Par Ferenc Almássy, journaliste indépendant franco-hongrois, rédacteur en chef du Visegrád Post.

Lettre ouverte à Bernard de la Villardière et son équipe, suite au reportage d’Enquête exclusive sur la Hongrie, diffusé le 8 avril 2018 sur M6 intitulé Hongrie : tensions maximales au coeur de l’Europe.

À Monsieur Bernard de la Villardière et son équipe d’Enquête exclusive,

Je suis un journaliste indépendant franco-hongrois ; vos équipes me connaissent, nous avons tourné de nombreuses heures sur plusieurs jours pour votre « reportage ». J’ai parlé de la situation de l’opposition, de l’affrontement avec George Soros, de l’évolution de Viktor Orbán et de son parti, mais aussi du colonialisme économique allemand, de la Russie, du groupe de Visegrád, ou encore de la transition économique et politique à la sortie du communisme. Votre chef d’équipe, Laetizia Kretz, – qui m’a vite retiré de facebook avant la diffusion – m’a même félicité pour mon professionnalisme et le sérieux de mes propos à la fin d’un énième tournage où j’avais pris la peine d’expliquer clairement la situation hongroise – notamment sur les plans politiques, sociaux, économiques, mais encore culturel. J’ai compris maintenant que derrière ce compliment se cachait un autre message : « nous n’utiliserons rien de tout ce que tu as dit, car ce n’est ni caricatural, ni exploitable pour un reportage sensationnaliste ».

Pour les autres lecteurs de cette lettre, je m’excuse par avance de sa longueur. Mais pour qui s’est infligé l’intégralité du « reportage », cette lettre peut être non seulement utile, mais également bienvenue. Bien entendu, comme je vais devoir argumenter et expliquer, je n’arriverai pas à répondre à tous les éléments du « reportage ».

Je suis un patriote hongrois, et c’est aussi à ce titre que j’ai bien voulu donner de mon temps à votre équipe, qui m’avait assuré de « vouloir faire quelque chose de différent de ce qui se fait sur la Hongrie », de vouloir expliquer la situation… Quel naïf j’ai été. Les tentatives hasardeuses de « libérer la parole » par votre cadreur, disant qu’il y a trop d’Arabes en France, m’ont cependant mis la puce à l’oreille. Mais qu’importe.

Préambule de la vidéo : le sensationnalisme comme seul objectif

Venons-en à votre production – je ne peux décemment qualifier cette vidéo de reportage. Votre production, donc, commence fort avec un préambule grotesque : musique anxiogène, enchaînement de phrases « choc » coupées et d’images rapides… des techniques efficaces pour instiller l’angoisse chez le spectateur qu’on hypnotise. Le ton est donné : on va nous faire ressentir des choses, que l’on ne s’attende pas à des analyses…

Introduction de la vidéo : le déshonneur de Bernard de la Villardière

Vient ensuite la présentation du sujet par la vedette, Monsieur de la Villardière. Les allégations typiques de la gauche libérale militante tombent. Sans preuve, ce sont des faits établis, évidemment, c’est entendu que la Hongrie est un pays fermé, xénophobe et autoritaire. Oui, la Hongrie est tout ça, malgré Budapest qui accueille chaque année un million de touristes de plus que Bruxelles ainsi que le plus important festival européen de musique. La Hongrie, ce pays fermé qui fait partie de Schengen. La Hongrie, ce pays autoritaire où 6 consultations nationales ont eu lieu en 8 ans afin de demander l’avis de la population sur des sujets importants. La Hongrie, ce pays xénophobe qui accorde plus de droits aux minorités nationales que la République française – notamment le droit d’étudier dans leur langue. Un député de la minorité nationale allemande vient même de faire son entrée au parlement.

