L’Élysée a remonté les bretelles à François Goulard : il avait bien annoncé son soutien à la liste gouvernementale aux élections européennes, mais il ne passait pas aux actes. Il a donc rectifié le tir. Timidement… On ne peut pas dire qu’il fasse campagne dans le Morbihan pour la liste LREM – MoDem ; il roupille.

Dans un premier temps, il quitte la présidence de la fédération du Morbihan des Républicains à cause de son désaccord avec la stratégie de Laurent Wauquiez de « ramener à lui des électeurs du Front national » (Ouest-France, jeudi 18 janvier 2018). Dans un second, François Goulard, président du conseil départemental du Morbihan, annonce : « LR n’est plus LR, je suis content d’en être parti » (Dimanche Ouest-France, Morbihan, 7 octobre 2018).

Dans ces conditions, rien n’empêchait plus ce dernier de se rapprocher de la Macronie. Ce fut officialisé par une tribune signée par Goulard et d’autres élus de droite : « Le 26 mai, nous voterons pour la liste soutenue par le Président et le Premier ministre » (JDD, 14 avril 2019).

Mais la politique politicienne est un art tortueux qui interdit les emportements. Surtout lorsque les sondages ne sont pas fameux et n’incitent pas à se mouiller. C’est le cas en ce moment pour Emmanuel Macron et la liste « Renaissance ». Semaine après semaine, les enquêtes le montrent. Seulement 30 % des personnes interrogées approuvent l’action du président de la République, c’est-à-dire que 70 % n’approuvent pas (IFOP, Paris-Match, 9 mai 2019). Pour les intentions de vote concernant les élections européennes, la situation n’apparaît guère plus brillante : Rassemblement national et LREM – MoDem sont au coude à coude ; chacun autour de 22 % d’après Harris Interactive (Le Figaro, 11-12 mai 2019).

Comme en politique la boussole s’appelle sondages, Goulard et ses associés de droite s’étaient mis aux abonnés absents ; c’est-à-dire que leur soutien à Nathalie Loiseau brillait par sa discrétion. Le chef de l’État s’est plaint de cette désertion, lors du Conseil du 30 avril : « Tous ceux, a-t-il affirmé, qui ont annoncé un soutien à notre liste doivent la soutenir. Il faut maintenant les prendre les uns après les autres pour qu’ils traduisent leur soutien dans les actes » (Le Canard enchaîné, 8 mai 2019).

Il faut croire que le message a été entendu à Vannes. Et bien entendu : « Je pense que dans le climat actuel de contestation, je préfère soutenir le gouvernement. Je ne suis pas d’accord avec tout, mais je crois que dans cette élection, il vaut mieux que ce soit La République en Marche ! qui l’emporte plutôt que le Rassemblement national » claironne l’obéissant Goulard (Le Journal de la Bretagne, 7 mai 2019).

Voilà qui mérite un renvoi d’ascenseur. Qu’est-ce que l’Élysée a promis au président du conseil départemental du Morbihan en échange de son soutien ? On a hâte de le savoir.

En attendant, d’ici le 26 mai, Goulard ne devrait pas s’en tenir à de simples paroles et s’endormir dans son bureau de la rue Saint-Tropez. Nous lui proposons un programme simple : un marché chaque matin, une visite d’entreprise chaque après-midi, une réunion chaque soir. Le tout assaisonné d’un serrage de paluches dynamique ; un énarque doit savoir faire ça.

Bernard Morvan

Crédit photo : Wikimedia (cc)
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