Depuis l’annonce surprise à la télévision espagnole d’une possible candidature à la mairie de Barcelone, Manuel Valls est devenu le sujet récurrent des conversations dans la capitale catalane. Mais son pari est loin d’être gagné d’avance.

Manuel Valls n’a pas encore pris officiellement la décision de concourir aux élections municipales comme l’y autorise la législation européenne. Il compte déjà sur l’appui de la direction du parti libéral de centre-droit Ciudadanos et, depuis peu, celui des élus Ciudadanos de la municipalité de Barcelone comme vient de le déclarer le 8 mai dernier la tête de liste actuelle Carina Mejias.

Si on extrapole les résultats des dernières élections régionales, Manuel Valls obtiendrait 10 élus sur les 41 que compte le conseil municipal. En agrégeant tous les groupes constitutionnalistes, il arriverait à 18, donc il ne serait pas élu maire. Les indépendantistes n’ont pas non plus la majorité avec 19 sièges. Les seules en mesure de l’emporter, seraient les forces de gauche qui cumulent 21 sièges, mais il est très difficile d’imaginer les socialistes gouverner avec l’extrême gauche indépendantiste de la CUP (Candidatures d’unité populaire).

L’avenir du rapport de forces entre les grands partis en Catalogne est difficile à prévoir d’ici à la date prévue pour les élections municipales en Espagne en mai 2019 tant l’incertitude est grande quant à la suite des événements, non seulement au sein de la mairie de Barcelone qu’au sein du parlement régional.

Un des facteurs qui risquent d’avoir un impact important sur l’opinion publique est l’augmentation préoccupante de la tension sociale dans toute la Catalogne, mais principalement à Barcelone, où les heurts se multiplient entre les groupes de jeunes constitutionnalistes des GDR (Groupes de défense et de résistance)  et leurs opposants nationalistes de CDR (Comités de défense de la république). Le 28 avril, Juan Carlos Girauta, un des députés ciudadanos, a été agressé dans un centre commercial par un indépendantiste. De leur côté, Arran les militants les plus radicaux des jeunesses de la CUP ont vandalisé des tribunaux et multiplient les dénonciations ad hominem sur les réseaux sociaux des adversaires de la gauche indépendantiste.

Toutefois, l’atout principal de Manuel Valls dans la future campagne des élection municipales de Barcelone n’est autre qu’Ada Colau, l’actuel maire de la ville.

Arrivée à la tête de la mairie grâce à une coalition minoritaire de partis d’extrême gauche, Barcelone en commun, elle n’a pas réussi à mener de grands projets ou à préserver les intérêts de la ville dans la tourmente déclenchée depuis le référendum avorté du Ier octobre 2017.

Les habitants sont nombreux à reprocher au maire l’augmentation de la délinquance, la saleté des rues, l’explosion du trafic de drogue et de la prostitution, et la préoccupante progression du nombre de logements occupés sans titre par de militants proches du maire.

Quelques affaires emblématiques ont affaibli Ada Colau. Pour des raisons idéologiques, elle protège les revendeurs de rue africains clandestins. Non seulement, elle interdit à la police municipale d’agir contre eux, mais elle a même leur a accordé une subvention de 800 000 € pour aider à leur intégration. Dans le même temps la mairie fait payer au prix fort l’occupation des trottoirs par les terrasses de café. Ada Colau multiplie les mesures contre ceux qui louent des appartements pour accueillir des touristes, mais elle laisse les squats d’extrême gauche proliférer.

Par hostilité pour le « capitaliste libéral et élitiste », le maire a laissé partir de Barcelone de grands défis sportifs comme la World Race et risque de perdre le Mobile World Congress, le plus grand événement mondial accueilli par Barcelone.

Face au désastre, les milieux financiers catalans parient sur une candidature de Manuel Valls, le seul à leur yeux en mesure de redonner du lustre à la capitale catalane. Mais le soutien des grands argentiers ne suffit pas. Manuel Valls doit auparavant prendre une décision importante, celle de revenir habiter dans sa ville natale afin de prendre à bras le corps les défis qui attendent cette grande capitale européenne et générer autour de sa candidature un projet qui réunisse un maximum d’habitants, pas seulement les électeurs de Ciudadanos.

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