Romain Rolland, une des « grandes consciences » de la gauche, à déboulonner ?

La récente « affaire Audiard », la réédition contestée des pamphlets de Céline,  démontrent  une nouvelle fois que la Seconde Guerre mondiale, la Collaboration et le fascisme restent des repères historiques incontournables de nos contemporains, l’antisémitisme demeurant quant à lui le seul péché, sans rémission ni absolution.

La « police de la pensée » comme la nommait  l’historienne Annie Kriegel, s’attaque principalement aux écrivains,  artistes et scientifiques…  réputés hommes de droite, recherchant dans leur vie et leurs écrits, le moindre fait, la moindre ligne qui pourraient être en lien avec « les heures les plus sombres de notre histoire, le racisme ou l’antisémitisme. Mais elle n’est pas regardante sur les idées exprimées par certaines personnalités de gauche comme par exemple l’écrivain Romain Rolland, universellement admiré,prix Nobel de littérature, mais aussi compagnon de route du Parti communiste et admirateur de l’URSS stalinienne,  décédé le 30 décembre 1944.

La récente publication de son Journal de Vézelay 1938-1944  jusqu’alors inédit, permet de jeter un regard nouveau sur celui qui fût une des « grandes consciences » de la gauche française et européenne.

Petit florilège à l’intention des épurateurs éthiques.

Hitler et l’Allemagne nazie

28 juin 1940 : « Si Hitler veut faire une paix modérée et honorable pour la France, la fraternisation des deux peuples aurait fait un grand pas ». 24 juillet : « grand discours au Reichstag, d’ailleurs très beau, très digne … discours dont la maîtrise d’esprit semble avoir grandi avec la victoire ». 15 août : « l’Allemagne d’Hitler travaille à forger les Etats Unis de l’Europe, elle extirpe de notre civilisation le cancer de l’argent asservisseur et corrupteur que nos démocraties n’auraient jamais eu l’énergie d’opérer, car elles se sont laissé infecter jusqu’aux moelles ». 19 juillet 1941 : « Les plans d’économie et d’organisation d’Hitler sont les meilleurs du monde ». 16 septembre 1944 : « Hitler écrit son épopée wagnérienne, sa prodigieuse aventure sera plus tard la source d’un cycle de légendes comme celle des Nibelungen. Les triomphes inouïs et les désastres formeront un Ring éclatant et funèbre ».

Le maréchal Pétain

13 août 1940 : « Bonne vieille voix, tranquille, honnête à la fois ferme et modérée ». 9 octobre : « Sous les mots on sent l’ardent patriotisme ».

Les Juifs et leur  statut

18 octobre 1940 : « Un esprit plus intelligent et plus humain qu’on pouvait craindre, établissant du moins des exceptions pour l’élite et les services rendus – injuste et hostile mais non outrageant – reprochant seulement aux Juifs leur esprit individualiste, qui va à l’anarchie ». 18 octobre 1944 : « Je me sens physiquement éloigné des Juifs, particulièrement des Juifs allemands. Tout est chez eux trop appuyé : leurs traits, leurs expressions… leur âme charnelle en son essence. Nos racines sont séparées par une cloison qui n’est jamais ouverte ».

De Gaulle

28 août 1940 : « Je déplore les collusions que peut chercher un chauvinisme avec l’Angleterre. C’est le plus grand mal qu’on puisse faire à notre pays. Ce qui reste à sauver ne peut l’être qu’en loyale discussion avec le vainqueur ».  20 novembre : « Fanatisme orgueilleux de Degaulle (sic), l’insensé ouvre la porte de la guerre civile la plus atroce. »

La Collaboration

13 janvier 1941 : « J’ai lu dans L’illustration un article qui est un des meilleurs pour la collaboration franche, sans réticence, jusqu’au bout ».

