Nous vous l’annoncions lundi dernier, 33 listes sont officiellement validées pour les élections européennes qui se dérouleront le 26 mai prochain. Nous avons élaboré un questionnaire à destination des différents candidats que nous n’avions pas encore pu interroger, ou qui bénéficient de moins de représentativité dans la presse mainstream, en modulant certaines questions en fonction de la thématique centrale portée par les candidats interrogés.

Un questionnaire pour que nos lecteurs puissent les découvrir, mais aussi connaître leurs positions sur deux sujets fondamentaux pour l’Europe que sont l’immigration et la démocratie directe via le référendum d’initiative citoyenne (RIC).

C’est Cédric Levieux, n°2 sur la liste du Parti Pirate, qui s’y colle aujourd’hui. Un parti qui a le mérite de s’européaniser, et qui possède un élu sortant, en Allemagne. Entretien.

Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter et présenter le Parti Pirate ?

Parti Pirate : Le Parti Pirate est né en 2006 en Suède, principalement pour militer sur le libre partage sur Internet. Le Parti Pirate français a été crée en 2009. On compte aujourd’hui une quarantaine de Parti Pirate dans le monde. Les Pirates européens sont rassemblés au sein du Parti Pirate européen et portent un programme commun au niveau européen. Plusieurs listes Pirates seront en lice pour les élections européennes : République tchèque, Luxembourg, Catalogne, Allemagne…

La tête du liste pour les élections européennes 2019 est Florie Marie, 31 ans. Adhérente au Parti Pirate depuis 2017, elle a été candidate Pirate aux dernières élections législatives en région parisienne. Elle milite depuis de nombreuses années pour la préservation de l’environnement mais également pour la défense des libertés et surtout pour une véritable démocratie.

Florie Marie est épaulée par Cédric Levieux, 41 ans, membre du Parti Pirate depuis 2012. Spécialiste des questions liées au numérique, il est notamment très attaché aux questions liées à l’accès au numérique en milieu rural. Cédric Levieux a participé à la rédaction du programme commun du Parti Pirate européen.

Breizh-info.com : Quels sont les principales revendications du parti ? Et les mesures que vous voterez si vous êtes élus députés européens ?

Parti Pirate : Le Parti Pirate milite principalement pour la défense des droits et des libertés sur Internet. Mais nous sommes également attachés à la rénovation de la vie politique et aux questions environnementales.

Si les citoyens européens nous font confiance, l’une de nos priorités sera de rendre le processus législatif du Parlement européen plus transparent. Il est important que les citoyens sachent quels groupes d’intérêts – ou lobbies – leurs députés rencontrent. La députée Pirate Julia Reda (Allemagne) a rendu public l’intégralité de ses rendez-vous avec les représentants des différents lobbies, et c’est quelque chose que nous continuerons.

Nous serons également extrêmement vigilants sur les questions liées aux libertés, que ce soit dans la vie quotidienne ou sur Internet. Nous nous opposerons avec vigueur aux propositions visant à surveiller massivement nos concitoyens mais également contre celles qui visent à satisfaire les intérêts d’une minorité au détriment de l’accessibilité des Européens à la culture et à une information variée.

Breizh-info.com : Que pensez-vous du référendum d’initiative citoyenne ?

Nous pensons que le référendum d’initiative citoyenne (RIC) peut être un bon outil pour remettre les citoyens au cœur du jeu politique. Toutefois, le RIC ne sera réellement efficace que s’il permet aux citoyens de participer à la construction de la proposition mise au vote et s’il ne dégénère pas en référendum contre les partis au pouvoir.

Pour qu’il soit réellement efficace, il faut associer le RIC à un renouveau de l’apprentissage de l’exercice démocratique qui passe davantage par la co-construction que par le vote.

Breizh-info.com : Pourquoi avez-vous apporté votre soutien aux Gilets jaunes ?

Parti Pirate : Nous avons été heureux de voir que nos concitoyens se ré-intéressaient au débat démocratique. Notre soutien aux Gilets jaunes prend plutôt la forme d’une main tendue pour partager notre expérience et nos outils de discussion et de prise de décision. Le Parti Pirate est assez éloigné de certaines revendications à tendance populiste (quitter l’Union européenne, par exemple), mais nous partageons l’idée que notre démocratie est malade et qu’il est temps de redonner aux citoyens et citoyennes, en France comme dans l’Union européenne, une vraie place à la table du processus démocratique.

