Le quartier du Breil-Malville, à Nantes, vient de connaître des émeutes suite au décès d’un jeune délinquant (par ailleurs sous le coup d’un mandat d’arrêt) lors d’un contrôle de police. Breizh-info.com a recueilli le témoignage exclusif de Frédéric, un ancien habitant du quartier, sur la « vie impossible » dans ce dernier.

Breizh-info.com : Pouvez-vous brièvement nous préciser votre lien avec le quartier du Breil-Malville et décrire celui-ci ?

Frédéric : Je suis un artisan d’une quarantaine d’années qui a vécu au Breil-Malville de 2002 à 2006, dans un appartement situé rue Feyder, au beau milieu de cette cité populaire qui a été créée au début des années 1960. Une période qui coïncide avec la fin de la guerre d’Algérie. Le quartier n’est pas enclavé du tout, il y a un tramway à proximité qui permet aux habitants de se rendre rapidement en centre-ville. Le quartier en lui-même n’est d’ailleurs pas situé en périphérie et se trouve même non loin du Parc de Procé, un secteur très prisé de Nantes.

En clair, le Breil n’a rien à voir avec les grandes cités parisiennes éloignées en banlieue. J’y retourne régulièrement et, en matière d’habitat, il n’y a qu’une seule tour. Pour le reste, il ne s’agit que d’immeubles de quatre étages tout au plus.

Par ailleurs, des travaux réguliers ont été faits, notamment en matière d’aménagements paysagers. Le Breil est aussi entouré de verdure. Il y a donc de quoi se balader et s’aérer à proximité.

Breizh-info.com : Avez-vous constaté un changement de population dans le quartier durant votre passage ?

Frédéric : Non, car, quand j’y suis arrivé, la population était déjà « africanisée » si je puis dire. Et rien n’a changé depuis mon départ en 2006. Ma grand-mère a enseigné dans le quartier il y a quarante ans. C’est, comme dans les autres cités de l’Hexagone, à la fin des années soixante que les choses ont évolué avec l’arrivée de nombreux extra-Européens suite aux processus de décolonisation en Afrique.

Breizh-info.com : Cette nuit d’émeutes du 3 au 4 juillet dernier vous a-t-elle surpris ?

Frédéric : Absolument pas. Au cours des quatre années où j’ai vécu au Breil, l’immeuble voisin du mien a été squatté, avec l’existence d’un trafic de drogue au grand jour. Tous les jours et toutes les nuits, aussi incroyable que cela puisse paraître.

En face de cet immeuble, un camion de police a stationné tous les soirs pendant plusieurs mois jusqu’à minuit. Heure à laquelle le camion partait. Sans jamais procéder à des interpellations ou autres. Rien de rassurant pour les habitants que nous étions alors que les problèmes étaient sous nos fenêtres.

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Crédit photo : Breizh-info.com

Breizh-info.com : Les faits divers au Breil étaient déjà récurrents dans les années 2000 ?

Frédéric : Bien entendu. La liste est longue ! Je me rappelle notamment d’un après-midi où j’étais sur mon balcon avec ma femme, des coups de feu ont retenti. La scène se passait juste en bas de chez nous, sur le terrain de « street football » où des enfants jouaient au même moment. En se penchant, nous avons aperçu un individu armé qui mettait en joue un autre. Puis l’homme a ouvert le feu sur lui avec un fusil à canon scié, sans le toucher d’ailleurs. Avant qu’une violente bagarre n’éclate et que le porteur d’arme ne se fasse lyncher par l’équipe de son ennemi.

Mais il y a bien eu plusieurs coups de feu avant, au point que le camion d’un artisan était criblé de balles. La présence d’armes n’avait d’ailleurs rien de surprenant puisqu’une cache d’armes de guerre a été retrouvé dans un appartement. Et j’insiste bien sur le terme « armes de guerre ».

Quant aux feux de voitures, ils étaient déjà récurrents, à savoir deux à trois fois par semaine dans le quartier. Là encore, la situation est toujours la même aujourd’hui. Je veux aussi parler de l’utilisation de pétards la nuit qui était (et est) toujours un véritable enfer pour les habitants qui doivent se lever tôt le matin pour aller travailler.