Rencontre avec Staline en 1935

 Les États-Unis

27 février 1941 : « J’aurai cent fois plus d’aversion et d’horreur pour une domination de la terre par la dure Amérique que par l’Allemagne ! Cette nation d’hommes d’affaires et de légistes endurcis trempés dans l’eau du Jourdain, sans entrailles, et sans humanité dans le cerveau ! ». 4 avril : « ils évoquent à mes yeux les légistes durs et fourbes… les hommes d’argent qui mènent les états et les armées, les écraseurs de plèbe qui parlent de peuple de démocratie et de Dieu. Tout est money et tout est loi. Je me sens bien plus éloignés d’eux que de tout groupement européen ». 8 juin : « Nul ne se fait d’illusions sur le caractère fanatique et barbare que l’entrée en guerre de l’Amérique imprimera à la guerre d’Europe ». 10 décembre : « Le froid, rusé, implacable légalisme de l’USA a volontairement consenti ces sacrifices de quelques milliers d’homme (Pearl Harbour) pour se poser aux yeux de son peuple, dans l’attitude d’agressé ». 29 avril 1944 : « Le pire écrasement qui attend l’humanité dans l’avenir lui viendra de la monstrueuse ploutocratie américaine, le plus inhumain, le plus mortel pour les masses et pour l’esprit ».

L’armée allemande

10 juin 1940 : « Les soldats allemands toujours très convenables ». 18 juin 1940 : «On doit reconnaitre que, depuis l’arrivée des Allemands, l’ordre règne». 27 avril 1941 : « Il ne sert de rien de se boucher les yeux : les troupes de choc hitlériennes ont au cœur la flamme et l’élan invincibles de nos sans-culottes à Valmy et Jemmapes ». 10 août 1944 : «  En Normandie, les armées héroïques de Von Kluge se font par centaines de mille, exterminer avec un enthousiasme farouche, plutôt que de capituler ».

Les bombardements alliés

1er juin 1942 : « La RAF inaugure ses bombardements monstrueux sur l’Allemagne. Cologne 5000 morts et 50 000 blessés, la magnifique ville brûle ».  17 novembre 1943 : « Berlin, Francfort, Stuttgart… j’y pense la nuit et mon cœur saigne. Il n’y a pas deux camps, tous les bourreaux sont du même camp ». 18 février 1944 : « Les bombardements des villes sacrées, des oeuvres d’art est le forfait le plus odieux. … Ces faux champions de la civilisation sont les pires barbares de l’histoire ».

La Résistance

10 décembre 1943 : « Sous le couvert des organisations de ‘la Libération’ une pègre pille et assassine… les Allemands ayant désarmé tous les éléments d’ordre social, les honnêtes gens sont livrés au banditisme sans aucun moyen de se défendre ». 31 août 1944 : « Inorganisation, désordre, discipline lâchée des Résistants ».

Le Fascisme

26 octobre 1944 : « Si les fascismes ont eu, par toute l’Europe, le succès soudain et éclatant qu’on a vu, c’est qu’ils répondaient sans nul doute  à un besoin, à une nécessité par réaction vitale contre l’anarchisme veule et destructeur qui rongeait nos vieux pays d’occident ».

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Certains diront que lorsqu’il a écrit ces lignes « scandaleuses » Romain Rolland était âgé et malade. Rappelons leur, celles-ci, écrites en 1906 en pleine maturité à son jeune ami Alphonse de Châteaubriant : « Quand je ferme les yeux, en pensant à Francfort, je vois le buste de Schopenhauer contemplant avec son amer sourire les eaux croupissantes au milieu d’un square, et la marmaille d’Israël dégénéré plus croupissante encore, qui joue autour, comme de petits crapauds. Je ne suis pas antisémite,  je  vous assure ; j’aime trop l’intelligence ; et les races fortes m’attirent, même si elles me sont ennemies. Mais une race dégénérée, qui ne peut se décider à mourir, est pour moi un cauchemar ».  Cahiers Romain Rolland N° 26  « L’un et l’autre », Albin Michel 1983.

Comme l’écrit l’éditeur du Journal de Vézelay, Romain Rolland avait « des sentiments complexes » envers les Juifs.

Alors qu’attend-t-on, à Nantes, à Brest, à Vannes, à Saint-Nazaire, à Rennes et à Lanester pour débaptiser les rues, les  boulevards et prioritairement lycées et écoles portant le nom de ce personnage ?

A propos de la réédition des pamphlets de Louis Ferdinand Céline,Serge Klarsfeld, l’infatigable chasseur de nazis, déclarait à Ouest France : « Il n’est pas envisageable que la société politique française accepte la diffusion de tels textes nocifs et talentueux d’incitation à la haine raciale et à l’extermination des Juifs ».

Il ne saurait en effet y avoir deux poids, deux mesures.

François Cravic

Romain Rolland, , Journal de Vézelay 1938-1944, Bartillat

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