Puis, vient l’accusation d’être « anti-migrants ». Qu’est-ce que cela veut dire ? La Hongrie est contre l’immigration massive et incontrôlée, et à fortiori pour limiter drastiquement l’immigration extra-européenne, consciente et responsable de ses capacités réelles d’intégration. En cela la République française n’a aucune leçon à donner : il suffit de se rappeler le traitement des immigrés en France, les bidonvilles où étaient entassés les Portugais, devenus de véritables ghettos, sans parler des Harkis qui ont été mis en camp. La Hongrie n’est pas « anti-migrants », mais anti-immigration massive et incontrôlée. Le choix des mots est important. Dire que la Hongrie est « anti-migrants », c’est sous-entendre qu’elle est hostile à des individus, alors qu’elle s’oppose à un phénomène politique, économique et social de façon responsable. Qualifier la Hongrie de pays « anti-migrants », c’est soit un manque de sérieux très grave lorsque l’on a une telle audience et tant de moyens, soit une attaque déguisée, volontaire, vile et malhonnête.

L’affirmation concernant les exactions de groupuscules ne mérite presque aucun commentaire. Je demande simplement de trouver une affaire de ce genre ayant moins de 5 ans. Bonne chance !

Enfin, voilà le couplet sur la corruption. Comme le dit si bien Gyula Thürmer, le président du parti des travailleurs hongrois, la corruption n’est pas le fait d’un gouvernement mais d’un système, elle est consubstantielle aux régimes capitalistes. Donc oui, la corruption est là, mais elle est non pas systématique, mais systémique. Oui, il y a de la corruption en Hongrie. Mais ce qui choque, c’est qu’elle est parfois visible. Visible car petite. Mais nous y reviendrons.

Avant que le reportage ne commence donc vraiment vers la 10e minute, vous avancez, Monsieur de la Villardière, une fois de plus comme si c’était un fait évident, entendu, qui ne nécessite aucune preuve – malgré la gravité du propos ! – qu’en Hongrie, il y a un recul des libertés démocratiques ! Voulez-vous bien comparer à la situation française, encore une fois ? Combien de gens en Hongrie ont été condamnés pour leurs propos, aussi extrémistes soient-ils ? Et en France…? Vous serez également bien aise d’apprendre qu’en Hongrie, contrairement à la France, la police n’use pas de moyens aussi violents. Il n’y a pas de quartier de non-droit, tout au plus des ghettos tsiganes, mais la police et la loi n’y sont pas étrangères, pas comme chez vos amis de certains quartiers qui vous ont malmené.

Vous concluez votre présentation en disant que c’est du fait de ce climat que les jeunes veulent émigrer. Là encore, il s’agit soit d’une malhonnêteté flagrante, soit d’un manque sérieux de connaissances de la région. Or, j’ai pris soin d’expliquer à Laetizia Kretz les raisons systémiques de cette émigration, d’ordre économique, caractéristique non pas de la Hongrie mais des pays périphérique, qui en Europe se trouvent être les pays post-communistes. Ce phénomène touche par ailleurs bien plus gravement la Roumanie par exemple, qui n’a jamais autant perdu d’habitants que depuis la fin du communisme. Mais ça, ça contrevient à votre détestable dessein : donner une image noire et effrayante de la Hongrie, sans aucune déontologie.

Le « reportage », ses mensonges et son biais idéologique

Je le redis : il y a tellement de mensonges, de manipulations, de procès d’intention et d’associations malhonnêtes qu’il m’est impossible de tout reprendre – ce texte sera déjà assez long comme ça. Je vais me concentrer sur le plus important. Je vais d’ailleurs me débarrasser tout de suite des remarques d’ordre général.

Élément récurrent : la mauvaise prononciation systématique des noms propres. Tous, sauf un seul il me semble, tous les noms, de lieux, de gens, sont mal prononcés. Mais après tout, ces attardés de l’Est ne méritent même pas qu’après des mois de travail et des heures à leur contact, avec l’aide d’interprètes, on fasse l’effort de bien prononcer leurs noms barbares, n’est-ce pas ? Éminente démonstration du profond mépris et du manque de connaissance et de respect envers la Hongrie et les Hongrois.

