Vox, le surgeon inattendu de la vieille droite espagnole, a connu récemment un succès spectaculaire au parlement andalou en décrochant douze sièges et contribuant ainsi à renverser la gauche au pouvoir depuis trente-six ans, plus longtemps que n’a duré le régime de Franco. Après cet essai transformé, les dirigeants de Vox ambitionnent de renouveler leur succès en Catalogne.

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Avec plus de 1700 adhérents catalans, pour la plupart à Barcelone, Vox se fixe pour but de renouveler en Catalogne le succès qu’il a obtenu en Andalousie. Dans une région où un peu moins de la moitié de l’électorat est acquis à la cause catalaniste, cet objectif ambitieux ne semble pas à leur portée.

Onze plaintes en cours devant les tribunaux catalans

Pourtant, la Catalogne joue un rôle clef dans le succès de Vox dans l’ensemble de l’Espagne. La présence du parti présidé par Santiago Abascal dans ce terrain de bataille crucial pour l’avenir du pays a été un élément décisif dans la popularité de cette scission du Parti populaire dirigé alors par Mariano Rajoy.

Devant l’inaction du gouvernement du Parti populaire face à l’offensive des nationalistes catalans, Vox a eu l’idée de porter de nombreuses plaintes en justice contre des responsables catalans. Pour payer les coûteuses consignations exigées par les juges, Vox a fait campagne pour lever des fonds, mobilisant ainsi des donateurs dans toute l’Espagne, contribuant ainsi à se faire connaître.

Ces plantes ont obligé les juges d’instruction à demander des enquêtes à la police et à la Garde civile qui vont jouer un rôle décisif pour paralyser le processus indépendantiste et nourrir l’acte d’accusation contre les responsables catalans aujourd’hui en prison préventive.  A ce jour, Vox a onze plaintes en cours dans les tribunaux catalans ce qui va largement contribuer à sa visibilité.

Parmi les particularités du droit espagnol, les parties civiles comme Vox vont jouer un rôle dans le procès contre les indépendantistes catalans qui va s’ouvrir très bientôt. Considéré somme « accusation populaire », Vox pourra interroger les accusés et à la fin du procès prononcer une plaidoirie pour exiger les peines les plus lourdes contre eux.

Ces initiatives judiciaires de Vox en Catalogne ont eu un résultat politique indéniable. Ce qui n’était qu’un groupuscule parmi d’autres, ayant récolté d’épouvantables échecs électoraux, objet de ridicule dans les médias et de mépris des autres partis, a réussi à l’insu de tous à se faire connaître et à se faire apprécier par la frange la plus droitière des électeurs du Parti populaire mais aussi, et c’est ici un facteur nouveau et primordial pour comprendre le succès actuel de Vox, des électeurs de gauche attachés à une vision nationale de l’Espagne et rétifs aux alliances avec les partis séparatistes.

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L’extrême gauche catalane, vecteur de la montée de Vox ?

Depuis quelques semaines la présence médiatique de Vox s’obtient grâce aux attaques des jeunes radicaux en Catalogne qui sont à la fois indépendantistes et d’extrême-gauche. Poussés par leur logique interne, qui leur interdit une véritable pensée stratégique, ils sont programmés pour s’en prendre à tous ceux qui défendent un avenir de la Catalogne dans le cadre de la constitution espagnole de 1978. Bien organisés et formés, ils attaquent les permanences des partis constitutionnalistes, agressent les militants qui distribuent des tracts dans les rues, cherchent à disperser les manifestations et n’hésitent jamais à faire usage de la violence et sont ravis de le faire devant les caméras de la télévision.

Cette médiatisation extrême de la violence a trois conséquences. En premier elle radicalise le débat en Catalogne et aggrave la division entre les deux moitiés de la population. En second, elle renforce l’unité et le dynamisme de tous les groupes qui descendent dans la rue en défense de l’indépendantisme et de l’extrême-gauche. Enfin, elle offre sur un plateau une campagne de communication inespérée à leurs adversaires.

La violence verbale et physique contre le parti libéral Ciudadanos leur a été très utile pour devenir le premier parti en Catalogne en 2017 en comptabilisant plus d’un million de voix.

Aujourd’hui, chaque attaque contre Vox est un cadeau du ciel pour une formation politique qui se heurte à un mur médiatique difficile à franchir. Il suffit à Santiago Abascal d’organiser une manifestation de rue avec deux pelés et trois tondus dans une ville catalane pour être immédiatement attaqué et dans la foulée décrocher trois à cinq minutes dans les actualités dans toute l’Espagne qui vont lui rapporter des milliers d’électeurs en plus.

Ce scénario a eu lieu à Gérone, Tarassa, Barcelone, Hospitalet del Llobregat, Sitges ou Blanes. Il se reproduira prochainement dans d’autres villes et pour le moment la police locale ou la police nationale font la sourde oreille aux demandes de protection formulées par Vox.

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5 sièges au parlement régional ?

Selon les enquêtes d’opinion les plus récentes de l’agence catalane Demoscat, Vox entrerait au parlement régional avec cinq sièges, soit davantage que ceux qu’obtiendrait le Parti populaire. De leur côté, les partis indépendantistes connaîtraient une importante chute en voix et en sièges, perdant leur majorité. En revanche, ils pourraient conserver le pouvoir car les partis constitutionnalises sont trop divisés pour s’accorder sur une majorité alternative.

Plus frappant encore, Vox serait en mesure de reprendre une partie de l’électorat qui pensait voter à Manuel Valls aux élections municipales de Barcelone. Selon une enquête de NC Report, Vox obtiendrait quatre élus au conseil municipal soit un de moins que Valls. Ce serait une belle claque pour l’ancien premier ministre français qui a plaidé pour un cordon sanitaire pour contenir Vox.

Il est peu probable que l’irruption de Vox en Catalogne change l’équilibre politique global de la région. Face à la division des constitutionnalistes, qui vont de l’extrême-gauche de Podemos à la droite forte de Vox, les nationalistes catalans ont appris à unir leurs forces par delà leurs différences. De la droite identitaire de Quim Torra, aux libéraux de l’ancienne Convergencia y Union, aux gauchistes de la CUP, tous s’accordent pour que le pouvoir reste aux mains des nationalistes.

En revanche, les moindres faits et gestes des Vox en Catalogne ont des répercussion considérables dans le reste de l’Espagne. La mobilisation des électeurs en faveur de Vox repose sur l’exaspération d’une opinion publique alimentée par les images de la violence des indépendantistes contre Vox. En un sens, le parti de Santiago Abascal et les formations de rue indépendantistes et gauchistes vivent dans une symbiose réussie. Les succès des unes alimentent le réservoir électoral de l’autre.

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