Sans oublier les feux de poubelles, autre « tradition » des délinquants du Breil que nous devions subir. Des feux qui ont aussi touché le centre commercial en 2006, le même qui a brûlé dans la nuit du 3 au 4 juillet dernier. À l’époque, le local du dentiste avait aussi été incendié. Complètement !

Breizh-info.com : Malgré les investissements réalisés, la politique sociale de la ville de Nantes dans le quartier vous semble inefficace ?

Frédéric : Il n’y a rien à faire. Ils ont beau faire, ça ne change pas. Toutes ces aides publiques dépensées dans le quartier ne sont que des pansements qui ne résolvent absolument rien. Des phases de rénovation et des travaux, il y en a eu au Breil. Pleins de choses se sont faites. Mais, à chaque fois, ils cassent tout. On en revient toujours au même.

Et tout cela se fait au détriment des campagnes en plus. Là où les jeunes ne cassent rien. En campagne, les écoles ferment, et rien n’est brûlé. Au Breil, l’école est toute neuve mais elle a été vandalisée une nouvelle fois l’été dernier par des adolescents. Qui sont aussi dangereux que les adultes.

Mon ancien voisin, qui avait fait quelques remontrances à un groupe d’enfants de dix ans d’origine africaine en train de commettre des méfaits, avait eu ses vitres d’appartement cassées quelques minutes plus tard par des projectiles. Voilà l’ambiance du quartier ! Que propose Johanna Rolland face à tout cela ?

Breizh-info.com : Dans ce contexte, comment les habitants victimes de cette délinquance perçoivent alors l’action de la police ?

Frédéric : Il n’y a pas de police ! Je trouvais ça hallucinant de voir le camion que j’évoquais auparavant stationner tous les jours au même endroit sans qu’au final, rien ne se passe. À quoi cela servait ? Les trafics continuaient de se dérouler sans aucun problème. À partir de là, la confiance envers les pouvoirs publics, les forces de l’ordre etc. s’est effritée.

Breizh-info.com : Parlez-nous des pressions qui existent sur l’attribution des logements sociaux au Breil-Malville.

Frédéric : C’est un fait de notoriété publique puisqu’une enquête a été ouverte sur ce problème. Le personnel de Nantes Métropole Habitat subit effectivement des pressions de manière régulière au sujet de l’attribution de ces logements. Mais aussi pour l’obtention de certains postes. Pour eux aussi, c’est un enfer. En plus, leurs locaux sont situés rue Feyder, au milieu de la cité. Dans ce contexte, les expulsions pour défaut de paiement de loyer deviennent donc beaucoup moins fréquentes !

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Source : Flickr

Breizh-info.com : Comment voyez-vous l’avenir de votre ancien quartier ?

Frédéric : Il faut avoir la chance de ne pas y vivre. Voilà comment je résumerai ma vision des choses. C’est une situation inextricable.

Quant au lien entre délinquance et immigration que nos dirigeants politiques s’interdisent de faire, moi je le fais en toute connaissance de cause. La réalité ne peut plus être niée ! Dans les années 1960, lorsque la population était encore très majoritairement d’origine européenne, le Breil, c’était formidable ! Tous les anciens du quartier que je connais sont d’accords sur ce point. Il n’y avait jamais de problème. Désormais, les lieux sont habités par une population majoritairement d’origine africaine.

C’est donc bien un problème culturel et non pas social. Est-ce que vivre dans un immeuble de quatre étages fait forcément de toi un délinquant ? Non ! L’excuse sociale n’est pas valable dans ce quartier. Et, je le redis, le Breil n’a rien d’une zone défavorisée.

Tandis qu’en campagne, nous n’avons le droit à rien, ce quartier est à proximité de tout ! Le vrai problème de fond, celui que personne n’évoque, c’est celui de l’africanisation de la société. Ils auront beau faire des travaux, ça ne changera rien.

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