On se demandait ce que devenait Denis Robert. Journaliste spécialisé dans les affaires de corruption, il avait décortiqué ses mécanismes dans plusieurs ouvrages : Pendant des « affaires », les affaires continuent (Stock, 1996) ; Tout va bien puisque nous sommes en vie (Stock, 1998). Il avait également participé à l’opération dite « Appel de Genève » qui rassemblait plusieurs magistrats spécialisés dans la corruption, comme Renaud Van Ruymbeke, à l’époque conseiller à la cour d’appel de Rennes ; Denis Robert avait organisé la rédaction de l’ouvrage La justice ou le chaos (Stock, octobre 1998) qui contenait les explications de ces magistrats. Par conséquent, les liens entre les milieux d’affaires et le pouvoir politique ne lui étaient pas étrangers. Et, pour être plus précis, les combines permettant le financement des partis politiques et des campagnes électorales par les grandes entreprises n’étaient plus un secret pour lui. Il eut droit à un combat fameux mené par une multinationale de la finance installée au Luxembourg, Clearstream, chambre de compensation internationale entre banques, qu’il accusait dans Révélations (Les Arènes, 2001) de blanchir les transactions criminelles, via une double comptabilité.

La dépendance du politique envers les marchés financiers

En association avec une Bretonne installée à Penmarc’h, Denis Robert vient d’écrire Les Prédateurs (Cherche Midi). Dans un entretien accordé au magazine Bretons (novembre 2018) Catherine Le Gall met les pieds dans le plat : «  C’est effectivement assez désespérant de constater que les leçons de la crise financière de 2008 semblent ne pas avoir été retenues. Je dirais même que la situation a empiré, avec une dépendance qui n’a jamais semblé aussi forte du politique envers les marchés financiers. Ceux-ci financent les campagnes de ceux qui arrivent au pouvoir, lesquels sont ensuite redevables et laissent faire, voire encouragent certaines pratiques, y compris les plus amorales ».

Puisque l’actualité met l’élection présidentielle brésilienne en vedette, on peut noter que les deux journalistes s’intéressaient depuis un bon moment à Pétrobras, le géant brésilien du pétrole. D’où l’histoire que conte Catherine Le Gall. Avec Denis Robert, ils ont enquêté sur « une raffinerie d’origine texane, appartenant à Albert Frère [homme d’affaires belge milliardaire], qui a été vendue au géant brésilien Pétrobras contre une somme exorbitante. Là encore, le mode opératoire est similaire, avec une entente probable entre Pétrobras et l’équipe des vendeurs. On trouve un ancien de la firme au sein de celle-ci et un « complice » des vendeurs chez Pétrobras pour faciliter l’accord. Il se trouve que la présidente de Pétrobras au moment des faits était une certaine Dilma Roussef. Cette  dernière est arrivée à la tête du Brésil à l’issue d’une campagne qui a été financée, entre autres, par Tractebel, une filiale de GDF- Suez, dont Albert Frère était actionnaire. Or, lorsqu’elle était au gouvernement, un consortium mené par GDF-Suez a obtenu un énorme marché pour construire le plus gros barrage du pays… »

De Penmarc’h on peut enquêter sur la finance mondiale…

Catherine Le Gall apporte la preuve qu’on peut résider à Penmarc’h et enquêter sur la finance mondiale : « J’y suis au calme pour lire et relire la matière première de mes enquêtes (…) Mais c’est une chance d’être en Bretagne car c’est un travail envahissant, sur des sujets offrant une vision très sombre et pessimiste du monde qui heurtent mes valeurs. Ici, je peux prendre du recul et respirer, ça m’empêche de rester dans la noirceur vers laquelle mon activité m’entraîne parfois. » (Bretons, novembre 2018).

B. Morvan

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