Je passe sur les petits mensonges et approximations nombreuses (salaires, nombre d’habitants, position de la Hongrie – oui, la Hongrie est véritablement au cœur de l’Europe, et non à sa frontière -, nombre de manifestants, …).

Enfin, à plusieurs reprises, la voix hors champ assène que la Hongrie ne veut pas d’immigration, alors qu’elle n’a même pas d’immigrés, comme si cela était absurde, contradictoire ou illogique. « Gouverner, c’est prévoir » : cette maxime de Richelieu semble bien périmée à vos yeux. La Hongrie n’a pas d’immigrés justement parce qu’elle n’en veut pas !

Vous dites aussi que Daech n’a jamais menacé la Hongrie : c’est faux. En mars 2016, Al Wafa, le responsable média de l’État islamique a explicitement menacé la Hongrie.

La police hongroise et les migrants

La production commence donc avec des images d’élèves policiers – oui, les uniformes bleus avec marqué POLICE dessus, c’est la police, pas l’armée, vous n’avez visiblement pas saisi ce détail. Musique ridicule, images de la formation. Et là, on apprend même que les policiers seront, au terme de leur formation, armés d’un… pistolet ! Horreur ! Pendant ce temps-là, dans les rues de Paris, les policiers patrouillent avec des gilets pare-balles et des armes de guerre. Bref, les Hongrois arment donc leur police… effrayant !

Sans mettre en doute les connaissances en hongrois du jeune clandestin afghan interrogé – celui-ci explique en effet ce que les policiers hongrois auraient dit – , outre le fait qu’il n’apparaît pas avoir été amoché, vous n’avez pas cherché à demander aux policiers hongrois comment ça se passe pour eux. Vous n’évoquez pas les agressions et les fuites des clandestins, qui ne sont pas, comme vous l’affirmez, « de simples migrants », mais bel et bien des délinquants, des criminels – passer illégalement une frontière, surtout en connaissance de cause, est un crime – et il ne faut pas oublier que dans le flot de « simples migrants » se sont cachés (et se cachent probablement encore) des terroristes. C’est un fait. Voir par exemple le Bataclan, ou, puisqu’il est passé à Ásotthalom que vous montrez après, l’attaquant à la hache de Würzburg.

Autre élément intéressant : nombreux sont les témoignages oraux des clandestins concernant une soit disant violence policière, mais malgré leurs portables dernier cri, aucune vidéo ne circule de ces violences si nombreuses, répétés, systématiques !

Et puisqu’on parle de brutalité policière, où étiez-vous en automne 2006 lorsqu’en Hongrie le gouvernement social-libéral pro-UE a commis des exactions graves contre les manifestants ? Soit, c’était il y a 12 ans. Je vous invite alors plutôt à vous tourner vers Notre-Dame-des-Landes, si vous voulez voir ce que signifie le manquement à l’État de droit, le recul des droits démocratiques, l’empêchement de la presse de travailler librement et les violences policières.

Vous mentez éhontément lorsque vous affirmez que la Hongrie ne respecte pas le droit et les traités en bloquant la frontière. En tant qu’État membre de l’espace Schengen et responsable d’une frontière qui se trouve être aussi la frontière de l’espace Schengen, la Hongrie a justement l’obligation de contrôler cette frontière ! Vous ne pouvez pas ne pas le savoir. Vous mentez également lorsque vous dîtes que la Hongrie a finalement mis en place des points de passages pour ceux désirant entrer légalement en Hongrie sous la pression internationale, elle l’a annoncé dès le début – vous reconnaissez à ce moment votre mensonge et vos manipulations, avouant que les clandestins entrent donc illégalement en Hongrie… Oui, pour maintenir l’État de droit qui vous est a priori si cher, il convient de faire respecter la loi, qui est la même pour tous : il y a des règles européennes qui s’appliquent aux frontières, et la Hongrie les applique à la lettre, malgré ses petits moyens et l’absence d’aides. Vous avez dit solidarité européenne ? Seuls les pays du Visegrád ont aidé la Hongrie. Au fait, à quand un reportage sur les barrières et les violences policières à Calais ?

Plus tard dans la vidéo, vous revenez aux migrants en montrant une famille : une fois encore, vous êtes malhonnêtes. Vous présentez les choses comme s’ils étaient assurés de passer en Hongrie, puis internés sans raison. Or il est clair pour chaque personne désirant entrer légalement en Hongrie qu’elle doit attendre en quarantaine le temps que les services de sécurité s’assurent de l’absence de danger qu’elle représente. Vous montrez à un moment le malheureux geste de la cadreuse hongroise Pétra László, faisant un croche-pied à « un père et son enfant ». Savez-vous que ce clandestin forçant le passage de la frontière, Osama Al Abd Al Mohsen, était membre d’une organisation impliquée dans du nettoyage ethnique ? Juste un détail sans importance…

Du reste, la Serbie n’étant pas un pays en guerre, les migrants arrivant de Serbie ne sont pas des réfugiés, et leurs vies n’étant pas menacées en Serbie, les traités sur les réfugiés ne s’appliquent pas à eux. Franchir illégalement la frontière hongroise n’est donc pas justifié par un besoin vital : la majorité des migrants qui arrivent à la frontière hongroise tentent de passer, en connaissance de cause – ils sont même aidés par les ONG pour cela – de passer illégalement la frontière hongroise afin d’essayer de se faire enregistrer dans des pays où ils auront des aides sociales et plus de chances d’accueil par la population et les autorités.

Reprocher à la Hongrie de prendre trop peu de demandeurs d’asile est je crois malvenu. La Hongrie en a accepté de son propre chef plus de 2.300 depuis 2015 en accord avec les traités internationaux qu’elle a toujours respecté. C’est à elle de déterminer sa capacité d’accueil. Dernier point, la comparaison avec la France, puisque vous aimez tant cela. La Hongrie a 6,7 fois moins d’habitants que la France, et un PIB 20 fois inférieur. En revanche, il n’y a pas de migrants qui dorment dans les rues de la capitale depuis des années.

Fidesz, droite, extrême-droite

L’enchaînement des images et du texte de la voix hors champs lorsque vous parlez des « partis de d’extrême-droite », incluant le parti national-conservateur de Viktor Orbán, est scandaleux. La croix gammée du blouson d’un motard saute aux yeux juste après votre amalgame politique niveau antifa. Mais là encore, je n’ose pas croire que vous êtes stupides : vous êtes donc simplement des manipulateurs, cherchant à provoquer la peur chez le spectateur mal informé sur la Hongrie et ayant si peu de moyens de vérifier les informations sur la Hongrie.

Lorsque vous montrez László Toroczkai, vous dîtes que le Jobbik « assume ses références néo-nazies ». Prouvez-le ! Vous ne le pourrez pas. Outre que c’est devenu un parti centriste, il n’a évidemment aucune « référence néo-nazie ». On est dans la calomnie, encore une fois. Mais vient ensuite une manipulation grossière et éhontée : M. Toroczkai, explique qu’il défend la vision des gens normaux, qui veulent vivre normalement, id est, selon leurs mœurs et leurs coutumes, et qui veulent en toute simplicité garder leur mode de vie et préserver leurs maigres acquis, vivant en paix. Inutile je crois d’expliquer outre mesure le degré de malhonnêteté (je dois me répéter, vous mentez tellement que les synonymes me manquent !) dont vous faîtes preuve en disant qu’il considère les migrants comme anormaux. C’est complètement hors de propos.

Ensuite, vous vous focalisez sur un groupuscule de quelques crânes rasés, et une bande de quelques motards. Idem : je ne vais pas m’étendre. Je crois que tout le monde comprend que 10 crânes rasés et une bande de motards aux codes particuliers ne sont pas du tout représentatifs d’un pays. Quant à l’armée des brigands, et leur marche dans le village de Gyöngyöspata, vous omettez de préciser qu’ils étaient venu suite à l’appel à l’aide des locaux, exaspérés et terrifiés par la criminalité tsigane face à laquelle les autorités étaient impuissantes.

