Netflix propose depuis peu une série documentaire retraçant les attentats du 13 novembre 2015. Je vous donne donc quelques bonnes raisons de la découvrir.

La première ? C’est un travail historique, fait avec pudeur et précision.

13 novembre – Fluctuat Nec Mergitur est réalisé par les frères Naudet, les deux Français qui avaient été témoins directs des attentats 11 septembre 2001 puisqu’ils faisaient à ce moment-là un reportage sur les pompiers de New York.

Ils les avaient accompagnés dans les tours et tournés des images incroyables, et furent par ailleurs les seuls à avoir pris des images de l’impact du premier avion. Plus qu’un documentaire, leur film sobrement intitulé 9/11 fut un véritable témoignage historique.

Malheureusement, en quinze ans, le monde n’est pas allé en s’améliorant. C’est le pays de Jules et Gédéon Naudet qui connait désormais une vague d’attentats islamistes, avec son lot de morts, de blessés et de traumatisés.

Les attaques du 13 novembre 2015 ont été les plus meurtrières, ont eu une influence importante sur la politique française avec l’instauration de l’état d’urgence ou le lancement de diverses opérations militaires. Deux ans et demi plus tard, la plaie n’est pas refermée pour les victimes, et, si les Français sont « passés à autre chose », ils savent que le risque d’une telle attaque est encore possible, comme à Magnanville, Nice et Saint-Etienne du Rouvray en 2016, sur les champs Elysées ou à Marseille en 2017, à Carcassonne, Trèbes et à nouveau dans les rues de Paris cette année.

La plateforme de films et de séries Netflix a donc fait appel aux Naudet pour revenir sur ce jour-là, en donnant la parole à ceux qui l’ont vécu. Durant trois épisodes d’une cinquantaine de minutes, les faits sont racontés chronologiquement par les témoins, les victimes, les pompiers, les forces de l’ordre et les responsables politiques (responsables tout court ?).

Le film intègre quelques images amateurs tournées le 13 novembre, sans pour autant faire dans le voyeurisme

Le premier épisode  débute donc par les explosions autour du Stade de France à l’occasion du match amical France-Allemagne. Ayant moi-même assisté à la rencontre, entendu les détonations et connu la peur, je me suis retrouvé dans les témoignages (mon article publié à l’époque dispo ici).

L’une des personnes interrogées pour le reportage est Salim, stadier ayant empêché un terroriste d’accéder dans le stade, que j’ai eu l’occasion de rencontrer et de remercier depuis.
Hélas, il n’y eu pas de répit pour les Parisiens ce jour-là, l’épisode se poursuit ainsi par les nombreuses et sanglantes attaques dans les bars et cafés des 10ème et 11ème arrondissements. On sent les survivants encore très marqués.

Il en va bien sûr de même pour les rescapés du Bataclan témoignant dans les deux épisodes suivants. Venus de tous horizons pour assister à un concert de rock, ils ont vécu un calvaire, la surprise de l’attaque étant surplombée par une pression interminable, par un sentiment d’impuissance totale, et l’idée que la mort allait finir par les frapper comme elle l’avait déjà fait pour de nombreux autres spectateurs autour d’eux.

Dans la fosse, au balcon ou dans les recoins de la salle, les tentatives de fuite sont souvent désespérées. Il est difficile pour eux de mettre des mots sur les visions d’horreur, sur leurs blessures, et, concernant l’un des hommes qui témoigne, sur la perte de sa compagne.

Un couple de victimes du Bataclan, dont on retrouve les témoignages dans cette série documentaire

La description des événements nous plonge dans l’atmosphère de la salle, ça prend aux tripes, et l’évocation d’un homme s’étant levé pour insulter les islamistes « d’enculés » et de « bâtards » avant de se faire tuer m’a touché.

Si certains jugeront cette réaction quelque peu primaire, c’est à mes yeux une réaction pleine de fougue, d’honneur, et finalement d’esprit français. Non, il n’y a pas de sentiment d’amour ou de pitié pour les terroristes, oui, il y a une colère puissante et légitime envers eux, et, nous avons traditionnellement dans ce pays la particularité de dire ce que l’on pense sans passer par quatre chemins, sans se laisser intimider.

Quelques membres de la BRI racontent l’intervention dans le Bataclan et le funeste spectacle qu’ils ont découvert. On ne s’attarde pas sur les conséquences de ce 13 novembre, le but était d’en faire un récit complet afin que ce qui s’est passé ne soit pas oublié, comme tout événement historique : la mission est accomplie.

Alexandre Rivet

Crédit photo : DR

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