Claude Mignon : « La musique de Seven Reizh est comme un voyage » [Interview]

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Seven Reizh est un groupe indépendant de musique bretonne, crée par Gérard Le Dortz et Claude Mignon en 2001. Un groupe influencé notamment par les groupes de rock progressif tels que les Pink Floyd, Genesis, Camel, mais avec toutefois son univers bien à lui.

En mai 2018, le groupe a sorti un nouvel album, nouveau projet, intitulé « L’albatros ». À cette occasion, nous avons interrogé Claude Mignon, sur le parcours de ce groupe.

Breizh-info.com : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter et présenter Seven Reizh ?

Claude Mignon : Je suis Claude Mignon, le compositeur du Groupe Seven Reizh. SEVEN REIZH est une aventure, au croisement des arts. C’est une rencontre, celle de Gérard Le Dortz (infographiste et romancier) et de moi-même (compositeur et arrangeur.)
L’histoire débuta par Strinkadenn’Ys en 2001, un livre/CD d’une cinquantaine de pages, traduit en breton, suivi de « Samsâra » en 2006, « La barque ailée » (mixé aux Real World Studios de Peter Gabriel) en 2015 et de « L’albatros » en mai 2018. Cette aventure s’est voulu être une trilogie dès le début, mais s’est transformée en quadrilogie vu l’importance de notre matériel musical et littéraire.

À chacun de nos albums, une trentaine de musiciens faisant partie depuis le départ de l’aventure ou invités participent à cette aventure. Les instruments utilisés, qui n’ont pas souvent l’habitude de dialoguer ensemble, sont une parabole d’un souhait humaniste de mélange des cultures.

Je peux faire converser un Ehru avec un Duduk, un Uilleann pipes avec un Cymbalum : sortir l’instrument traditionnel de son contexte pour lui faire découvrir d’autres langages. Le chant est en breton, en kabyle, en français, en anglais.

Breizh-info.com : Comment avez-vous évolué musicalement depuis 2001 ?

Claude Mignon : La musique de  Seven Reizh est comme un voyage. Lorsque tu décides de découvrir le monde, d’abord tu sors de chez toi et tu traverses d’abord des villages connus de toi, puis de moins en moins pour être ensuite dans la pure découverte des paysages, des hommes et de leurs cultures, de leur musique.

Être citoyen du monde, voilà l’intérêt.

Le premier album « Strinkadenn Ys » est donc influencé par nos racines musicales anglo-saxonnes et bretonnes puisque nous sommes bretons. Au fur et à mesure, nous nous sommes ouverts à d’autres cultures et des instruments comme ceux que j’ai cités plus haut ont apparu assez naturellement. J’ai la chance de travailler avec des instrumentistes merveilleux que je ne vais pas tous pouvoir citer, mais par exemple Marcel Aubé, qui joue du Ehru (violon chinois) bassiste pendant de longues années de Daho, Thiefaine, Zazie, Stivell, Dan Ar Braz entre autres, mais aussi Cyrille Bonneau qui joue du Duduk et joue actuellement avec Denez Prigent ou encore Bernard Le Dréau, merveilleux saxophoniste et clarinettiste qui habite à Brest qui à joué avec Didier Squiban entre autres.

Breizh-info.com : De quoi parlent vos chansons ? Parlez-nous plus particulièrement de votre dernier album ?

Claude Mignon : La trame directrice relate l’histoire du marin Jean-Marie Le Bris, oublié de l’histoire, passionné d’aéronautique  qui dota d’ailes une barque pour la faire décoller au moyen d’une charrette tractée par un cheval. Ce serait le premier homme au monde à s’être envolé avec un plus lourd que l’air. C’est le concept des albums et notamment du dernier volet, et donc des deux derniers albums (la barque ailée et l’albatros).

Chaque chanson tire sa poésie des chapitres du roman et la musique est inspirée de ses chapitres comme une musique de film pourrait l’être de ses personnages.

Nous comprenons désormais que notre héroïne du début avec Strinkadenn Ys et qui s’appelle Enora est en fait le nom donné par Le Bris à sa barque ailée. Nous avons avec la fin de la quadrilogie les clés de l’histoire. C’est donc un album concept comme aimaient les faire nos groupes préférés comme Pink Floyd par exemple.

Pour ce dernier album nous avons également utilisé une palette d’instruments diverse comme la bombarde, l’uilleann pipes et un bagad finistérien, le bagad pays des Abers (bro an Aberiou)  de Plabennec sur le côté celtique, mais aussi des instruments du monde entier comme le Ehru, le Duduk, le Cymbalum et de multiples percussions. Le Conservatoire de Brest et sa chorale de 70 femmes ont également fait partie de l’aventure.

