Manau : « La tribu de Dana a été comme un accident » [Interview]

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Le groupe Manau a 20 ans ! Et revient en Bretagne à cette occasion, pour deux concerts, le 25 juillet à Quiberon, et le 28 juillet à Trédaniel (Côtes d’Armor).

Qui ne connait pas la chanson « La Tribu de Dana » qui a cartonné, dans les années 98, en pleine vague celtique ?

Pour ceux qui n’en auraient jamais entendu parlé, Manau est un groupe de hip-hop et de slam d’inspiration celtique français formé en 1998 autour de Martial Tricoche, d’origine bretonne et Cédric Soubiron. Leur premier album Panique Celtique est récompensé par la Victoire de la musique du « meilleur album rap ou groove de l’année » en 1999.

Depuis, le groupe a évolué de façon nettement moins médiatique – seul le chanteur Martial est resté au final – avec la production, tout de même, de 8 autres albums et d’un best of. Un nouvel album est en préparation et devait sortir pour les 20 ans du groupe, mais sera retardé (vous découvrirez pourquoi ci-dessous).

À l’occasion de la venue prochaine de Manau en Bretagne, et avant les deux concerts prévus quoi de mieux que d’aller à la rencontre de Martial Tricoche ?

Rappel : Manau en concert LE MERCREDI 25 JUILLET À 21H AU SITE DE FORT-NEUF, BD DES ÉMIGRÉS À QUIBERON (PREMIÈRE PARTIE ARZOZE. PRIX : 7 EUROS)

Entretien avec le chanteur compositeur aujourd’hui âgé de 48 ans.

Breizh-info.com : Pouvez-vous nous expliquer en quoi constitue votre retour en Bretagne ?

Martial (Manau) : Ce n’est pas un retour. Je travaille actuellement sur le dixième album du groupe. Pour le grand public peut être, mais pas pour nous. On a pas arrêté de tourner, de faire des concerts. Il y’a eu un peu plus de presse autour des vingt ans du groupe.

Breizh-info.com : Comment se compose le groupe actuellement ?

Martial (Manau) : Là j’ai rappelé Cédric, qui avait arrêté la musique pour faire du théâtre. C’est avec lui que j’ai commencé, qui a fait mes premières musiques et je voulais faire un set juste avec lui et moi, comme à la genèse de Manau. Manau a commencé comme ça, et pour les 20 ans, il fallait remonter à deux sur scène.

Breizh-info.com : Vivez-vous toujours en banlieue parisienne ?

Martial (Manau) : Non, j’ai gagné de l’argent maintenant je vis à Paris (rires). Je vis dans le 18ème arrondissement. Cédric est lui à la fois entre banlieue et Normandie, mais je reviens en Bretagne quelques fois.

Breizh-info.com : 2018 marque donc les 20 ans de la sortie de La Tribu de Dana. Si vous retourniez 20 ans en arrière, parlez nous de ce succès assez énorme à l’époque ?

Martial (Manau) :  Je ne peux pas trop en parler comme les gens voudraient l’entendre malheureusement. Ça a été un accident. Moi je travaillais à l’usine quand on a enregistré les titres avec Cédric en studio, et lui il y croyait . Il est allé voir les maisons de disque avec les morceaux, je ne m’y attendais pas du tout. La première fois que j’ai signé mon contrat avec une maison de disque, le lendemain je suis retourné à l’usine..

Et même la première fois où j’ai entendu La Tribu de Dana à la radio, j’étais à l’usine ! Pour moi cela a été quelque chose de très curieux. Je ne pensais sincèrement pas que les gens allaient aimer cette histoire celtique. J’étais le premier surpris, tant mieux pour moi. Après ça a décollé, les gens ont adoré. Mais je n’arrive pas à l’expliquer.

Breizh-info.com : Mais quel est votre lien, votre attachement à la Bretagne ? Comment avez-vous évolué ensuite ?

Martial (Manau) :  En vérité, ce qui m’intéressait au départ n’était pas forcément la Bretagne mais plutôt la celtitude. Voir même l’héroïc fantasy (j’ai écris un album à ce sujet qui s’appelle fantasy). C’est le côté épique, histoire, mystique. Mais évidemment, comme on est en France, dès qu’on met un accordéon et une cornemuse, on est lié à la Bretagne, comme moi aussi du côté de ma mère, je suis lié à la Bretagne.

Mais au départ, c’était quand même la celtitude qui m’intéressait le plus.

Breizh-info.com : Votre nouvel album devait sortir en septembre 2018, il sera retardé ?

Martial (Manau) :  Ce n’est pas encore sûr qu’il sorte à temps. On a eu un gros problème avec mon arrangeur qui a eu un énorme accident. Il subit de la rééducation. J’ai commencé avec lui et je finirai avec lui, donc nous sommes en stand-by. Les morceaux sont écrits, mais il faut les faire désormais.

Breizh-info.com : Et de quoi traiteront vos paroles ?

Martial (Manau) :  Ce sont des histoires. 20 ans après, les albums que j’écris, je les écris à l’instinct, au feeling. Le premier album était très breton ensuite on a fait autre chose, puis encore autre chose. A part Ma Reine, premier single des 20 ans qui est un clin d’oeil à La Tribu de Dana (on a même tourné à Fort Lalatte, comme un clin d’oeil). Sinon le reste, ce sont des histoires qui restent très gauloises.

Breizh-info.com : Ne trouvez-vous pas que le rap a très mal évolué en 20 ans, notamment musicalement ?

Martial (Manau) : Je vais pas faire mon vieux con (rires). C’est une question de génération. Le problème du rap , c’est qu’on est passé de messages revendicatifs (ça vient de Brooklyn) de la poésie, à du soi-même, à de l’individualisme. Mais je n’ai pas envie de critiquer.

Mais c’est vrai que j’ai écris il y a vingt ans des histoires celtiques parce que le côté gangster, le côte « moi je moi je » ne me plaisait pas trop déjà à l’époque. Je n’ai jamais été trop fan de ce rap, qui est à son apogée aujourd’hui.

Breizh-info.com : Parlez-nous de vos dates en Bretagne ? Jouerez-vous La Tribu de Dana ?

Martial (Manau) : Elles ne sont pas toutes bouclées encore. Ça me fait très plaisir de venir. Si je monte sur scène sans chanter La Tribu de Dana je suis mort (rires), on va me balancer deux menhirs et trois galets (rires). Oui c’est obligé de la jouer, quoi qu’aujourd’hui, c’est le public qui se l’est approprié et qui la chante. Elle ne m’appartient plus.

Breizh-info.com : Sur votre premier album, il y avait une chanson intitulée L’avenir est un long passé, assez engagée politiquement. Aujourd’hui, êtes-vous toujours un chanteur engagé ?

Non, j’ai vieillis (rires). Vous savez, moi je viens d’une banlieue (Villetaneuse) qui était une ville communiste, c’était très mentalité gauchiste. Mais j’ai évolué. J’ai étudié, je me suis émancipé. J’ai énormément changé. Mais cette chanson, L’avenir est un long passé, je le prends plus comme de l’Histoire. Quand j’écoute le morceau, c’est l’écriture d’un gamin sur un truc qu’il ne connait pas trop. Mais je l’excuse ce gamin, parce qu’on est beaucoup dans mon cas !

Crédit photo : DR
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