Il y a des livres qui se voient mieux qu’ils se lisent. Ainsi Maigret, de Simenon. Les 54 épisodes de la série que (re)diffuse actuellement C8, à raison de deux par après-midi, sont un baume pour les vieux lecteurs. Bruno Cremer y tient le rôle-titre, et c’est un bonheur – nous qui l’avons connu jadis comme sergent-chef de la 317e section dans la jungle du Vietnam, maniant joliment le fusil-mitrailleur.

Ça rejette au fin fond des poubelles quantité de jeunes beaux qui ne savent pas fumer la pipe, ni boire un verre de bière proprement (le politiquement correct l’exige) – ou manger une authentique blanquette. Je ne parle pas du verre de calva, de rhum, de cognac ou de genièvre que le commissaire s’enfile au gré des déplacements. C’est un art qui se perd en ces temps où l’hystérie domine dans tous les états.

Lassé de « ma » télé qui ne diffuse que des bla-bla sur le faraud cogneur de la Contrescarpe ou les divagations de tel ou tel député des Alpes-Maritimes (un nom pittoresque) sur le départ annoncé d’un vieux maire, ou telle ou telle tête de lard incapable de se trouver du travail en traversant la rue… je me suis rafraîchis, cet afternoon, sur cette chaîne débarrassée pour un moment d’Hanouna.

Il ne faut pas déborder, c’est le moins qu’on puisse faire. Passée 13 heures 55′, on est encore dans la pub vernaculaire qui, rarement, vous fait sourire – les pertes de poids ou d’urine ne vous oublient pas. Ensuite, à 57′, commence un enchantement, quel qu’en soit le réalisateur. Facile à dater par les allusions aux années 50 (portaits de Vincent-Tauriol ou de Réné-Coty sur les murs) – un après-guerre qui est aussi pour moi un avant-guerre (que je n’oublie pas).

J’étais dans la classe du jeune Gastin (en CM1-CM2), dans Maigret à l’école. Nous avions, au village, notre boucher Rateau…  Les deux scénaristes, Pierre Granier-Deferre et Michel Grisolia l’avaient bien connu comme tueur de veaux. Et Yves de Chalonge conduisait les ch’vaux sur le chemin, dans la brume du petit matin. La vieille postière venait de se faire descendre à Saint-André (en Charente), l’instituteur avait été arrêté, « coupable » disait le village. Les vieilles en noir glissaient vers le cimetière. La lettre du jeune Gastin avait attiré « M.Maigret ».

Eh bien ! je vais vous dire, c’est un chef-d’œuvre. Tout est dans le détail : des choses, des animaux et des gens. Je l’ai regardé au moins dix fois. J’ai été ému à chaque fois. Par la justesse des points de vue et des remarques, au fil de la pellicule. Par la bonté profonde qui se dégage de Bruno Cremer et du personnage qu’il interprète : le « commissaire ». Ainsi que l’exigeaient les films d’antan, tout finit toujours BIEN, les méchants sont salement humiliés et atterrissent en prison, transportés au chef-lieu en de vieux fourgons pétaradants. C’était au temps où on croyait encore à l’Antéchrist et où une jolie et tendre épouse (une Nantaise) n’était pas tout à fait certaine de « son » orthographe…

MORASSE

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine