Mémoricide. A Rennes, les communistes veulent débaptiser la rue Alexis Carrel

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« Du passé faisons table rase » : lors du conseil municipal qui s’est tenu cette semaine à Rennes, Yannick Le Gargasson (Parti de gauche) a mis en application ce couplet de l’Internationale. Il a demandé en effet que l’on débaptise le boulevard Alexis Carrel. Une demande pour relayer la pétition lancée il y a plus d’une année déjà par le mouvement des jeunes communistes, suivant ainsi d’autres communes dans lesquelles certains élus semblent avoir fait du mémoricide un véritable fond de commerce.

« Pour liquider les peuples, on commence par leur enlever leur mémoire. On détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Puis quelqu’un d’autre écrit d’autres livres, leur donne une autre culture, leur invente une autre histoire. Ensuite, le peuple commence lentement à oublier ce qu’il est, et ce qu’il était. Et le monde autour de lui l’oublie encore plus vite.» écrivait l’historien tchèque Milan Hübl.

Car c’est bien de bien une mémoire que les communistes de Rennes souhaitent effacer – suivant ainsi Paris, Strasbourg, ou Lyon – dans cette entreprise. Celle de la vie d’Alexis Carrel, chirurgien et biologiste français à qui l’on doit le premier pontage cardiaque expérimental. En 1912, il obtint le prix Nobel de médecine « en reconnaissance de ses travaux sur la suture vasculaire et la transplantation de cellules sanguines et d’organes », devenant à l’époque à la fois le plus jeune lauréat et le premier scientifique récompensé pour ses travaux hors de son propre pays.

Pionnier de la transplantation d’organes, il fût également décoré de la Légion d’honneur après la Première Guerre mondiale, pour son développement au front de la méthode de Carrel-Dakin de traitement des brûlures (notamment la solution de Dakin) qui, avant le développement des antibiotiques, sauva la vie de nombreux blessés de guerre.

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Alexis Carrel est également mondialement connu pour avoir écrit l’ouvrage « l’homme, cet inconnu », ouvrage qui, ajouté à son parcours politique (il adhéra au PPF de Doriot) lui valent les foudres des militants de la gauche communiste puisqu’il y étayait des théories eugénistes, estimant que la sélection naturelle ne jouait plus son rôle, tout en contestant l’égalité prétendue des hommes entre eux (voir l’ouvrage intégral ici). On pouvait y lire notamment :

« Une autre erreur, due à la confusion des concepts d’être humain et d’individu, est l’égalité démocratique. Ce dogme s’effondre aujourd’hui sous les coups de l’expérience des peuples. Il est donc inutile de montrer sa fausseté. Mais on doit s’étonner de son long succès. Comme l’humanité a-t-elle pu y croire si longtemps ? Il ne tient pas compte de la constitution du corps et de la conscience. Il ne convient pas au fait concret qui est l’individu. Certes, tous les êtres humains sont égaux. Mais les individus ne le sont pas. L’égalité de leurs droits est une illusion. Le faible d’esprit et l’homme de génie ne doivent pas être égaux devant la loi. L’être stupide, inintelligent, incapable d’attention, dispersé, n’a pas droit à une éducation supérieure. Il est absurde de lui donner le même pouvoir électoral qu’à l’individu complètement développé. Les sexes ne sont pas égaux. Il est très dangereux de méconnaître toutes ces inégalités. Le principe démocratique a contribué à l’affaiblissement de la civilisation en empêchant le développement de l’élite. Il est évident que les inégalités individuelles doivent être respectées. Il y a, dans la société moderne, des fonctions appropriées aux grands, aux petits, aux moyens et aux inférieurs. Mais il ne faut pas chercher à former les individus supérieurs par les mêmes procédés que les médiocres. Aussi la standardisation des êtres humais par l’idéal démocratique a assuré la prédominance des faibles. Ceux-ci sont, dans tous les domaines, préférés aux forts. Ils sont aidés et protégés, souvent admirés. Ce sont également les malades, les criminels et les fous qui attirent la sympathie du public. C’est le mythe de l’égalité, l’amour du symbole, le dédain du fait concret qui, dans une large mesure, est coupable de l’affaissement de l’individu. Comme il était impossible de l’élever les inférieurs, le seul moyen de produire l’égalité parmi les hommes était de les amener tous au plus bas niveau.. Ainsi disparut la force de la personnalité.».

Des propos qui, dans la première moitié du 20ème siècle, pouvaient être librement débattus, contestés, réfutés, sans que cela ne suscite le clouage au pilori d’un homme qui, avant tout, aura contribué à l’avancée médicale et scientifique et qui a toujours été salué pour ses recherches.

La maire de Rennes, Nathalie Appéré n’a pas fermé la porte pour le moment à la quasi injonction de Yannick Le Gargasson, qui voudrait remplacer Alexis Carrel par Ambroise Croizat, autre personnage important dans l’histoire de France dans un autre domaine, puisqu’il a été l’un des fondateurs de la Sécurité Sociale. Un vote devrait avoir lieu lors d’un prochain conseil municipal.

Cette affaire a fait dire à un médecin du coin : « Une chose est certaine, c’est que l’Histoire – qui a retenu les noms d’Alexis Carrel comme celui d’Ambroise Croizat pour leurs grandes oeuvres profitant encore aujourd’hui à tous, ne retiendra certainement pas celui du sieur Le Gargasson, obscur conseiller municipal qui n’aura, lui, rien inventé. Juste tenté d’effacer un grand nom de la médecine. Pitoyable !» 

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