Et vous insistez, faisant croire que les crânes rasés règnent dans les rues et ratonnent à tour de bras. La vérité, c’est que le Fidesz de Viktor Orbán a considérablement amélioré la situation, réformant en profondeur la police et ses cadres, éliminant la corruption et les éléments indisciplinés. Et aujourd’hui, l’État remplissant bien mieux son rôle, non seulement les groupes de crânes rasés ne défilent plus, mais la plupart n’existe même plus : leur existence était due à un État faible du fait d’un gouvernement corrompu, inefficace et en faillite. Avec tous ses défauts, le gouvernement Orbán a rétabli l’ordre et dissous de fait les groupes dangereux.

Le passage sur Zsolt Bayer est assez éloquent aussi. En Hongrie, l’hypocrisie sur les considérations ethniques n’existe pas. Oui, on peut parler de race blanche, ou européenne, sans arrière-pensée suprémaciste, raciste, ou que sais-je. C’est un constat évident, pour quiconque peut voir ! Les Blancs, ce sont les Occidentaux, qui partagent une proximité génétique, de phénotype et de culture. Ce n’est pas un jugement de valeur. Votre hypocrisie qui vous pousse à un paternalisme sournois envers les migrants d’un côté et à vote déni des identités des Européens de l’autre est consternant. Quant à ces propos sur la démographie africaine, je vous invite à consulter les données de l’OTAN et les avis de spécialistes aussi opposés que Bernard Lugan ou Stephen Smith !

La politique de la Hongrie, qui préfère le droit à la continuité historique plutôt que la migration, est immédiatement entachée de soupçon. « Pourquoi complotent-ils de ne pas changer ? » pourrait-on résumer. Cette inversion accusatoire dit beaucoup de choses, notamment que cette émission est un document de propagande à l’objectif bien précis : convaincre les Français qu’ils sont du bon côté de l’histoire en subissant d’incessantes vagues migratoires.

Je passe sur la voix hors champ qui, évoquant les mouvements nationalistes marginaux présents dans le pays, ne manque pas d’affirmer que leurs propos en France seraient punis par la loi, détaillant même le montant de la peine encourue. On aurait jamais pensé qu’une législation liberticide serait un jour revendiquée par des Français comme une référence progressiste. Mais là encore, on se focalise sur quelques individus isolés pour donner une fausse image de la Hongrie. C’est clairement réalisé par sensationnalisme, au mieux, par projet politique, au pire. Hélas, je crains que ce ne soit les deux, car vous cherchez à tout prix à amalgamer les conservateurs à des extrémistes marginaux.

L’exercice devient sidérant quand une séquence de plusieurs minutes s’appesantit sur un ancien cadre du parti (anciennement) d’extrême-droite Jobbik qui a rompu ses liens avec l’extrême-droite après que ses origines juives aient été révélées. Oui, vous ne dites pas non plus qu’il avait tenté de soudoyé le fuiteur. La question se pose : quel rapport avec la politique en Hongrie ? Aucun. Cela au moins à le mérite de nous montrer que ce triste sire dont personne n’a entendu parler depuis 5 ans va bien. Mais le soupçon d’antisémitisme se répand ainsi sur tout ce qui est national ou même traditionnel. On veut faire du patriotisme une pathologie.

Le recentrage du Jobbik, son jeu d’alliance avec la gauche libérale, nous n’en entendrons pas parler. L’analyse, ce n’est pas votre créneau, malgré ce que vous nous avez vendu. Les succès du Fidesz, la complexité de son électorat, l’évolution du parti, la lutte contre George Soros ? Silence radio.

