Alors que les classiques flandriennes de cyclisme viennent de s’achever dimanche dernier avec le Tour des Flandres, nous en profitons pour faire découvrir à nos lecteurs l’identité flamande, racontée par ceux qui la vivent et qui l’ont le mieux étudiée et diffusée.

C’est le cas d’Eric Vanneuville, grand historien flamand et militant de l’identité flamande, que les Bretons cultivés connaissent forcément, puisqu’il est édité chez Yoran Embanner (on lui doit Le Front Flamand, Histoire de Flandre le point de vue flamand notamment). Cette fois-ci, c’est un nouvel ouvrage, intitulé Légendes de Flandres, qu’il vient de publier.

C’est, au fil des siècles, dans la longue et prestigieuse Histoire de Flandre que ces  » Légendes  » enfoncent leurs racines ; dans ces terres fécondes, dont les habitants ont toujours su tirer le meilleur. C’est là qu’elles puisent leur sève savoureuse. Les plus grands de ce monde, rois, empereurs, saints, nobles, y côtoient les plus humbles, pauvres en biens, riches en malice… ou en naïveté.

A travers un voyage dans le temps du Moyen-Age le plus mythique jusqu’à nos jours, le lecteur étonné rencontrera saint Eloi convertissant un chef viking, les redoutables géants des Flandres, un Flamand devenu empereur de Constantinople, Charles Quint en buveur de bière et Louis XVI en planteur de pommier, des ivrognes impénitents et des Croisés, un âne « pondeur » de richesses, une tulipe noire, d’improbables saints, un baron cruel, des femmes infidèles ou héroïques.

Des histoires d’amour et de guerre, des mystères et des miracles, des farces et des tragédies, le piment d’un humour plein de verve et de bonhomie; toute une humanité disparate et complexe, dans un univers où l’on ne sait pas vraiment quand commence le merveilleux et quand s’arrête la réalité, car ceux qui content ces histoires savent bien que, comme dans les célèbres draps que tissaient les drapiers du plat pays, les fils s’entremêlent inextricablement.

Ces légendes flamandes parlent forcément aux Bretons que nous sommes, puisque si elles ont des points communs avec notre univers mythologie, elles explorent également d’autres schémas intellectuels, d’autres symboliques, qui passionneront tous ceux font de l’ouverture d’esprit une formidable route d’accès pour tendre vers l’omniscience .

Mais parce qu’un flamand parlera mieux de ses flandres qu’un breton, il fallait interroger Eric Vanneufville, et c’est ce que nous avons fait, ci-dessous.

Breizh-info.com : Pourriez vous tout d’abord vous présenter à nos lecteurs ?

Eric VANNEUFVILLE : Je suis né en 1950 et, très tôt, me suis intéressé au patrimoine sous toutes ses formes.  J’ai appris l’Histoire par des lectures personnelles et des visites sur le terrain à vélo, et aussi en stages d’archéologie médiévale. Après une licence, une maîtrise et 2 doctorats, j’ai régulièrement donné des conférences et des cours en université mais aussi dans le milieu associatif à tous niveaux sociaux et sans œillères, y compris en Flandres belge et zélandaise.Professionnellement j’ai beaucoup travaillé pour le ministère de la Défense au titre du patrimoine, ce qui m’a valu des échanges intéressants en toute ouverture d’esprit.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené à étudier, puis à parler de la question flamande et de votre patrimoine ?

Eric VANNEUFVILLE : Mais ma passion, c’est la Flandre, ce que je dois à mon père et à sa famille, originaires de ces terres d’entre Lille et la Mer du Nord.  Ayant tôt compris un certain mépris central Parisien envers ma région, j’ai voulu, paisiblement mais ce ne fut pas toujours facile, faire connaître ce merveilleux pays divisé sur 3 Etats mais captivant par sa culture, son histoire, ses traditions,ses réalisations et sa fierté positive.Je suis très fier d’être Flamand et je le revendique partout sans faiblir.

Breizh-info.com : Pouvez vous nous présenter votre dernier ouvrage ?

