Paris-Roubaix tel que vous ne l’avez jamais lu !

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A quelques jours du départ de Paris-Roubaix 2019, nous remettons en avant cet article datant d’il y a quelques semaines, à propos d’une course mythique, sans doute la plus attendue par de nombreux amateurs de cyclisme à travers la France notamment. L’enfer du nord raconté par un flamand, cela donne ceci !

Le Paris-Roubaix 2019 se déroulera le dimanche 14 avril. Les amateurs de cyclisme l’attendent avec impatience. Et justement, pour les faire patienter, découvrez ce récit, et le Paris-Roubaix comme vous ne l’avez jamais lu, écrit par un Flamand.

« Maudit Breton ! Comment ose-t-il ? » En ce dimanche de Paris-Roubaix au tournant de la décennie 1980, tous les noms d’oiseaux, et d’autres moins poétiques, sont réservés à Bernard Hinault. Le Blaireau, visage et intérieur de la bouche maculés de boue a effectivement osé. « Une hérésie ! », « Course à la con ! », « Course archaïque ! »

À Paris-Roubaix, l’enfer est pavé de mauvaises intentions…

Sur le vélodrome de Roubaix, à l’issue de cette course pas comme les autres, les plus lucides sont heureux d’être parvenus jusqu’au bout de l’enfer. Qu’importe la place au classement. Qu’importe le retard au franchissement de la ligne d’arrivée. D’autres errent, totalement hébétés, et ont la tête comme un compteur à gaz sans bien comprendre qu’ils sont venus à bout du purgatoire. Une bonne nuit et ils réaliseront demain.

Hinault, lui, dénote au sein de cette assemblée crasseuse et torturée par l’effort. Il ne décolère pas. Mais comme l’écrivait René Fallet, « Quand on s’appelle Bernard Hinault et Paris-Roubaix, on est fait pour coucher ensemble. »

Car le Breton est têtu. Et plus que tout, le natif d’Yffiniac sait qu’il doit accrocher son nom au palmarès légendaire de la course. Alors il revient en 1981. Paris-Roubaix outragé se défend comme un diable et fait envoyer par trois fois au sol celui qui arbore le maillot de champion du monde. Même les chiens volent au secours de Paris-Roubaix et veulent laver affront. L’un d’eux, plus téméraire que les autres, se jette sous les roues du Blaireau pour l’empêcher de gagner. En vain… En ce 12 avril 1981, le leader de l’équipe Renault-Gitane triomphe. Et relance le pavé dans la marre : « J’ai gagné, pour mon palmarès, c’est bon. Mais, je le répète, Paris-Roubaix reste une connerie. » Hinault ne reviendra plus jamais sur le pavé en tant que coureur. Le public, lui, s’incline devant son nouveau et éphémère maître.

Allez demander à un Flamand, qu’il soit de Lille ou de Bruges, ce qu’il pense de Froome, Contador, Indurain et consorts, lui qui n’accorde ses faveurs qu’à ceux qui osent s’afficher sur la ligne de départ de Compiègne. Il n’a que mépris pour ceux qui poussent des cris d’orfraie dès que le Tour de France emprunte, ça-et-là, quelques kilomètres de secteurs pavés. Qu’il est loin le temps ou le palmarès de Paris-Roubaix rencontrait celui des vainqueurs du Tour. Les Eddy Merckx, Louison Bobet, Fausto Coppi…, et le Blaireau.

Le public des terres flamandes, fanatiquement passionné par le cyclisme, préfère d’autres grands champions, ceux taillés pour les classiques. Tant pis s’ils ne remporteront jamais le grand Tour, les Peter Sagan, Tom Boonen, Fabian Cancellara, Peter van Petegem, Johan Museeuw, Franco Ballerini, Andreï Tchmil, Sean Kelly, Francesco Moser, Eddy Planckaert, Dirk Demol, Roger De Vlaeminck ou Rik van Looy. Et au panthéon des supporters francophones, comment ne pas citer Gilbert Duclos-Lassalle et Marc Madiot ? Ou le roubaisien Alain Bondue, prince malheureux, qui chute d’épuisement en 1984 et laisse s’envoler la victoire. Mais aussi Laurent Fignon qui conservera toujours la bienveillance de la troupe. Imaginez le pauvre ! Obligatoirement pourvu de lunettes, il devenait aveugle aussitôt que tombaient trois gouttes de pluie. Ce qui, paraît-il, arrive parfois sur Paris-Roubaix…

Un et indivisible comme toute mauvaise république, le peloton se disloque dès les premiers cahots pavés.

