Le printemps a été dense, studieux et riche d’enseignements pour Francis Joyon et son équipe, tout à la préparation de leur objectif de l’année, la Route du Rhum, destination Guadeloupe dont on fêtera les 40 années d’existence le 4 novembre prochain à Saint-Malo. Le skipper d’IDEC SPORT a, selon ses dires, noirci « des pages entières de cahiers d’observations en tous genres » sur les mille et une améliorations à apporter au voilier détenteur du Trophée Jules Verne afin d’épouser au plus près une idéale configuration de solitaire.

Francis Joyon va multiplier tout l’été des sorties en mer à la journée, destinées à peaufiner ses réglages et sa connaissance de ses nouveaux plans porteurs, notamment dans des conditions de vent soutenues peu rencontrées en Méditerranée. Viendra ensuite l’heure de navigations plus poussées en solitaire. Depuis sa tentative aussi fructueuse qu’éphémère contre le record de la traversée de l’Atlantique en juillet 2017, Francis Joyon se sent parfaitement en confiance à bord de son impressionnante machine, qui a reçu à Nice l’aval des autorités de la Fédération française de voile quant à l’utilisation du fameux vélo de pont, destiné à actionner les winches par la force des jambes.

Confort et facilité

Si le gros chantier de la préparation à la Route du Rhum s’articule principalement autour de la bonne connaissance de l’utilisation des nouveaux plans porteurs ajoutés cet hiver à la plate-forme si performante et si sécurisante d’IDEC SPORT, longue est cependant la liste des petites améliorations voulues par Francis Joyon pour donner toujours et encore à sa machine confort et facilité d’utilisation en solo. « Nous avons déjà, ces dernières semaines, beaucoup progressé dans la compréhension de l’utilisation de nos foils » explique Francis Joyon, « et bien identifié les angles d’utilisation au vent. Il nous reste cependant à valider tout ce travail dans la brise. C’est un travail minutieux que nous allons mener tout l’été en équipage, avant de me lancer en solitaire. » Satisfait des performances en hausse du bateau grâce à l’apport de ses nouveaux profils de foils et à ses safrans en « T », Francis Joyon se projette à présent dans une configuration propre à la Route du Rhum, le solitaire dans des conditions de vent soutenues. « Il me faut naviguer dans 20 noeuds de vent et plus, afin de bien identifier les angles d’utilisation et les réglages propres à ces conditions. Le travail complémentaire sur les pilotes va de pair avec ces recherches.»

Simplicité et fluidité

Joyon et son équipe s’attachent par ailleurs à simplifier, toujours et encore les manoeuvres. « Tous les bouts reviennent au cockpit et il me faut fluidifier les manoeuvres » poursuit-il. « Je cherche à diminuer les frottements et les risques d’usure, en utilisant des petites poulies et des cordages plus fins. Tout ce qui va dans le sens de la simplification est un plus en solitaire. Lors de ma tentative de record en solo l’an passé, le bateau me semblait terriblement complexe à gérer seul. Mais après cette première transat seul à bord, j’ai commencé à prendre la mesure de la machine et l’enchainement des manoeuvres me semble aujourd’hui beaucoup plus fluide. Nous avons beaucoup travaillé sur les systèmes d’enroulement des voiles d’avant, et là encore, le gain en temps et en performance est conséquent. »

Francis Joyon se prépare donc dans la quiétude morbihanaise à sa septième Route du Rhum. Une grande classique qui s’est toujours refusée à lui, malgré une belle 2ème place en 2010. Face à une adversité toujours plus conséquente et sophistiquée, le détenteur du Trophée Jules Verne affiche une fraîcheur et un enthousiasme désarmants. « Je vais faire tout mon possible pour réaliser une belle course entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre. Pour ma 7ème tentative, ce serait bien d’en gagner une… »

Evénement sportif et maritime, La Route du Rhum compte aussi parmi les manifestations les plus populaires. Depuis sa première édition, la magie de cette transatlantique opère au départ de Saint-Malo. Tous les quatre ans, la cité corsaire ouvre en grand les portes de l’imaginaire marin et lance au public une formidable invitation : celle de l’évasion et de l’émerveillement devant le rêve d’absolu de navigateurs solitaires, des «va-t-en mer» parés à disputer un face à face avec l’océan d’une rare intensité… Depuis 1978, elle rassemble, sur la même ligne de départ et le même parcours, monocoques et multicoques, petits coursiers océaniques et géants des mers. Cette transatlantique d’un nouveau genre ouvre les chemins de l’Atlantique aux voiliers de tout poil, elle révèle ainsi la farouche vitalité de la course au large.

Grand départ le 4 novembre 2018

Crédit photo :  Pierrick Contin
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