L’été arrive et avec lui ses marins amateurs. Pour ces passionnés des océans, nous avons retrouvé quatre histoires « extraordinaires » survenues en mer, entre prouesses, drames et miracles, mais toujours agrémentées de courage.

Le miracle du Pacocha 

Le Pacocha était un sous-marin péruvien opérant dans les années 1970. Son histoire remontait même à la Seconde Guerre mondiale puisqu’il fut mis à l’eau par les États-Unis en 1944, affrontant notamment des navires japonais. Tombé en désuétude, du moins aux yeux des Américains, il fut cédé au pays sud-américain. C’est au cours de cette « deuxième vie » qu’il connaîtrait un sort extraordinaire.

Le Pacocha

Le 26 août 1988, le Pacocha et son équipage mènent une banale opération quand un chalutier japonais – curieux hasard ! – le percute, le précipitant peu à peu au fond de l’eau. La cinquantaine d’hommes pris au piège pense sa dernière venue. C’est d’ailleurs le cas pour le commandant de bord et le capitaine, tués à leur poste, ou encore pour trois marins qui avaient tenté de fuir à la nage mais furent stoppés par le froid. Par ailleurs, l’écoutille se bloqua quand l’un des hommes tenta de la fermer. Rien ne pouvait plus empêcher l’eau de pénétrer et de tuer les survivants… mais c’est à ce moment désespéré que Marija Petković intervint.

Cette religieuse croate vit le jour en 1892 et se consacra très vite à Dieu. En 1920, après la mort de la supérieure du couvent qu’elle avait rejoint, elle fonda la Congrégation des Filles de la Miséricorde qui s’engagea auprès des pauvres en Croatie, en Afrique du Sud, en Amérique latine et en Italie. Lors des cinq dernières années de sa vie, elle s’abandonna dans la prière et mourut le 10 juillet 1966.

La bienheureuse Marija Petkovic

C’est donc plus de 22 ans après sa mort que l’accident du Pacocha survenu. Le lieutenant du sous-marin, Roger Cotrina Alvarado, connaissait la vie de la religieuse grâce à sa mère qui la lui avait fait découvrir dans son enfance.
Au moment fatidique, ce fervent catholique pria et fit appel à Marija Petković.

L’écoutille bloquée se ferma inexplicablement et 41 hommes sur 49 furent sauvés.
Le lieutenant Cotrina n’hésita pas à raconter ce qui s’était produit, lançant ainsi de véritables investigations que menèrent la marine péruvienne et le Vatican.
L’Église trancha : la religieuse croate est bel est bien intervenue du Ciel pour sauver les hommes du Pacocha lors de cet été 1988 et elle fut ainsi béatifiée par le pape Jean-Paul II le 6 juin 2003 à Dubrovnic.

Cette histoire a fait l’objet d’un documentaire diffusé en France par la chaîne KTO et est désormais disponible en DVD.

Bison Dele, le champion de basket disparu au large de Tahiti

L’histoire de Brian Williams est sans doute l’une des plus rocambolesques que vous aurez l’occasion de découvrir. Michael Jordan, Tahiti, Madonna, les Indiens d’Amérique et l’amour du grand large vous semblent incompatibles ? Détrompez-vous !

Né en 1969 en Californie, il est le fils d’un chanteur des Platters, célèbre groupe des années 50.
Lui préfère cependant la balle orange à la guitare et devient l’une des stars de l’équipe de basketball de son lycée. S’il a bien quelques ennuis avec ses entraîneurs à l’université, il parvient tout de même à être sélectionné par le Magic d’Orlando lors de la draft de la NBA de 1991.
Après quatre premières saisons moyennes, son temps de jeu et ses statistiques progressent considérablement en 1996 sous les couleurs des Los Angeles Clippers, pour lesquels il marque près de 16 points par match. Lors de la saison 1996-1997, il retrouve une place de remplaçant chez les Chicago Bulls mais décroche le titre de champion NBA aux côtés de Michael Jordan.
L’année suivante, il rejoint Détroit… et change de nom. Brian Williams devient Bison Dele, en hommage à ses ancêtres amérindiens. En conflit avec ses dirigeants malgré deux bonnes saisons sur le plan individuel, il prend sa retraite dès 1999. Adieu la célébrité, le basket et les histoires « people » (il avait fréquenté la chanteuse Madonna pendant quelques temps), bonjour la musique et les voyages.

