Chutes en Loire lors d’une charge policière à Nantes : qui est responsable ? 

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Le samedi 22 juin vers 4h30 du matin, les forces de l’ordre sont intervenues sur l’île de Nantes, quai Wilson, pour faire taire une rave party. Celle-ci avait été autorisée jusqu’à 4 heures dans le cadre de la fête de la Musique mais battait encore son plein. Reçus à coups de projectiles par des fêtards avinés, une quinzaine de CRS ont répondu en les gazant abondamment. Un mouvement de foule s’est déclenché et au moins quatorze personnes sont tombées à l’eau. Un jeune homme est toujours porté disparu à cette heure. Mais sur le site, outre celle de la police, on pointe d’autres responsabilités.

Sur fond de règlements de comptes internes, le syndicat Unité SG Police dénonce dans un communiqué « un ordre aberrant, mettant d’abord nos collègues en danger et les usagers », de la part d’un chef de service. « Il décide d’intervenir avec seulement une quinzaine de policiers sans attendre les renforts, intervenir sans tenir compte du rapport de force, à 15 contre plusieurs milliers de personnes qui à 4h30 du matin sont forcément dans un état éthylique et/ou stup avancé, dans l’incapacité de raisonner ou de comprendre l’intervention de la police », assène le syndicat.

Sur place, au vu des culots de lacrymogènes, on constate deux faits. Un, des grenades à 50 et 100 m ont été utilisées, et même certaines avec un dispositif retardateur de 1,5 secondes [nous en avons relevé deux]. Deux, les lancers ont eu lieu depuis les enrochements le long de la route ou du fond autour de la baraque vers la grue grise et la Loire. Les fuyards ne pouvaient donc guère que partir vers la Loire pour fuir le nuage de gaz lacrymogène. La nuit et la panique ont fait le reste.

Accuser la police arrange bien sûr le groupuscule d’ultra-gauche Nantes Révoltée. Il a récupéré l’affaire et surfe sur la détresse des proches du disparu. Mais cela suffit-il à expliquer les chutes dans la Loire, et la disparition ?

Une sécurisation très insuffisante de la part de la Ville et des organisateurs

Probablement non. Le site de la rave party est un plateau désertique compris entre le chantier du CHU, la route et la grue grise, semé de bouteilles d’alcool brisées ou intactes, et presque pas clôturé. Seule une rangée de demi-barrières de chantier délimitaient le terrain côté Loire, tout au bout du quai. Au vu des milliers de personnes massées là, elles étaient manifestement insuffisantes.

Certaines, d’ailleurs, ont rompu net malgré des jambes de force calées dans des plots de béton, laissant des parties métalliques tendues comme des piques. « Ces barrières ne sont pas adaptées pour la mise en sécurité d’un site », relève un vigile. « Il aurait fallu des barrières hautes et lourdes, comme des barrières de police par exemple [dites barrières Vauban]. À se demander pourquoi la ville n’en a pas fourni, alors qu’en centre-ville, il y en avait bien plus que nécessaire, ainsi que des barrières légères pour interdire le stationnement. Ils ont même fermé des rues inutilement, comme la rue Jeanne d’Arc : ils en ont trop fait en ville, mais sur le quai Wilson, il y avait pour ainsi dire rien ».

« Il faut être suicidaire pour faire un événement de masse ici, sans aucun contrôle »

De même, relève un participant, « il n’y avait pas de service d’ordre, ni d’équipe sécurité ». Ce que confirme un barman : « Au Hangar à Bananes et autour, cette année c’était vraiment le bordel. En plus du son derrière, ici y avait des bagarres et des vols sans cesse, et pas vigiles n’étaient pas plus nombreux que d’habitude. Quant au son derrière, il n’y avait aucune sécurité ».

Du point de vue d’un autre vigile du Hangar à Bananes, « il faut être suicidaire pour faire un événement de plusieurs milliers de personnes ici la nuit, si tard, sans aucun contrôle. Le fait qu’il n’y a pas eu de chutes les années précédentes n’est pas une excuse : premièrement, le dispositif des sons était tout autre, deuxièmement ils ont eu de la chance, beaucoup de chance ».

Un serveur du Hangar renchérit : « La mairie comme les organisateurs – qui semblent avoir disparu et font clairement profil bas – sont responsables de ce qui c’est passé. Une association sérieuse ou une entreprise qui demanderait à organiser un événement de masse à cet emplacement serait contrainte à des mesures de sécurité draconiennes, avec clôturage de tout le périmètre, poste de secours, équipes de sécurité multiples, issues de secours, accès secours etc. Là y avait rien de tout ça », sauf un poste de secours terrestre et une embarcation des secouristes de Saint-Herblain dans l’eau, le long du quai Wilson. Ils ont d’ailleurs repêché sept des quatorze chus dans la Loire.

« Si c’était une rave sauvage, ça pourrait se comprendre, mais là ça a été autorisé tel quel par la mairie. J’aimerai comprendre qu’est-ce que Johanna Rolland pouvait avoir dans la tête en autorisant ça ».

Louis Moulin

Crédit photo : DR
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