Bastien (La Grinta) : « Le football ne peut pas se passer de ses ultras » [Interview]

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« Ultra, mode de vie ». Tel est le nom du livre réalisé par les animateurs du site « La Grinta », consacré au football et au monde des tribunes.

Livre fruit d’un travail de plusieurs années, et de nombreuses rencontres dans les différentes tribunes de football en France, au milieu des ultras, ces supporters fidèles parmi les fidèles à leurs couleurs, à leurs clubs.

Bastien POUPAT, Benoit TAIX et Adrien VERRECCHIA se sont lancé un défi ambitieux : retracer l’histoire du mouvement ultra français, grâce aux témoignages de nombre de ses principaux acteurs. Tout y est étudié, et des membres historiques de certaines associations de supporters témoignent, raconte les amitiés, les rivalité, l’engagement, la passion…

L’ouvrage est préfacé par Nicolas HOURCADE, sociologue spécialiste des supporteurs de football.

Il s’agit d’un livre qui devrait plaire aux dizaines de milliers de passionnés du monde des tribunes à travers toute la France, mais qui permettra aussi aux non initiés de découvrir ce monde si particulier.

Ultra, mode de vie : 19,99€  + 5 € de participation aux frais de port en France métropolitaine. Disponible uniquement sur https://lagrinta.fr

Breizh-info.com : Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs : êtes-vous journalistes, ultras, les deux ? Pourquoi cet ouvrage ?

Bastien (Ultra, mode de vie) : Adrien Verrecchia est journaliste de formation mais aussi rédacteur en chef du site La Grinta qui l’a lui-même crée il y a un peu plus de 8 ans maintenant. Supporter de Toulon, il n’a en revanche jamais fait partie d’un groupe ultra. De son côté Benoît Taix n’est pas journaliste. Il supporte le PSG et a aussi une expérience en tribune parisienne, du côté d’Auteuil pour être plus précis.

Enfin, pour ma part, je suis basé en Argentine à Buenos Aires. Je ne suis pas journaliste de formation même si je collabore encore à l’heure actuelle avec Onze Mondial notamment.

Fan des Girondins de Bordeaux, j’ai fréquenté les tribunes bordelaises sans être toutefois un membre actif au sein d’un groupe ultra.

Concernant le bouquin, l’idée est venue lors du cinquième anniversaire du site La Grinta. On voulait marquer le coup. Étant donné que nous sommes un site plutôt axé tribune (mais pas que), la décision d’écrire un ouvrage sur les ultras de France a commencé à trotter dans nos têtes.

Après plusieurs échanges avec quelques leaders de groupes importants en France, qui nous ont soutenu dans cette démarche, nous avons décidé de foncer. Bon, au final le livre sort pour les 8 ans de La Grinta, certes avec un peu de retard, mais avec la fierté d’avoir accompli ce travail en total indépendance.

Breizh-info.com : Comment avez-vous établi votre choix, parmi les groupes, les villes que vous avez sélectionnées ?

Bastien (Ultra, mode de vie) : Ce fut un choix cornélien. Il y a eu beaucoup de débats, de discussions entre nous pour choisir 20 villes. Le chiffre 20 nous paraissait  cohérent et permettait de faire un clin d’œil à la Ligue 1 qui est un championnat qui se compose de 20 clubs. Ensuite il y avait beaucoup de critères à prendre en compte… Bon il y avait tout d’abord des villes comme Paris, Marseille, Bordeaux ou encore Saint Etienne qui étaient indiscutables. Ensuite, il a fallu tenir compte de l’aspect historique avec des clubs comme Toulon, Cannes ou encore Mulhouse.

Le côté atypique aussi, je pense notamment à Monaco mais Guingamp aurait pu aussi rentrer dans ce critère… Beaucoup se demanderont pourquoi Toulouse et pas Rennes ? Pourquoi Metz et pas Caen ou Le Havre ? Ça malheureusement, on ne peut pas y échapper. Mais il a fallu faire des choix, pas forcément simples d’ailleurs…

Breizh-info.com : Le mouvement Ultra est-il encore vivant, aujourd’hui en France, à l’aube de 2019 ? Il semblerait tout de même que depuis 10-15 ans, entre la répression, le peu de renouvellement générationnel au sein des tribunes, il soit en train de s’éteindre à petit feu non ?

Bastien (Ultra, mode de vie) : Non, je ne pense pas. Il a certes évolué, pour certains dans le bon sens, pour d’autre dans le mauvais… Le sociologue Nicolas Hourcade, l’évoque assez longuement dans la préface justement. Mais malgré tous les éléments que vous évoquez, et qui par ailleurs sont justes, je pense que le mouvement ultra a encore de belles années devant lui. Et cela pour une raison, le football ne peut pas se passer de ses ultras.