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Sur la ligne de départ de Compiègne, parmi cette assemblée bariolée de maillots multicolores et encore propres, mais plus pour longtemps, seuls quelques-uns peuvent prétendre à la victoire. Les autres savent la terrible épreuve qui les attend. Ce sont les équipiers, conscients qu’ils ne vont pas « équiper » très longtemps ni grand chose. Quelques-uns s’apprêtent à gagner les portes de l’Enfer du Nord pour la première fois. Ils n’en mènent pas large et se demandent ce qu’ils ont bien pu faire au directeur sportif pour recevoir telle punition.

Un et indivisible comme toute mauvaise république, le peloton se disloque dès les premiers cahots pavés. Paris-Roubaix ne sacre que les aristocrates. Derrière, c’est sauve qui peut. Chacun pour soi et Dieu pour tous. « Deboue les morts », exhortait Antoine Blondin.

Oui, Paris-Roubaix est une course dangereuse ! Une épreuve d’un autre temps. Chaque année, le petit monde du vélo tombe dans une faille spatio-temporelle qui défie cet univers cycliste désormais aseptisé et dominé par les tactiques d’équipes. Il suffit d’écouter les commentateurs du Tour de France s’ingénier, avec talent certes, à faire croire que le téléspectateur regarde encore un grand spectacle alors que l’on s’ennuie ferme, autant que dans un cimetière. La magie de Paris-Roubaix est que c’est Paris-Roubaix qui continue d’imposer sa cruelle loi.

Le public, lui, a les yeux rivés sur le calendrier qui ne repousse jamais aux calendes grecques. Le dimanche précédant Paris-Roubaix, De Ronde, sorte de Tro Breiz cycliste en Flandre, constitue la délicieuse entrée en bouche. Comme un taulard, le peuple flamand ornerait de bâtons les murs du salon pour décompter les jours qui le sépare de l’épouvantable kermesse annuelle, si Madame ne menaçait pas qu’il doive amasser ses affaires et déguerpir plus vite qu’il n’en faut pour se prendre une gamelle.

Car la gamelle arrive vite à Paris-Roubaix. La distance qui sépare chaque pavé est plus large que le boyau du cycle et tout n’est que piège dans cette chasse au cours de laquelle chaque cycliste est une proie. Madame, encore elle, aurait l’idée de se balader sur un glacier en talons aiguilles qu’elle aurait plus d’adhérence que sur le pavé de cette terre lavée, essorée de pluie qui imposa le pavage des routes de glaise pour permettre aux véhicules hippomobiles de passer, à cette époque dont le hier est toujours aujourd’hui.

Une révolte contre le monde moderne, voilà ce qu’est Paris-Roubaix ! Qui a bien failli être victime de la modernité que la course s’honore de combattre. Rendez-vous compte ! L’Enfer du Nord, ce n’est pas bon pour l’image de la région ! Les élites régionales, au premier rang desquelles Pierre Mauroy, concernant lequel l’appellation Gros Quinquin (1) est bien trop d’honneur lui faire, s’inquiètent de l’image négative que l’Enfer du Nord colle au Norpadcalé comme la boue au pavé. Et oui ! « L’enfer c’est les autres », affirmait Sartre de manière on ne peut plus péremptoire. L’enfer, c’est forcément les autres ! Alors, puisque les pavés sonnent comme une mauvaise publicité et que nos dirigeants villageois et régionaux ont de l’ambition pour transformer le Noooooooord en nouvel eldorado, et puisqu’on n’arrête pas le progrès non plus, il a fallu bitumer ces chemins guère plus empruntés que par les engins agricoles, des gosses qui se rêvent en futur vainqueur et quelques amants illégitimes en quête de discrétion. Paris-Roubaix ne doit son salut qu’à ses amoureux fidèles et quelques rares élus. Gloire à eux !