Breizh-info.com : Quel bilan tirez-vous de la dernière mandature européenne ?

Parti Pirate : Il y a eu des très bonnes choses qui sont issues de cette dernière mandature comme l’interdiction de la pêche électrique ou le règlement général sur la protection des données (RGPD) qui est un véritable progrès en terme de protection de la vie privée.

Il y a aussi eu de très mauvaises choses comme la directive sur le droit d’auteur à l’ère du numérique. Sous couvert de protéger les auteurs ou les artistes… les députés européens ont ouvert un boulevard pour les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui seront les seuls en capacité de répondre aux exigences posées par la directive. On est très loin de l’objectif invoqué qui était justement de lutter contre ces grands groupes !

Notre députée européenne, Julia Reda, a été extrêmement combative sur le sujet. Elle a été la porte-parole des Européens et des Européennes qui voient les dangers que cette directive fait peser sur l’Internet libre que nous connaissons, et que l’ensemble des députés européens français ont ignoré.

Breizh-info.com : Les GAFA censurent, discriminent (notamment politiquement), bannissent à tour de bras. Les États européens semblent d’ailleurs travailler main dans la main avec eux. Est-ce une menace selon vous ? On voit notamment que YouTube veut faire le distinguo entre « médias mainstream » et « médias alternatifs ». N’est-ce pas dangereux ? Ne va-t-on pas vers un système à la chinoise ?

Parti Pirate : Les GAFA et les États membres entretiennent une relation ambivalente. D’un côté l’Union européenne milite pour la protection des données avec le RGPD, et de l’autre elle établit des exigences en matière de protection du droit d’auteur qui ne peuvent être remplies que par les GAFA !

Les GAFA prêtent volontiers le flanc à la critique car ils savent que les États seront obligés de se reposer sur eux pour assurer le filtrage grandissant des contenus mis en ligne. Leur situation de monopole sur de nombreux services en ligne font qu’il est impossible de les ignorer lorsqu’il s’agit d’interdire une vidéo à contenu terroriste ou de mettre en place des filtres pour éviter la contrefaçon de contenu culturel, par exemple. L’Union européenne et les États membres ne se rendent pas compte qu’ils nourrissent les ogres qu’ils essaient, supposément, de combattre. Pour les Pirates, il est important de laisser émerger de nouvelles plateformes concurrentes qui remettront en cause cette situation de monopole qui est un réel danger pour les libertés.

Nous sommes encore loin d’un système à la chinoise mais nous souhaitons attirer l’attention sur le fait que nous nous orientons de plus en plus vers un système de contrôle de l’information qui est un danger majeur pour la démocratie.

Quelle est votre position sur la question de l’immigration, centrale dans cette élection si l’on en croit les sondages notamment ?

Parti Pirate : Nous sommes pour la construction d’un droit européen de l’asile et de l’immigration. Le fait que chaque État conserve ses propres règles alors que nous avons un territoire ouvert avec l’espace Schengen n’a aucun sens.

Ce qui nous interpelle, c’est la déshumanisation dont font l’objet les migrants pour des considérations politiques. Nous sommes réalistes, si nous devons offrir l’asile à celles et ceux qui fuient les conflits, l’immigration économique doit rester strictement encadrée. Mais, est-ce une raison suffisante pour laisser des personnes se noyer dans la Méditerranée ? Est-ce une raison suffisante pour empêcher les associations humanitaires d’agir ?

L’immigration économique doit répondre à des règles strictes mais cela ne justifie pas le manque d’humanité de la classe dirigeante, et en particulier en France.

Breizh-info.com : Le mot de la fin pour nos lecteurs ?

Parti Pirate : Le système politique français fait des élections européennes une campagne nationale. Cette mauvaise habitude empêche les citoyens et les citoyennes de comprendre les véritables enjeux derrière ces élections. Mais nous, les Pirates, avons pour ambition de continuer de faire émerger un véritable mouvement qui ignore les frontières pour construire une politique européenne commune. Les Pirates sont présents partout en Europe, partout dans le monde, nous avons fait nos preuves lorsque nous avons été élus et nous sommes convaincus qu’il est temps de mettre en place un véritable changement de notre société. C’est ce que nous portons. Alors le 26 mai, le vote utile, c’est un vote Pirate. Et pour nous aider, pensez à imprimer et faire imprimer nos bulletins.

Propos recueillis par YV

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