Alphonse de Châteaubriant, écrivain maudit ?

Né le 25 mars 1877 près de Rennes, Alphonse de Châteaubriant (1877 -1951) est un écrivain tombé aujourd’hui dans un relatif purgatoire. Auteur porté au pinacle à la suite de ses romans Monsieur des Lourdines (prix Goncourt 1911) et La Brière (grand prix du roman de l’Académie française 1923)  il sacrifiera  sa renommée avec La Gerbe des forces (1937), livre sulfureux favorable à l’Allemagne nationale socialiste.  D’avoir ensuite dirigé « La Gerbe » durant l’occupation fera de lui un réprouvé. Pourtant, un fin lettré comme le Président François Mitterrand dont on connaissait les goûts pour des écrivains provinciaux ou régionalistes comme Jacques Chardonne, ne cachait pas son admiration pour le talent de prosateur de Châteaubriant  allant même jusqu’ à solliciter les descendants du romancier pour qu’ils confient à l’État ses manuscrits et archives afin de constituer un fonds à la disposition des chercheurs à la Bibliothèque nationale.

Les bibliophiles continuent à rechercher ses œuvres du fait de la qualité de son style et de celle de ses illustrateurs comme Mathurin Méheut, Jean Frelaut  René-Yves Creston ou Constant Le Breton qui ont rehaussé ses romans.

C’est la 1ère Guerre mondiale où il sera de tous les fronts, de la Marne au Chemin des dames et à Verdun, qui déterminera l’évolution politique d’Alphonse de Châteaubriant. Elle est pour lui un désastre irrémédiable qui l’ancrera dans un pacifisme total. Dans sa correspondance  il s’affirme pacifiste, et espère une réconciliation européenne afin d’éviter une nouvelle guerre avec l’Allemagne.  L’aristocrate breton y affiche aussi une profonde de la bourgeoisie : »les hommes du peuple et des campagnes sont mes frères cent fois plus que la presque totalité des bourgeois ».

Châteaubriant est l’auteur de tous les paradoxes. Dreyfusard dans sa jeunesse, il défendra  la politique de collaboration avec l’Allemagne à partir de 1940 dans son hebdomadaire La Gerbe qui se voulait aussi littéraire et culturelle que politique, y attirant de grandes signatures comme Jean Anouilh, Marcel Aymé, Henry de Montherlant, Sacha Guitry, Jean Cocteau, Colette…  et au travers du Groupe collaboration qu’il va fonder, un cercle d’influence regroupant artistes, écrivains, scientifiques et économistes de renom..

Poète des forêts et des bocages, chrétien très hétérodoxe mais  profondément mystique,  ayant une conception vitale de la contemplation qu’il exprimera dans  La réponse du seigneur (1933) Châteaubriant verra dans le national-socialisme païen une re­naissance de la chrétienté médiévale sans écrire la moindre ligne antisémite.. Il sera rejeté par la plupart de ses pairs, à l’exception de Romain Rolland, compagnon de route du Parti communiste et son ami intime depuis 1906... 

Réfugié en Allemagne après le débarquement allié de 1944, sa rencontre avec Louis-Ferdinand Céline à Sigmaringen lui vaudra quelques pages comiques dans D’un château l’autre. Il vivra dès lors caché dans le Tyrol autrichien jusqu’à sa mort à Kitzbühel  le 2 mai 1951. Il y apprendra sa mise à l’index par le Comité National des Écrivains, son « indignité nationale » et sa condamnation à mort par contumace le 25 octobre 1948, la dernière en France suite à la Seconde Guerre mondiale. 

La vie et l’œuvre de Châteaubriant n’avaient fait l’objet jusqu’à cette année que d’une seule biographie parue en 1977 aux Éditions André Bonne signée par l’abbé L-A Maugendre mais co-rédigée avec le fils de l’écrivain Robert de Châteaubriant qui fit lui aussi œuvre littéraire dans le monde maritime.

La nouvelle biographie que vient de publier l’avocat bordelais Thierry Bouclier comble un vide certain. Il dresse en 120 pages un portrait dense d’Alphonse de Châteaubriant abondamment illustré de photos et documents fournis par le petit-fils de l’écrivain. Il fournit en outre une bibliographie complète des œuvres de l’auteur y compris les publications posthumes.

Une précision néanmoins, les ancêtres de Châteaubriant n’étaient pas Bataves, celui-ci l’écrivit en 1930 :  ”Mes ancêtres étaient au XVIe siècle patriciens de Hambourg. Ce détail du passé de ma famille démontre que l’air d’Allemagne est presque pour mes œuvres un air natal”.

François Cravic

Thierry Bouclier Châteaubriant Qui suis-je ? Editions Pardès 12 €.

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine