La bonne santé de Citroën profite évidemment à l’usine de La Janais, située à Chartres-de- Bretagne (près de Rennes). Pour l’heure, ce site produit des Peugeot 5008, mais, à compter de septembre, l’arrivée de la Citroën C5 Aircross est programmée ; ce sera le porte-étendard de la marque aux chevrons. Particularité du SUV C5 Aircross : il est déjà fabriqué et commercialisé en Chine depuis septembre 2017 ; dans ce pays, Citroën en a déjà vendu 40 000.

Du positif pour les ouvriers bretons : à partir de décembre, on assistera à la mise en place d’une quatrième équipe de production le vendredi, le samedi et le dimanche. Le constructeur a annoncé l’embauche de 350 personnes (dont 290 à durée déterminée) pour constituer cette nouvelle équipe. Selon la direction, ces embauches vont porter la capacité de production de l’usine « à 160 000 véhicules par an » (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, 21-22 juillet 2018).

Mais il faut compter avec les effets négatifs de la mondialisation. « 15% des pièces sont chinoises et acheminées vers Rennes à la cadence de cinq conteneurs par jour. » Une consolation cependant : « un quart des éléments constitutifs sont en revanche fabriqués dans le bassin industriel rennais. »

Point déterminant de ce genre d’opération : le prix de revient. « Pour faire baisser les coûts, outre la rationalisation industrielle à l’œuvre dans l’usine rennaise (réduction des mètres carrés, intégration des fournisseurs dans l’usine, partage de 60% des éléments avec la 5008…), il a fallu passer par une localisation dans les zones à bas coût de l’Union européenne (Europe de l’Est, péninsule ibérique) de la production de pièces, mais aussi d’une partie de la recherche et développement. » (Le Monde, mercredi 18 juillet 2018).

Selon Linda Jackson, directrice de Citroën, « la version européenne du SUV C5 Aircross, fabriquée à Rennes, sera commercialisée à partir de l’automne et exportée vers plus de 90 pays. Nos objectifs de vente sont de 110 000 véhicules par an » (Ouest-France, mercredi 17 juillet 2018)

Tout cela est bel et bien bon mais il convient de rappeler l’importance de l’aide de la collectivité dans le sauvetage de l’usine de La Janais. Car, en 2015, rien ne va plus chez PSA Peugeot Citroën. Compte tenu de la diminution de l’activité sur le site breton, l’entreprise n’a plus besoin des 230 ha dont elle est propriétaire. Faire de la trésorerie passe, par exemple, par la vente de 53 ha de terrains (essentiellement des parkings destinés au stockage des véhicules) à la Région. Sans doute, Carlos Tavarès, président du directoire de PSA, avait-il posé ses conditions : c’est ça ou bien on ferme l’usine.

Car si La Janais compte alors officiellement 4433 salariés, ils sont en réalité moins de 3000 en poste, si on enlève ceux qui ont déjà adhéré aux précédentes mesures de départ volontaire, d’après la CFDT (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, vendredi 6 novembre 2015). Le plan social de juillet 2012 était passé par là avec la suppression de 1400 emplois. Philippe Bonnin (PS), maire de Chartres-de-Bretagne, est même très pessimiste à l’époque : « Soyons réalistes, l’automobile en Bretagne est clairement sur le déclin. La filière employait 30 000 personnes en 2004, ils ne sont plus que 9000 aujourd’hui en Ille-et-Vilaine, dont moins de 3000 à La Janais » (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, 26-27 septembre 2015).

Finalement, PSA a fait une bonne affaire puisque la région achète 53 ha de terrains (sur 230ha) devenus inutiles à l’entreprise qui est entrée dans une production « resserrée » (sic) et un effectif « réduit » -Ouest-France, Ille-et-Vilaine, jeudi 30 avril 2015). Mais l’opposition de droite du conseil régional conteste le montage : « La Janais, un cadeau à Rennes Métropole ». En effet « ce terrain a été acheté 24 euros le m2 à PSA. Il doit être revendu 18 euros à Rennes Métropole après avoir été déconstruit et dépollué » (Ouest-France, Bretagne, vendredi 16 octobre 2015).

Mais c’est la CGT qui est la plus complète dans l’exposé des aides dont bénéficie PSA à Chartres-de–Bretagne. D’abord Rennes Métropole va verser 2,34 millions à l’entreprise pour son programme de recherche, développement et innovation (47 millions) visant à moderniser l’unité de production de La Janais. La Région aussi y contribue, pour près de 9,9 millions. Ces sommes s’ajoutent «  au rachat à hauteur de 13,3 millions d’euros de 53 hectares de terrains de PSA par les collectivités et le financement par l’État de 60 jours pour l’année 2016 au titre du chômage partiel sur le site. » (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, mardi 29 novembre 2016).

Pour toutes ces raisons, Thérèse Joder, directrice du site, est donc en droit d’affirmer : « Rennes est aujourd’hui l’usine la plus moderne du groupe PSA ». (Le Figaro Économie, vendredi 28 mai 2018). Elle aurait pu ajouter qu’en 2016 , le résultat net part du groupe de PSA était de 1,730 milliard d’euros (+92,4%) et de 1,929 milliard (+11,5%) en 2017. Donc tout va bien !

Bernard Morvan

Crédit photo : Spielvogel/Wikipedia (cc)
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