Nantes. Correctionnelle : itinéraire emblématique d’une racaille ordinaire

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Aux comparutions immédiates, il arrive que l’on trouve des audiences emblématiques. De celles qui – en l’espace d’un dossier – soulignent l’ensemble des maux, travers et autres hypocrisies du traitement de la délinquance du quotidien en France. Ainsi d’une conduite sans permis, le 26 mars dernier aux Dervallières, un quartier « sensible » de l’ouest de Nantes. Tout – le prévenu, sa défense, la peine requise, la défense, la sanction – témoigne de la réalité quotidienne de la justice pénale française. Jusqu’à l’overdose.

Les faits : le 26 mars vers 0h15, Khalil X. prend la Twingo de son frère et se fait arrêter juste au coin de sa rue, en bordure est des Dervallières. Il ne se démonte pas, passe sur la place du passager – il est seul dans la voiture – puis prend la fuite en ouvrant la portière côté passager. Rapidement rattrapé, il finit néanmoins en garde à vue. Au petit matin, il casse la serrure de sa porte à force de taper dedans – 340 € de préjudice pour le contribuable – puis traite de « fils de pute » le policier enquêteur de la brigade des accidents et délits routiers (BADR) qui vient lui poser des questions.

Jugé pour conduite sans permis, refus d’obtempérer, dégradations volontaires et outrage, il présente le profil classique d’un délinquant de cité. Né en Tunisie, il vit chez sa mère, affirme en garde à vue que « les policiers ne sont pas honnêtes », et a un casier plutôt habituel : une amende en 2011, un sursis révoqué pour vol violence en 2012, 4 mois avec sursis en 2015 pour détention de stupéfiants – il avait aussi cassé une porte de cellule de garde à vue mais ne s’en souvient plus. Le sursis a été révoqué en 2017 et il a fait plusieurs mois de prison.

Au tribunal, il est désinvolte, et affirme : « je n’étais pas le conducteur, juste le passager, c’est mon cousin qui conduisait, je ne vais pas donner son nom ». Problème : l’agent qui l’a interpellé était à quatre mètres de lui et l’a vu seul dans la voiture passer sur la place du passager puis s’enfuir. La présidente le lui rappelle ; il élude :« bah c’est ce que les policiers disent ». Pour la porte, il assume, « je vais payer, pas de problème », mais affirme avoir été insulté et tabassé : « ils me changent de cellule, je me fais tabasser. Je montre la caméra , ils me disent elle marche pas la caméra. Ils m’ont tapé sur les parties intimes ».

Pas un mot de cela en garde à vue, et la juge ironise « vous avez l’air assez détendu sur la photo ». Dans la salle, certains se retiennent difficilement de rire. Déscolarisé à la fin du collège, il a fait plusieurs formations et travaille dans l’étanchéité de toiture. Enfin « des fois je travaille, je connais des gens ». Bref, pas très finement il fait comprendre qu’il travaille au noir, ce qui lui fait « 1000 € par mois ». Archétypale aussi son apparence – costume sportif, l’air blasé et insolent.

Très classique encore, la plaidoirie de la représentante du policier outragé – qui se porte partie civile ; elle mentionne les policiers en mission  sur la voie publique, « exposés à des outrages quasi-quotidiens », l’agressivité verbale, « inadmissible sur le principe » qui crée « une usure psychologique » à la longue.

Très classique toujours le réquisitoire – quatre mois aménageables « s’il y a une remise en cause », l’accent mis sur la mauvaise foi du prévenu. Une petite peine de celles qui encombrent les prisons, qui ne fait aucun sens au vu du casier de Khalil X.

« Il a besoin d’un peu d’encouragement judiciaire ».

Très classique enfin la plaidoirie de l’avocate du prévenu , qui démonte le témoignage du policier, pose une lapalissade – « il est irréaliste et mensonger de dire que toutes les gardes à vue se passent mal et toutes se passent bien », insiste sur le fait que son client n’a pas encore commis d’infractions routières, est inséré et demande un sursis mise à l’épreuve avec l’obligation de passer son permis. « Il a besoin d’un peu d’encouragement judiciaire (sic) ».

Message reçu : quatre mois sans mandat de dépôt, réparation de préjudice moral – le policier outragé – et matériel (la porte). Khalil a besoin d’encouragement judiciaire : pour bosser au noir, insulter la police, mentir au tribunal – sans inventivité ni finesse (à l’impossible nul n’est tenu) -, défoncer les cellules de garde à vue et prendre les autres pour des pigeons. Son destin semble tout tracé. « Et des Khalil comme lui, y en a tous les jours », soupire un habitué du tribunal. Fin de la séquence.

Louis Moulin

Crédit photo : Breizh-info.com
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