déclarait-il au journal de quartier local Couleur locale alors que son établissement fêtait son 50ème anniversaire, début 2017. Il acquérait aussi ses galons d’intellectuel en publiant avec une enseignante de l’Université de Nantes un article intitulé « Contributions de médiations (inter)culturelles pour créer des innovations artistiques et managériales » dans Remac ‑ Revue de Management et Cultures. Il y proclamait la nécessité de « densifier des liens de valeurs entre différentes formes de culture et les individus ».

Moustapha Rahmani est simplement mis en examen et bénéficie de la présomption d’innocence. Il n’empêche que, devant l’accumulation des plaintes, l’Accoord a préféré le suspendre de ses fonctions depuis trois semaines.

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