Il faut les comprendre les nababs ! Comment vouliez-vous que ces coquins et gredins des salons doucereusement capitonnés de la République comprennent l’adulation du peuple pour ces guerriers à vélocipède ? Et surtout, comment vouliez-vous qu’ils assument que si l’enfer, c’est les autres, l’enfer des autres, c’est donc eux-mêmes. Chômage, pauvreté, dégradation sociale, alcoolisme endémique, dépravation des mœurs, noble pays à l’identité assassinée, population besogneuse à laquelle on continue obstinément d’interdire l’enseignement de son ancienne langue maternelle, pratiquée en Flandre du nord, à quelques kilomètres, espace en plein essor économique. Eh oui, le Nord, c’est tout ça mais avec des chemins déserts goudronnés soiuplé ! Maudits leliaerts (2) inféodés à Paris qui auront préféré dresser leur majeur à leurs administrés plutôt que bouger le petit doigt. Incapables qu’ils furent d’assimiler l’impérieuse nécessité d’une politique régionaliste volontariste et non de simple décentralisation territoriale.

La Flandre, l’Artois et le Hainaut, espace pluriséculaire d’échanges transformé en cul-de-sac septentrional, ont été sacrifiés sur l’autel du libéralisme reagano-thatchérien. Pour ces bouseux des terres du Nord, aussi sales que les coureurs qu’ils adulent, pas de reconversion industrielle après la fermeture des mines et la crise de la sidérurgie. Roubaix, ville fleuron de la révolution industrielle en Flandre française est abandonnée aux bandes délinquantes. Roubaix brûle-t-il ? Si les gracieuses cheminées de brique rouge de l’industrie textile ne crachent plus leur volutes de fumée, Roubaix tient sa revanche chaque année sur Paris.

Définitivement, Paris-Roubaix est une course flamande

Définitivement, Paris-Roubaix est une course flamande. Qu’importe la cicatrice qui défigure les terres de l’ancien comté depuis l’annexion des parties méridionale et occidentale par Louis XIV ; annexion qui a transformé l’une des terres les plus prospères d’Europe en sinistres limbes. Qu’importe également si en Belgique, la Flandre n’a pas non plus bonne presse et que les commentateurs francophones sont tout heureux d’employer le terme de classique flandrienne et non flamande, mot qui provoque, semble-t-il, dans leur petite confrérie, de douloureuses crises urticantes.

Le rituel de la grand’messe dominicale du vélo est immuable. Il s’agit de se retrouver entre amis chez celui qui habite au plus près d’un secteur pavé. En ce jour de fête, le propriétaire de la plus modeste demeure devient alors le seigneur de ces plaines nues balayées par le vent. Avec le renfort de moult saucisses grillées et de bière, les officiants regardent leurs héros sur le petit écran avant de se précipiter le plus tard possible vers le parcours de la procession tapissée de drapeaux arborant le Vlaamse Leeuw (3). La foule qui s’aligne progressivement comme une haie d’honneur attend patiemment. D’aucuns nettoient le parcours, déjà jugé suffisamment dangereux, des pierres les plus grosses. L’excitation monte soudain à la vue au loin du premier hélicoptère de retransmission télévisée qui annonce l’arrivée des coureurs dans quelques dizaines de minutes. Un lourd vacarme s’approche bientôt. Le voilà ce carnaval d’étranges cavaliers dégueulasses de fange. La foule exulte. Même le plus taciturne se met à hurler. Il ne s’appartient plus. S’il pleut, sauter en tentant de s’extirper de la boue molle et grasse qui fait garder les pieds sur terre et enseigne l’humilité. S’il fait beau, tenter de conserver les yeux ouverts dans un nuage de poussière apocalyptique.

