Le musée des beaux-arts de Vannes, la Cohue, présente jusqu’au 30 septembre 26 tableaux prêtés par les diocèses et les musées bretons, moins la Loire-Atlantique. Ces œuvres viennent après le concile de Trente (1542-1563) qui avait fait le ménage dans l’Église, générant par là-même une nouvelle esthétique des représentations sacrées.

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L’art a-t-il souffert de ce nouveau dogmatisme ? Oui et non. Il n’intimide pas un Poussin ou un Caravage. Mais on voit aussi que des artistes majeurs sacrifient au conformisme édicté. Ici, à Vannes, Claude Vignon livre un « Saint-Yves entre le riche et le pauvre » (1635, évêché de Saint-Brieuc) ou encore un « Prophète Elie » (Morlaix, couvent des Carmélites) bien pauvrets. A l’opposé, les Flamands ne cèdent rien, Jordaens, Frans II Francken, Aertsen, de l’opulence, du réalisme.

L’affadissement s’accentue au cours du 18° siècle, alors même que la foi traditionnelle perd de son assurance, face aux Lumières. Avec, malgré tout, quelques pépites, un « martyre de Saint-Généfort » (1768, Lamballe, église Saint-Martin) par Lefebvre-Desforges, formé à Rome. Deux Bretons, François Valentin et Joseph Godefroy de Veaux se signalent encore par leur métier et leur respect des thèmes commandés.

Dans ses Salons (1761-1767), Diderot, passé critique d’art, ne se réjouissait pas de cette décadence de l’art sacré, bien au contraire. Il la dénonçait avec insistance. Sa bête noire était Jean-Baptiste Pierre (1714-1789), directeur de l’Académie, protégé par la marquise de Pompadour. Au salon de 1761, Pierre expose une immense Descente de croix (580 x 300 mm). Diderot l’apostrophe : « Pierre, mon ami, votre Christ avec sa tête livide et pourrie, est un noyé qui a séjourné quinze jours au moins dans les filets de Saint-Cloud. Qu’il est bas ( !), qu’il est ignoble (!)

Au 19ème siècle, l’art sacré en France s’enfonça dans la médiocrité. Tout un art sulpicien, fade à vomir. Au 20ème siècle, des artistes comme Maurice Denis, Rouault, Manessier, Foujita initièrent des voies neuves.

Pour en finir avec la Cohue, cette exposition qui s’achève mérite tous les éloges, parfaite présentation, bon catalogue. Hélas, sa fréquentation est restée plutôt modeste. Signe des temps ?

Jean Heurtin

N.B. Peut-on suggérer à la conservatrice du musée des (beaux) arts de Nantes de ranger dans ses réserves ou de restituer à la ville d’Ypres (car il s’agit d’un tableau volé par les Français en 1809) « Les vœux de saint Louis de Gonzague » (1671, Boyermans, 568 x 323) ? Un affront au saint, aux jésuites et donc au pape François.