Féminisme. La neutralité scientifique et la biologie contestées

Féminisme

06/12/2017 – 16h45 Ithaca (Breizh-Info.com) – C’est un document intéressant sur le féminisme qui a été exhumé sur Twitter par Philippe Lemoine, étudiant en thèse à l’université Cornell aux États-Unis dans le département de philosophie, où il est spécialisé en logique et philosophie des sciences.

Une liste de préceptes ayant influencé les chercheurs féministes

C’est un extrait d’un ouvrage de Margrit Eichler rédigé en 1997 qui reprend une liste de règles à suivre pour tous les chercheurs féministes. Cette liste a été rédigée par Maria Mies, professeur de sociologie, en 1993. Une preuve que le féminisme scientifique est une idée qui vient de loin.

Margrit Eichler reprend ces règles en notant bien que « tous les chercheurs féministes n’adhèrent pas à ces postulats, mais ils représentent une part significative des recherches féministes. »

Il est donc fondamental de lire avec attention cette liste :

Et autant dire qu’elle commence fort puisque le premier point évoque la question de la neutralité scientifique. Théoriquement, pour qu’une étude soit valide et pertinente, il est nécessaire que les chercheurs soient neutres quant à l’objet de leur recherche. Pour Mies, cette « neutralité pour les objets des recherches doit être remplacée par une partialité consciente ». Concrètement, cela signifie que toute recherche scientifique ayant suivi cette règle a renoncé à la neutralité et est donc, de facto, en-dehors du champ des sciences.

Dans le deuxième point, Mies conteste l’utilisation d’outils de recherches quantitatives. Cela signifie par exemple que toute étude sociologique devra se passer de grands sondages mais se contenter de petites tables rondes ou d’entretiens individuels. Or, cette démarche, utile sur bien des aspects, de réaliser des études qualitatives ne peut pas être solitaire. Il convient également d’avoir un volet d’études quantitatives. En refusant cela, Mies condamne une fois de plus la recherche féministe à sortir du champ des sciences.

Outre ces recommandations tout simplement hallucinantes, Maria Mies évoque la manière dont les études féministes doivent être des « processus de conscientisation » des chercheurs et des femmes interrogées. On est donc là au cœur d’un militantisme déguisé en neutralité scientifique.

La biologie, ennemie des féministes

A noter que Maria Mies a rédigé les quelques lignes suivantes, page 44 de son ouvrage Patriarchie et accumulation à l’échelle mondiale paru en 1986.

« Quand nous avons commencé à interroger les origines de l’oppression entre les sexes, nous avons vite découvert qu’aucune des vieilles explications avancées par les sociologues depuis le dernier siècle n’était satisfaisante. En effet, dans toutes les explications […], le problème nécessitant une explication est, en dernier recours, vu comme biologiquement déterminé et donc en dehors du champ d’un changement social. Donc, […] il est utile d’identifier les biais biologiques dans certains des concepts sur lesquels nous débattons fréquemment. Ce déterminisme biologique, paraphrasé dans la paraphrase de Freud que l’anatomie est la destiné, est peut-être le plus profond des obstacles à l’analyse des causes de l’oppression et de l’exploitation des femmes. Bien que les femmes luttant pour leur émancipation aient rejeté le déterminisme biologique, elles trouvent très difficile d’établir que la relation inégale, hiérarchique et d’exploitation avec les hommes est causée par des facteurs sociaux et historiques. L’un de nos principaux problèmes est le fait que, non seulement l’analyse en tant que telle, mais aussi les outils de cette analyse, ses concepts et ses définitions basiques, sont affectées – ou plutôt infectées – par le déterminisme biologique. »

Il est donc clair que le réel est bien l’obstacle principal de certaines « scientifiques » féministes. Pour mener à bien leurs études, certaines d’entre elles – dans quelle proportion, c’est un mystère – ont donc décidé de l’ignorer.

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

  • Pschitt

    Quelle découverte ! Pour mettre ces opinions en perspective, il faudrait en dire plus sur le pedigree de ces deux dames, l’importance de leurs travaux, leur prestige dans la communauté scientifique… Et le bilan serait bien mince, non ?