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On ne sait trop s’il est mort le 29 septembre 2008 quand son accident l’a plongé dans un coma végétatif ou le 11 juillet 2019 après une décennie de procédures contradictoires. Sans doute bien malgré lui, après de terribles affrontements et les pires déchirures familiales, Vincent Lambert se voit assuré d’une rare postérité. Essayons, dans la sérénité et sans céder à la tentation du réflexe conditionné, de mettre de l’ordre dans les idées.

Sur le plan neurologique et médical, on sait désormais que, dans certains cas de comas, la réapparition d’une forme de conscience n’est pas définitivement exclue. Mais, s’agissant de Vincent Lambert, tout portait à croire son état irréversible. Pourtant, des experts reconnus ont émis des opinions différentes. Alors que le professeur Louis Puibasset, chef de service d’anesthésiologie-réanimation à l’Hôpital de la Salpêtrière, a conclu à l’impossibilité d’une évolution favorable, son collègue Jean-Michel Gracies, chef du service de rééducation locomotrice à l’Hôpital Henri Mondor de Créteil, a, bien que non croyant, évoqué « une situation proche d’un assassinat ».

Le bon sens veut que la décision revienne au patient lui-même. Qu’on l’approuve ou non, sa volonté doit s’imposer. Mais dans le cas présent, les membres de la famille interprétaient dans des sens opposés le souhait de leur proche. En bonne logique, cela devrait encourager chacun d’entre nous à faire connaitre sans ambiguïté sa position en la matière. Encore ne faut-il pas oublier qu’un patient en situation de péril puisse s’avérer incapable de faire savoir qu’il désire réviser une opinion émise antérieurement dans un état de parfaite santé !

En tout état de cause, on se doit de corriger l’opinion de ceux qui ont cru pouvoir classer l’affaire Lambert dans le cadre de l’eugénisme ou de l’euthanasie. La question de l’eugénisme ne se pose pas, Vincent Lambert n’étant pas en état de se reproduire et, si sa famille avait souhaité faire usage de ses gamètes, ceci n’aurait pas posé problème car rien n’indique qu’il ait pu se trouver porteurs de tares ou au contraire de qualités génétiques exceptionnelles.

Il ne s’agit pas davantage d’un problème d’euthanasie puisque le patient n’a pas demandé à bénéficier d’une mort avancée afin, par exemple, d’éviter de trop grandes souffrances. On est plutôt tenté d’évoquer une situation compassionnelle, un désir d’éviter un acharnement médical déraisonnable. Il n’y a pas eu mise à mort, mais arrêt d’un maintien en vie artificiel. C’est pourquoi, on ne saurait invoquer une situation d’hubris, de dépassement des limites, de désir forcené d’échapper à son destin. L’hubris est ici, et de façon assez manifeste, plutôt du côté de ceux qui prônent une existence artificielle, non autonome.

Ceux qui ont exigé le maintien en vie de Vincent Lambert l’ont, en règle générale, fait au nom de convictions religieuses se situant dans la lignée du mouvement « Laissez les vivre ». Il est permis, dans la perspective d’une philosophie inspirée du catholicisme, de s’interroger sur la logique présidant à une hostilité de principe à l’égard de tout ce qui pourrait ressembler à de l’euthanasie. Les chrétiens en tiennent en effet généralement pour une éthique de la responsabilité. Certes, ils voient dans la vie un don de Dieu mais ils considèrent les humains comme dépositaires d’une responsabilité laquelle conditionne leur aptitude au salut. Si vouloir mourir constitue un péché, l’Église ne devrait donc pas chercher à interdire le fait de le commettre ; tout au plus se devrait-elle de mettre le sujet en face de ses responsabilités. Il n’y aurait aucun sens à empêcher quelqu’un de vouloir finir en enfer car ce serait le priver de son libre arbitre voire même priver Dieu d’organiser le tribunal des âmes en peine. Où l’on voit que l’affaire Vincent Lambert nous délivre en définitive un enseignement assez inattendu…

Yves Christen

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