Eric VANNEUFVILLE : A propos de Légendes de Flandre », je me suis attaché, en un peu plus de 400 pages, à relier autant que possible les mythes, les anecdotes, les chants et poésies traditionnels, à l’Histoire, telle que je l’ai découverte en toute indépendance par rapport aux poncifs qu’on nous inculquait à l’école.  J’y accorde forte importance à nos fondateurs Francs, à leurs frères riverains de la Mer du Nord, à tous ceux, quels que furent leurs rangs dans la société, qui ont lutté pour se faire respecter par un pouvoir souvent inféodé à Paris et qui, en véritables héros, ont forgé, à leurs risques et périls, l’authenticité flamande toujours menacée.Et puis aussi, bien des lecteurs découvriront amusés ou ébahis que Charles-Quint et Tyl Uylenspiegel étaient flamands et que la Toison d’Or fut fondée et d’abord célébrée à Bruges et à Lille.

Breizh-info.com : Qu’est ce que les Flandres et la Bretagne – puisque vous vous faites éditer chez nous – ont en commun ?

Eric VANNEUFVILLE : C’est précisément cette menace permanente sur nos peuples décriés et exposés à une standardisation dénuée d’âme, qui fait que je suis heureux d’être édité par un Breton: contre Bécassine et le Boer van Poperinge, même combat!   Mais il est vrai que je reste parfois plus réservé et posé que certains Bretons. Nul n’est parfait… c’est sans doute mon éducation d’écolier bien sage des années 50 qui en est la cause, comme c’est le cas de nombreux Flamands.

Breizh-info.com : Comment expliquez vous que contrairement à la Bretagne, l’identité flamande peine à se transmettre dans le coeur et l’esprit des gens de votre contrée ? Le centralisme français (ainsi que tout ce qui tourne autour des chtis) semble vous avoir fait bcp de mal non ?

Eric VANNEUFVILLE : Oui, l’identité flamande a du mal à se transmettre pour différentes raisons:  assimilation à des peuples germaniques ennemis de la France(« Boches du Nord »dès 1914),séquelles aussi de ce que les francophones belges ont trop exagérément caricaturé au titre inquisitorial de »collabo » durant la période 40-45, jalousie française rageuse de la réussite économique flamande belge contrastant avec la triste réalité économique nordiste, obligation institutionnalisée de quémander à Paris avec humilité et soumission dès que l’on veut faire valoir des droits naturels comme celui par exemple de collaborer franchement, économiquement et linguistiquement avec nos frères outrageusement prospères de Flandres Belge et Zélandaise, et sur tout cela, une certaine crainte,autocensurante, de passer pour un « Mauvais Français ». En ce sens, avoir tourné « Bienvenue chez les Chtis » à Bergues est une tromperie éhontée et nivelatrice par le bas; mais cela n’a pas indisposé nos médias nationaux, soumis à un parisianisme méprisant et tout puissant par rapport à nos timides réactions.Et puis en France, notre territoire , au moins linguistiquement, pèse peu numériquement par rapport à ceux des Chtis et des Picardisants.

Breizh-info.com : Si en quelques lignes, vous deviez convaincre les Bretons de visiter les Flandres, de quoi leur parleriez vous ?

Eric VANNEUFVILLE : Bretons, venez en notre Flandre: vous y découvrirez la Mer du Nord, nos fiers beffrois, notre chaleureux sens de la convivialité, notre souci de l’authentique encore plus présent que l’attrait du Toc, bref tout ce qui fait que notre petite Flandre de France collée à la frontière peut encore espérer revivre en communion intime avec la Flandre Belge qui peut nous aider à sortir du marasme.Et allez jusqu’à l’estuaire de l’Escaut vous extasier sur cette Flandre aussi vivace que charmante.

Breizh-info.com : Quels sont les livres fondamentaux, selon vous, pour comprendre les Flandres, leur histoire, leur culture, leur langue ?

Eric VANNEUFVILLE : Pour bien connaitre notre Flandre actuelle, lisez les ouvrages d’Annie Degroote, Jean-Pascal Vanhove, Jacques Messiant, Jean -Louis Marteel, Hugo Ryckeboer, Cyrille Moeyaert, Mabille de Poncheville, Albert Deveyer,Maxence Vandermeersch et puis tous les miens, bien sûr!

Propos recueillis par YV

Crédit photos : DR
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