Tsiganes

Une chose m’a frappé particulièrement : une fausse traduction. Lorsque la dame interrogée explique un cas de violence d’un voisin – on ne connaîtra pas les circonstances -, la voix du doubleur m’a empêché d’entendre ce qu’elle disait. Je veux bien croire son histoire, bien entendu. En revanche, la phrase qui vient après en dit long : votre doubleuse dit « des gens comme ça, il y en a beaucoup ». Mais cette brave dame dit en fait « jó, azért vannak olyanok, persze ». Ce qui signifie littéralement, « Oui bon, il y en a des comme ça, bien sûr ». Il est évident que cette réponse vient suite à une question très orientée, et vous vous êtes permis de modifier sa réponse pour coller à votre story-telling.

Le récit de l’opposition

Après avoir présenté les deux-tiers des Hongrois comme des néo-nazis dangereux et effrayants, voilà le portrait du troisième tiers, tout aussi peu représentatif de la population hongroise. On rencontre deux lycéens – faut-il en dire plus…? – dont l’un souhaite partir à l’étranger pour combattre son gouvernement démocratique et légitime, et l’autre, reste mais ne sait pas pourquoi « elle s’inflige ce cauchemar », sirotant sa boisson dans un des bars les plus chers de la capitale. La souffrance pécuniaire des bourgeois, un vrai drame. Merci à l’équipe pour cette véritable exclusivité.

Alors que les policiers sont présents comme escortant tranquillement les motards goys – sous entendu, qu’ils font preuve de complaisance envers ceux-ci – vous sous-entendez que le convoi policier lors d’une manifestations de 5-10.000 libéraux « les surveille de près ». C’est tellement gros… en hongrois, policier se dit rendőr, littéralement, gardien de l’ordre. À tout événement public, la police est là pour garantir l’ordre, et la liberté d’expression de chacun, tout en faisant en sorte d’éviter tout débordement. Je sais qu’en France, il en est autrement, et que les lacrimos et les flashball partent vite, ici ce n’est pas le cas. Nous sommes un pays paisible, et nous entendons bien le rester. Et chacun peut manifester et exprimer ses opinions. Je sais que ça choque un Français progressiste de 2018, censeur assumé, mais c’est ainsi, nous sommes un peu retardés : nous croyons encore en la liberté d’expression.

La corruption

Pour terminer comme il se doit, impossible de ne pas sortir le couplet obligatoire sur la corruption. Comme dit plus haut, oui, la corruption existe, bien entendu. Encore qu’il faille clarifier ce que cela signifie. En Hongrie, le délit d’initié est puni, mais aux États-Unis, depuis 2015, la jurisprudence l’a pour ainsi dire annulé. Donc, c’est légal, donc ça ne compte pas comme corruption. Malin ! Mais puisqu’on parle de justice, pouvez-vous prouver vos accusations de corruption ? On entend parler depuis des années de « soupçons de corruption ». Où sont les preuves ? Où sont les condamnations ? Qu’il n’y ait pas de fumée sans feu est une chose, mais vous en rajoutez à des fins politiques : discréditer par la calomnie et les spéculations. Certes, vous avez fait appel à l’expertise d’une serveuse et d’un vieux communiste, tous deux aux visages floutés. Mais demander aux autorités compétentes, voire même aux ONG anti-gouvernementales et spécialisées sur la corruption n’aurait-il pas été plus judicieux ?

Non, car une fois de plus, le but n’est pas de chercher la vérité, mais de raconter une histoire. Et qu’importe la complexité de la réalité. Bon, puisque vous souhaitez du sensationnel, je vais vous aider. Allez enquêter sur le chantier de Jussieu, à Paris. Budget initial, 183 millions d’euros, coût final, 2,05 milliards d’euros. De l’argent public, des détournements, de l’exploitation de sans-papiers maliens, des petits entrepreneurs poussés à la faillite pour finir le désamiantage et ne pas devoir être payés, les ouvriers polonais qui devaient vider à l’aube et sans protection les sacs d’amiante dans la Seine, les rétrocommissions … enquêtez donc, on ne compte pas en ridicules petits millions d’euros là.