Encore moins le football français où le spectacle sur le terrain est loin derrière d’autres championnats européens. Même si l’on voulait seulement des spectateurs qui veulent consommer le football tel un produit, il y a aussi besoin d’une ambiance. Pour beaucoup, ça fait partie du « package ».

Les ultras sont donc indispensables. Le PSG en reste le meilleur exemple. Malgré le lourd passif et deux morts, il a été dit qu’ils ne reviendraient jamais. Ils sont revenus, certes plus exactement comme avant.

ultra

Breizh-info.com : A l’époque de la vie par procuration sur les réseaux sociaux notamment, des stades aseptisés, presque devenus des prisons, où fumigènes, alcool, cigarettes, sont interdits, des clubs de mercenaires, qu’est-ce qui peut encore bien motiver des individus à aller dans un stade de football ?

Bastien (Ultra, mode de vie) : C’est une très bonne question qui mérite, selon moi, tout simplement de revenir aux fondamentaux. La réponse va peut-être sembler basique, mais avant toute chose le football est le sport le plus populaire dans le monde et cette passion qu’il engendre fait que des passionnés, malgré toutes ces mesures répressives citées, trouvent encore la motivation d’aller au stade.

Ensuite, pour rentrer un peu plus dans le cadre « ultra » au sein des groupes, il y a ce sentiment d’appartenance qui te fait ressentir que tu représentes quelque chose, en l’occurrence ton club et ta ville. Le côté associatif aussi est très important à mettre en avant, beaucoup y trouvent une seconde famille.

Breizh-info.com : Comment expliquer à contrario, qu’en Allemagne, qu’en Suisse, ou même en Italie, le mouvement ultra attire et fédère toujours autant de supporters ? A l’Est de l’Europe également ….

Bastien (Ultra, mode de vie) : Là, on cite énormément de pays qui ont chacun leurs particularités. L’Italie reste le berceau du mouvement ultra, en Allemagne ce dernier est assez jeune au final et pour la Suisse et l’Europe de l’Est je ne vais pas trop m’étaler car je connais beaucoup moins. Mais dans ce cas, le point à mettre en avant est la culture football dans chaque pays, qui, pour moi, est beaucoup plus avancée que la nôtre. La France n’est pas un « vrai » pays de foot et fédérer, sans grande campagne européenne, quelque chose de très fort sur la scène internationale, est toujours plus compliqué.

On l’évoque dans le livre, beaucoup de renouvellement générationnel s’effectue surtout avec un exploit sportif.

Breizh-info.com : Vous n’évoquez pas, ou très peu, le hooliganisme. C’est un choix d’avoir voulu séparer mouvement ultra du hooliganisme, les deux, sans être la même chose, ayant quand même de larges passerelles ?

Bastien (Ultra, mode de vie) : Effectivement les frontières sont parfois poreuses entre les deux mouvances. On en parle quand même dans cet ouvrage, je pense notamment à Lille ou encore à Paris où les indépendants – les hooligans à la française – jouent ou jouaient un rôle très fort au sein de la tribune.

On voit aussi que dans d’autres villes, beaucoup de groupes ultras ne veulent absolument pas que ce mouvement se développe, comme à
Saint-Etienne par exemple. Je ne sais même pas si on peut parler de choix délibéré ou non. Cet ouvrage raconte simplement les histoires des groupes ultras dans 20 villes différentes et la violence n’est pas éludée. La mouvance hooligan est un autre sujet.

Breizh-info.com : Si vous deviez retenir quelques points communs à tous les groupes, y compris parfois ennemis jurés, que vous avez rencontré, lesquels seraient-ce ?

Bastien (Ultra, mode de vie) : Cela va me permettre de faire un clin d’œil au titre de notre bouquin, mais c’est vraiment le point commun qui ressort le plus : le mode de vie de tous ces ultras. Je me souviens d’une phrase de Romain, le leader de la Brigade Loire à Nantes lors d’une manifestation commune contre la répression à Montpellier qui disait : « Rien ne ressemble plus à un ultra qu’un autre ultra ». C’est vraiment ce que l’on a ressenti au fur et à mesure de ce périple.

Tous ces bénévoles qui organisent les déplacements, les animations en sacrifiant leur vie de famille, leur vie professionnelle pour cette passion pour leur club et leur ville c’est quelque chose de très fort.

Breizh-info.com : Avez-vous d’autres projets d’écriture à l’avenir ? Comment a été perçue la sortie de ce livre dans le « mouvement » ?

L’accueil qui a été fait à ce livre dépasse toutes nos espérances. Et au sein même du mouvement ultra, nous avons eu beaucoup de retours
positifs. C’est une chose qui nous a énormément touché car ils sont plutôt critiques sur tout ce qui les concerne. Pour d’éventuels autres
projets d’écriture, oui on en parle déjà entre nous. Pourquoi ne pas reprendre les routes et voyager de nouveau ? On a quelques idées mais
pour l’instant cela reste encore assez flou.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, 
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