La conclusion de la saga du PPE et du Fidesz n’est pas encore pour aujourd’hui. La dernière campagne du gouvernement hongrois liant l’actuel président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (PPE) à George Soros avait fait réagir lourdement une partie des membres du PPE, qui ont demandé l’exclusion de leur encombrant partenaire hongrois. Quelques jours plus tard, Viktor Orbán avait évoqué pour la première fois un possible avenir du Fidesz en dehors du PPE.

Beaucoup attendaient une décision nette lors de la réunion du mercredi 20 mars, d’autant que le matin même Gergely Gulyás, ministre du cabinet du Premier ministre depuis 2018, déclarait qu’en cas de suspension du PPE le Fidesz quitterait le PPE.

Manfred Weber, candidat du PPE pour la succession de Juncker, s’était rendu à Budapest quelques jours auparavant pour tenter d’éviter l’exclusion du Fidesz, tout en donnant ses instructions à Viktor Orbán. Weber semblait préconiser une suspension du Fidesz pour éviter une exclusion qui lui aurait été dommageable d’un point de vue comptable en vue de l’accession à la présidence de la Commission européenne.

Au final, c’est une solution originale qui est sortie de la réunion :

  • il n’y a pas eu de décision d’exclusion ou de départ de prise,
  • un conseil de trois sages du PPE est chargé de rédiger un rapport pour le PPE au sujet du Fidesz ; ce conseil est composé de Wolfgang Schüssel (ancien chancelier ÖVP d’Autriche de 2000 à 2007), Herman van Rompuy (Premier ministre de Belgique en 2009 et Président du Conseil européen de 2010 à 2014) et Hans-Gert Pöttering (président du Parlement européen de 2007 à 2009),
  • le Fidesz aura aussi son propre conseil de trois sages chargés de discuter avec le conseil des sages du PPE ; le conseil du Fidesz est dirigé par Katalin Novák (vice-présidente du Fidesz ; Secrétaire d’État à la famille et à la jeunesse), accompagnée de Judit Varga (Secrétaire d’État en charge des relations avec l’Union européenne) et de József Szájer, chef de la délégation des députés européens du Fidesz,
  • durant cette période qui devrait durer trois mois où le conseil des sages préparera un rapport, le Fidesz gèle unilatéralement ses droits au sein du PPE.

Cette décision, comparée à la suspension provisoire de l’ÖVP en 2000 (lorsque Wolfgang Schüssel avait constitué un gouvernement avec le FPÖ de Jörg Haider), a été adoptée par la quasi-unanimité des membres (190 en faveur dont ceux du Fidesz ; 3 votes contre).

Éviter de trancher des désaccords lourds

Cette décision a permis provisoirement d’éviter de trancher des désaccords lourds, entre les partisans de l’exclusion du Fidesz, les partisans du compromis et les partisans de Viktor Orbán (les conservateurs slovènes, dont le pays est encore sous la pression de la route migratoire des Balkans, ayant été les plus bruyants défenseurs du Premier ministre hongrois).

En attendant, l’unité du PPE semble préservée jusqu’aux élections européennes du mois de mai. Mais les discussions s’annoncent animées au mois de juin, période où se constituent les groupes et se négocient les postes au sein de l’Union européenne (présidence et composition de la Commission européenne, présidences et compositions des commissions du Parlement européen).

En tout état de cause, l’aile libérale du PPE n’est pas encore débarrassée du caillou hongrois dans sa chaussure.

Cette situation laisse le Fidesz dans une position à la fois précaire et forte, puisqu’en fonction des résultats des élections européennes (dont tous les sondages montrent que le PPE sortira affaibli) cela laisse une fenêtre de tir à Orbán pour être en position de faiseur de roi.

Source : Visegrád Post

Photo : DR – V