Paris-Roubaix, c’est une masse populaire aussi passionnée que humble qui n’est pas venue pour passer à la télé comme dans certaines étapes de montagnes absolument étrangères au Plat pays. Paris-Roubaix, c’est un ancien mineur de fond qui explique à la caméra ô combien il doit être dur de rouler à vélo dans ces conditions. Paris-Roubaix, c’est aussi cette grand-mère qui essuie sur son tablier de cuisine, dont elle ne se départ jamais, le bidon du malheureux qui vient de valdinguer à ses pieds. Oh, pas pour ramener un souvenir aux petits-enfants, déjà ceux-là ils n’ont qu’à bien travailler à l’école, ils auront des cadeaux ensuite…, non, mais pour s’assurer que le malchanceux repartira tant bien que mal mais avec une gourde propre. Vaine précaution s’il en est. Un kilomètre plus loin, on n’y verra pas la différence mais les gestes inutiles sont parfois les plus beaux.

Bon vivant comme dans un tableau de Bruegel, la foule flamande est aussi moqueuse que Till est espiègle (4). Internationalisation du cyclisme oblige, un Japonais fut annoncé sur la ligne de départ il y a désormais de nombreuses années. Le Japon se passionne aussitôt pour Paris-Roubaix et des journalistes nippons embrayent sur le parcours, certes avec la mauvaise idée de suivre la course dans un véhicule qu’ils ne craignent pas de plus abîmer qu’il ne l’était déjà, tant les mécaniques automobiles sont également rudement mises à l’épreuve. Il fallait les voir les journalistes jap’ sur Paris-Roubaix avec leur bagnole qui perdait des pièces au fil des secteurs. On croyait à un remake de Rasta Rockett au Pays du Soleil levant. Chez celui qui ambitionnait de changer de voiture dans quelques mois, c’est vrai que c’est pas Toyota qui venait immédiatement à l’esprit…

Public moqueur donc, mais également farceur qui sait repérer le profane qui assiste à la course pour la première fois, quand bien même il est le bienvenu. Par temps de pluie, on voit arriver le profane de loin. Il effectue une danse majestueuse pour tenter de ne pas salir des chaussures encore trop belles et neuves dans un marécage de berdouille (5) bien loin de la grâce du Lac des cygnes. Mission évidemment impossible. Sous les pavés de Paris-Roubaix, pas de plage. Ayant désormais abdiqué à regret sur la propreté des godasses, le profane, souvent accompagné de sa tribu, cherche l’endroit paradisiaque sur un secteur noir de foule et croit le trouver sur cette bande herbacée gluante, certes à quelques mètres d’une immense flaque d’eau saumâtre possiblement profonde de plusieurs centimètres. Curieux Eden boudé par le reste de l’assistance. Les initiés ne pipent évidemment mot et conservent un silence absolu comme il conviendrait à chaque garde à vue. La tribu profane comprend dès le passage des premiers véhicules, mais déjà trop tard, que le hasard ou la chance n’entrent en rien dans le fait que nul ne convoitait l’endroit. Désormais baptisés des pieds à la tête par une eau glacée et tourbeuse, les petits nouveaux sont adoptés. Les plus aguerris ne ressortiront pas moins trempés de l’exercice. Bienvenue à Paris-Roubaix !

Virgile Dernoncourt

(1) Surnom donné à Pierre Mauroy, ancien maire de Lille, en opposition au Petit Quinquin, berceuse lilloise composée par le chansonnier Alexandre Desrousseaux. Quinquin est une double répétition provenant de ‘t kindje, le petit enfant en langue flamande.

(2) Le nom de Leliaerts fait référence à fleur de lys des armoiries de France et est l’appellation donnée aux riches bourgeois partisans du roi de France, Philippe le Bel, lors des émeutes antifrançaises de Bruges en 1280. Les Leliarts s’opposaient aux Klauwaerts fidèles à Gui de Dampierre, comte de Flandre.

(3) Lion flamand.

(4) Personnage légendaire populaire dans tout le monde germanique et dont les aventures au Pays de Flandres et ailleurs ont été adaptées par l’écrivain Charles De Coster.

(5) Boue en langue picarde.

Crédit photo : DR
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