Deux joueurs de l’équipe nationale d’Allemagne, Ilkay Gündogan et Mesut Özil, ont fait la une des journaux le mois dernier lorsqu’ils ont rencontré le président turc Recep Tayyip Erdogan. Un faux pas selon les supporters allemands tandis qu’Angela Merkel affirme son soutien aux deux hommes d’origine turque.

« Respect pour mon président »

La rencontre avait eu lieu dans un hôtel de Londres le mois dernier lors de la visite du président turc Recep Tayyip Erdogan dans la ville de Sadiq Khan. IlKay Gündogan joue à Manchester City alors que Mesut Özil évolue à Arsenal.

Ces deux joueurs sélectionnés dans l’équipe nationale d’Allemagne pour le prochain Mondial de football sont tous les deux nés dans la ville allemande de Gelsenkirchen mais sont d’origine turque. Et la pose qu’ils ont prise pour la photo avec le président Erdogan n’a pas manqué de susciter la polémique. D’autant plus que, tandis que les deux professionnels du ballon rond ont offert un maillot de leur club respectif à Recep Tayyip Erdogan, Gündogan a également écrit sur son maillot : « Avec un grand respect pour mon président ».

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Gündogan-Özil-Erdogan lors de la visite de ce dernier à Londres. Source : RTL Next

Duplicité identitaire ?

L’entrevue n’a toutefois pas été du goût du public allemand qui a fait savoir son mécontentement quant à la duplicité des deux joueurs. Ainsi, Gündogan a été hué par une grande partie de la foule lorsqu’il s’est présenté contre l’Arabie Saoudite, un match qu’Özil a manqué à cause de problèmes aux genoux. En réponse, il s’est exprimé par le biais de son compte Instagram en affirmant qu’il était « Toujours reconnaissant de jouer pour ce pays ».

Face à cette situation de malaise national à quelques jours du début de la Coupe du Monde 2018 en Russie, Angela Merkel a déclaré sur la chaîne ARD TV : « Je crois que les deux footballeurs n’ont pas considéré l’impact que la photo avec Erdogan aurait ».

Angela Merkel première supportrice

La chancelière allemande a par ailleurs affirmé que Ilkay Gündogan et Mesut Özil « appartiennent à cette équipe nationale ». Dans le même temps, les deux joueurs ont été vivement critiqués par une partie de la classe politique du pays ainsi que par Reinhard Grindel, le chef de la Fédération allemande de football (DFB).

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Reinhard Grindel. Source : wdr.de

Angela Merkel apparaît donc comme la première (et seule ?) supportrice de Gündogan et d’Özil. Elle a même rencontré les deux joueurs lors d’une visite au camp d’entraînement de l’Allemagne la semaine dernière, ajoutant qu’ils « voulaient tout sauf décevoir les supporters allemands ».

« J’ai trouvé très touchant que malgré cela [NDLR les sifflets contre lui lors du match contre l’Arabie Saoudite], Ilkay Gündogan ait dit qu’il aime toujours jouer pour l’équipe d’Allemagne » dira aussi la chancelière.

Les Allemands sommés d’applaudir

Toujours est-il que cette polémique éclipse totalement l’aspect sportif de la préparation de l’équipe d’Allemagne. Qui est, rappelons-le, la championne du monde en titre.

De son côté, Angela Merkel exhorte les supporters allemands à oublier cette mise en scène provocante de la part des deux joueurs d’origine turque. Et appelle au soutien populaire envers eux : « J’aime à penser que pour jouer une bonne Coupe du Monde, nous avons tous besoin d’eux maintenant, et ils appartiennent à l’équipe nationale, et c’est pourquoi je serais ravie si quelques fans pouvaient les applaudir aussi ».

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Meeting du Premier ministre turc Binali Yildirim en Allemagne (2017). Source : France24

Mais, même si l’attrait immédiat du « pain et des jeux » va probablement permettre d’étouffer pour un temps un problème sous-jacent de la société multiculturelle allemande, cela ne résout en rien la crise identitaire qui couve dans le pays. La communauté turque d’Allemagne, nombreuse, n’est en effet pas insensible aux discours d’Erdogan. Et il y aura une vie après le Mondial de football. Pour l’heure, Angela Merkel joue la montre…

Crédit photos : Wikimedia Commons (CC)
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