Quand Bison Dele s’appelait Brian Williams et jouait pour les Chicago Bulls

Bison Dele apprend en effet à jouer de divers instruments mais rêve surtout de devenir capitaine de bateau. Il franchit le pas et achète le Hakuna Matata, un catamaran. En juillet 2002, il part de Tahiti en compagnie de sa femme, de son frère et du skipper du bateau.
Environ deux semaines plus tard, le Hakuna Matata n’a plus qu’un occupant, Miles, le frère de Bison, et est aperçu près de l’île.
En septembre, le bateau est retrouvé criblé de balles tandis que la trace de Miles (qui avait lui aussi changé de nom) est retrouvée à Tijuana, au Mexique, au cours de l’enquête lancée pour retrouver son frère.

L’enquête menée à Tahiti sur le bateau de Bison Dele

Acculé, Miles se rend et explique au FBI que sa belle-sœur s’est tuée accidentellement sur le bateau et que cela a précipité une réaction en chaîne. Son frère aurait assassiné le skipper pour se venger avant que Miles ne tue Bison « par crainte » et qu’il jette tous les cadavres dans l’océan.
Les corps ont ainsi disparu, tout comme Miles, qui se suicida quelques semaines après ces révélations…

Louis Zamperini, l’invincible !

Les anciens champions ne sont décidément pas épargnés. Louis Zamperini était un grand espoir américain sur 5 000 mètres quand la Seconde Guerre mondiale éclata. En 1936, il disputait même les Jeux Olympiques de Berlin et y décrocha une honorable 8ème place, ce qui lui valut les compliments d’un certain Adolf Hitler. Quatre ans plus tard devaient se tenir les olympiades de Tokyo, où Zamperini comptait bien briller, mais le conflit vint chambouler ses projets. Le 27 mai 1943, alors qu’il était à bord d’un avion au-dessus de l’océan Pacifique, celui-ci s’abima en mer. Trois soldats survécurent et commencèrent un véritable « chemin de croix maritime ».

Louis Zamperini avant la guerre

Réfugiés sur un modeste radeau pneumatique, sous un soleil torride, avec des provisions extrêmement limitées, ils semblaient perdus. Un avion japonais vint même leur tirer dessus tandis que les requins tournaient autour de leur embarcation. Francis McNamara, l’un des trois hommes, décéda après 33 jours. Louis Zamperini et Russell Allen Phillips, l’autre survivant, qui était aussi le pilote de l’appareil, comptaient les jours. Ils battaient le triste record établi un an plus tôt par l’Américain Edward Rickenbacker et ses hommes qui survécurent pendant 24 jours.
Après 47 jours, Zamperini et son ami arrivèrent aux îles Marshall… et furent capturés par les Japonais. Zamperini fut le seul à en revenir vivant après de nombreuses nouvelles épreuves et privations.
Cet épisode est bien sûr intégré dans Invincible, l’adaptation cinématographique de la vie de Louis Zamperini, réalisée en 2014 par Angelina Jolie.
En 2018, un jeune Indonésien a survécu 49 jours seul sur un radeau… mais sans subir de coup de feu !

Jacques Brel, le tour du monde en famille inachevé

En 1974, Jacques Brel, qui est déjà pilote amateur, entreprend une nouvelle et fantastique aventure : un tour du monde à la voile en famille. Titulaire d’un brevet de capitaine à la voile, nécessaire pour mener un tel projet, il connaît et maîtrise la navigation.

Sur un yawl de 20 mètres baptisé l’Askoy II, il embarque avec sa compagne et sa fille le 24 juillet depuis sa Belgique natale. Après avoir atteint les îles espagnoles, des Canaries à Tenerife, il atteint le Portugal et les Açores en septembre.
C’est là-bas que l’aventure semble tourner au drame : l’interprète de « Amsterdam » apprend d’abord la mort de Jojo, son meilleur ami, puis ressent de vives douleurs qui le contraignent à rentrer chez lui. La décision est difficile à prendre et le diagnostic encore plus dur à entendre : il souffre d’un cancer du poumon gauche, qu’il doit se faire retirer. Pourtant, dès le mois de décembre, il revient là où l’épopée s’était stoppée et la reprend de plus belle, toujours en famille. Brel et les siens arrivent aux Antilles françaises un mois plus tard et y restent jusqu’à la fin de l’été 1975. C’est à ce moment que débute la dernière étape de ce périple qui mène l’Askoy II  jusqu’aux îles Marquises, au cœur du Pacifique, et plus précisément sur Hiva Oa. C’est là, à bout de souffle, qu’il décidera de s’arrêter pour de bon. Il y écrira ses dernières chansons, et, après un bref retour en Europe pour être soigné, en vain, y est enterré en octobre 1978…

Jacques Brel sur son bateau, l’Askoy II

Pour prolonger le plaisir, nos lecteurs au pied marin et passionnés d’histoire peuvent aussi se rendre au Puy du Fou pour découvrir ou redécouvrir le mystère de La Pérouse dont vous nous parlions sur Breizh Info l’année dernière.

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