Juste un point sur le stade, tout de même. Que Viktor Orbán ait poussé à ce qu’une académie de football soit mise en place dans sa commune d’origine est une chose. Mais critiquer qu’un stade y soit construit avec 4.500 places me paraît ridicule. Combien de stades en France ont plus de places que d’habitants dans leur commune ? Combien sont plein à chaque match ? Je passerai également sur le « choc » du prix de construction d’un stade neuf : 12 millions d’euros ! Quelle somme incroyable : le prix de 1.200m² à Paris… Voyons ce qui se fait en France : le stade Pierre Mauroy à Lille peut accueillir 50.000 personnes et a coûté 282 millions d’euros. Je vous laisse faire le calcul du coût à la place et comparer les deux.

Rien n’est dit des succès que connait la Hongrie depuis 8 ans, de la prospérité économique à la bonne santé budgétaire, de l’embellissement des villes à l’augmentation continue du tourisme, ou encore l’effondrement du chômage, la politique sociale et familiale. Il conviendra en revanche de s’interroger sur le niveau de corruption réel, puisque les Hongrois qui subissent ce fléau semble s’en accommoder bien mieux – en reconduisant leurs représentants – que la presse occidentale qui le dénonce de façon obsessionnelle.

Pas un mot non plus sur la politique économique non-orthodoxe menée par Viktor Orbán et qui a permis – notamment en taxant les entreprises multinationales installées en Hongrie et qui y réalisent de gigantesques profits – d’éviter à la Hongrie, qui fut le premier État à solliciter l’aide d’urgence du FMI en 2008, une banqueroute et une situation cataclysmique comme celle qu’endure la Grèce depuis des années. Pas un mot sur le fait que la Hongrie a remboursé sa dette en avance et a fait partir le FMI.

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Conclusion

Monsieur de la Villardière, chère équipe,

Vous avez trahi la confiance d’un grand nombre de personnes qui ont accepté de répondre à vos questions et de vous offrir leur temps pour vous parler de leur pays. Mais cela est le moins grave. L’irrespect envers la Hongrie, ses habitants que vous caricaturez grossièrement, son système que vous jugez sans connaître et sans avoir enquêté, tout cela, passe encore. La Hongrie en ressort défigurée et hargneuse, alors que le succès d’une voie nationale préserve dans ce pays une véritable douceur de vivre que les étrangers de passage apprécient. Prêter d’une part à la Hongrie une violence qu’elle n’a pas, et d’autre part masquer à la France la décrépitude sociale qui résulte, notamment, de l’immigration de masse : c’est la double falsification à laquelle vous, Bernard de la Villardière et votre équipe, vous êtes abaissés.

Il y aurait encore tant à dire, mais c’est presque impossible d’être exhaustif tant votre travail est à charge… mais je suis déjà sceptique, du fait de la longueur de ma lettre ouverte, sur le nombre de gens qui se seront donné la peine de tout lire, après avoir déjà enduré le calvaire qu’aura été le visionnage de votre production.

Votre travail indigne et grossier fera un peu de bruit en Hongrie. Et je peux vous assurer qu’il sera à l’avenir beaucoup plus difficile pour M6, vous et vos équipes, de venir produire de nouvelles œuvres insultantes de cet acabit. Pour ma part, je ne répondrai plus jamais aux sollicitations des médias occidentaux de votre genre. Et je ne suis pas le seul.

Je vois également le résultat de votre sale besogne : des commentaires haineux et des insultes de gens peu informés et effrayés par votre production. Je vois les insultes envers la Hongrie et son peuple, l’introduction de préjugés odieux dans le cœur des gens. Votre document incite à la haine en profitant du manque de connaissance des gens sur la Hongrie.

J’imagine que vous avez voulu vous essuyer les pieds dans le paillasson hongrois pour vous racheter de vos prises de position sur l’Islam politique en République française. Soit, c’est votre affaire. Mais je crois qu’aux yeux de beaucoup de gens vous avez perdu l’estime, le respect et la considération qui vous revenaient, et c’est mérité.

Je ne vous salue pas.

Ferenc Almássy

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