Enora ha Mael from Seven Reizh on Myspace.

Breizh-info.com : Vous aviez sorti un titre dans une compilation de soutien aux prisonniers politiques bretons. Etes vous un groupe militant (sans péjoratisme, aucun) ?

Claude Mignon : Non, nous ne sommes pas militant dans le sens strict du terme, mais nous sommes bretons et fiers de l’être, et nous partageons ce que peut dire quelqu’un comme Alan Stivell par exemple sur ce qui est de l’autonomie et du fédéralisme. Pour autant nous avions voulu traduire notre premier album en breton (c’est un grand format 25X24 comme tous nos albums, épuisés aujourd’hui). Nous n’avons pu réitérer ce choix, car cela coûte très cher pour une autoproduction et n’avons malheureusement obtenu aucun accord de distribution avec les principaux circuits bretons ! (nul n’est prophète en son pays)

Nous sommes pour que la langue bretonne ait le droit de cité et prônons comme le démontre notre musique, le mélange des cultures et des peuples. Ys n’était-elle pas cosmopolite ?

Breizh-info.com : Quels sont les groupes qui vous ont le plus influencé ? Et ceux que vous appréciez le plus sur la scène musicale bretonne comme internationale ?

Claude Mignon : Comme je le disais, nos premières influences avec Gérard sont issues de groupes de musique progressive comme Pink Floyd, Génésis, Camel Pour ne donner que quelques exemples. Donc bien sûr, faire ses mix à Real World Studio de Peter Gabriel a été un sacré rêve pour nous. Mais mes influences vont également de Satie à Arvo Part et de Loreena Mckennitt à Ryuichi Sakamoto par exemple.

Concernant la scène bretonne, Alan Stivell est un des piliers de l’idée que je me fais de l’esprit musical, c’est à dire ouvert sur le monde.

Pour moi l’album « Symphonie Celtique » est un très grand disque. Si la musique est magnifique, son propos est universaliste, Fédérateur des différentes cultures musicales. Ce discours rejoint d’ailleurs celui de Peter Gabriel concernant le mélange des cultures, des musiques, dans sa propre musique, mais aussi, avec son festival Womad, par exemple. Il est clair qu’à mon niveau, c’est le propos que j’essaie d’avoir dans ma musique. J’a une très grande estime pour Kristen Noguès qui est pour moi la Satie de la harpe. J’ai racheté dernièrement « Logodenning » ainsi qu’un vinyle dédicacé vendu d’occas’ sur le net «  Marc’h Gouez ».

J’ai également été « biberonné » aux premiers albums de Dan Ar Braz qui était venu au vernissage de la sortie de notre deuxième album « Samsâra ». Denez Prigent (dont 2 de ses musiciens actuels jouent sur nos albums — Jonathan Dour au violon et Cyrille Bonneau au Duduk) est également une référence et j’aime lorsqu’il mélange par exemple les sons électros et le breton, comme sur le « Live Holl a-gevret ».

D’autres groupes bretons m’intéressent comme les « feu » Kad, Aodan par exemple et j’apprécie également d’autres artistes comme Cécile Corbel. Je n’oublierai pas de parler de Laurène Bourvon qui est bretonne et qui est notre chanteuse en anglais de notre dernier album « l’albatros » et de Louis Mével dont ils forment ensemble un groupe. Cela a été une belle rencontre.

Breizh-info.com : Comment est-ce que fonctionne et vit un groupe indépendant et auto produit comme le vôtre ? C’est un choix de le rester ?

Claude Mignon : Nous sommes une autoproduction, car encore une fois, nous n’avons été acceptés ni par les circuits de productions bretonnes ou nationales ni par aucune Major pour mieux nous faire connaître. Nous faisons tout par nos propres moyens à défaut et grâce à un mécène allemand. Nous avons la chance, même si nous vendons peu de disque d’avoir un vrai succès d’estime dans une quarantaine de Pays. En fait aussi étonnant que cela puisse paraître, nous vendons plus au Japon qu’en Bretagne où nous sommes, malgré notre désir de chanter notamment en breton, mais aussi d’en traduire les textes dans cette belle langue de « presque » parfaits inconnus.

Breizh-info.com : Quels sont vos projets à l’avenir ?

Claude Mignon : Je suis déjà depuis un an sur l’album d’après ou j’aurai la chance de travailler avec des artistes internationaux qui m’ont fait l’énorme plaisir de répondre présent, mais s’il est trop tôt pour en parler je m’en ferai un plaisir de vous en informer si vous le souhaitez lors de sa sortie très certainement fin 2019.

Merci à vous.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : DR
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