Algues vertes. François Fillon à Saint-Michel-en-Grève, 10 ans après…

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Yves-Marie Le Lay, pour l’association Sauvegarde du Trégor et Halte Aux Marées Vertes, nous adresse une tribune revenant sur la venue, le 20 août 2009, de François Fillon, à Saint-Michel en Grève, à propos des Algues vertes. 

Voilà 10 ans, le 20 août 2009, le chef du gouvernement François Fillon débarquait à Saint-Michel-en-Grève, accompagné de trois ministres. C’était la conclusion provisoire d’un été agité par l’intoxication mortelle d’un cheval et suraiguë de son cavalier le 28 juillet. En cause les marées vertes et l’hydrogène sulfuré qu’elles produisent en pourrissant. Pour en finir efficacement contre ces échouages massifs toxiques d’algues, il prenait l’engagement de lancer des programmes de lutte appelés plus tard Plans Algues Vertes.

Ne retenir que cela, c’est ne rien comprendre à ce qui s’est joué en cet été 2009 et comment on en était arrivé là. D’abord, comment ne pas être surpris par le décalage entre le jour du drame et la réaction gouvernementale ? Près d’un mois pour réagir à cet accident ! L’explication est simple : c’est le temps qu’il a fallu pour que les autorités publiques au plus haut niveau acceptent de reconnaître en cet accident un problème de santé publique. Dès le 29 juillet consigne était donnée aux medias de relater un simpe fait divers. Télégramme, Ouest-France, Trégor relatent l’étouffement d’un cheval, son enlisement, son envasement. (cf pièce jointe). Le 1er août le commandant de gendarmerie confirme encore cette version.

Pourtant, dès le lendemain de l’accident, une autre explication commence à circuler, celle de l’intoxication à l’hydrogène sulfuré des marées vertes, portée par Sauvegarde du Trégor et appuyée par Pierre Philippe, médecin urgentiste à Lannion appelé à la rescousse pour l’occasion. Ils convainquent sans mal le maire. Et le 31 juillet Aujourd’hui en France est le premier média à diffuser cette hypothèse hautement probable.

Mais d’où vient cette conviction portée par ce docteur et cette association rejointe rapidement par une autre, Halte Aux Marées Vertes ? D’un échange de conclusions entre deux médecins à propos d’un accident du même type survenu l’année précédente sur la plage de la Grandville à Hillion à 120 kms de là : la mort brutale de deux chiens au pied d’un tas d’algues pourries. Ces deux associations avaient alors sollicité Claude Lesné, docteur au CNRS et Pierre Philippe à une conférence à Plestin-les-Grèves le 26 septembre 2008. Ces deux membres du corps médical ont expliqué publiquement en détails pour la première fois les mécanismes foudroyants de l’intoxication par l’hydrogène sulfuré. Ils apportaient la preuve de cette toxicité par ces accidents de morts d’animaux et d’un jogger en 1989. Donc, toutes celles et ceux qui avaient assisté à cette conférence, dont comme média, Aujourd’hui en France et Fr 3, avaient tout de suite compris les causes de la mort de ce cheval et du grave malaise de son cavalier. Ces deux associations avaient même annoncé en guise d’invitation : aujourd’hui deux chiens, demain à qui le tour ? (cf pièce jointe).

Sans surprise, après les médias régionaux, les plus difficiles à convaincre étaient les préfets et la plupart des élus. C’est peu dire qu’ils ont fait de la résistance. A la veille d’une manifestation de soutien au maire de Saint-Michel-en-Grève le 9 août, organisée par Sauvegarde du Trégor et Halte Aux Marées Vertes, le préfet des Côtes d’Armor rassurait la population et regrettait que l’on affole inutilement les estivants.

Mais la tempête médiatique a tout emporté : les médias nationaux et internationaux reprennent en boucle la thèse de l’intoxication en s’appuyant sur des informations scientifiques. La version de l’enlisement, de l’étouffement du cheval devient grotesque. Pour ne pas perdre la face les plus hautes autorités de l’Etat n’ont pas d’autre choix que reconnaître l’intoxication. Madame la ministre de l’Environnement confie à l’Ineris une étude qui mesure sur la plage des taux mortels d’hydrogène sulfuré.

Et voilà comment sont nés les Plans Algues Vertes. Mais que sont-ils devenus et qu’est ce qui a changé ? Ces plans ont été détournés de leur objectif en confiant la lutte contre ces proliférations algales aux Chambres d’Agriculture, ces institutions qui en sont à l’origine par l’agriculture intensive hors sols qu’elles promeuvent. Est-ce si différent que de confier la lutte contre le tabac à Reynolds ou American Tobacco ? Et les résultats ne se font pas attendre : dix ans plus tard en 2019, les échouages d’algues ont rarement été aussi importants surtout en Baie de Saint-Brieuc. Côut de ces plans inutiles : 95 millions d’euros jusqu’en 2016 et 55 millions programmés jusqu’à 2021.

Ainsi passée l’émotion du moment, administration d’Etat et élus régionaux se sont toujours refusé à tirer une leçon de ce drame de 2009. Les preuves abondent. La mort de ce chauffeur, Thierry Morfoisse une semaine avant celle du cheval, dissimulée pendant des semaines et le refus de reconnaître son intoxication. Cette reconnaissance a été conquise devant les tribunaux par la famille et le soutien des deux mêmes associations, seulement en 2018. Puis en 2011, la Préfecture des Côtes d’Armor refuse d’admettre que 36 sangliers, deux ragondins et un blaireau ont été intoxiqués mortellement dans l’estuaire du Gouessant malgré les interpellations de Halte Aux Marées Vertes et Sauvegarde du Trégor. Enfin, même chose en 2016 lorsque meurt dans les mêmes lieux Jean René Auffray.

Chacun a compris : si aujourd’hui une intoxication a lieu, les autorités régionales et préfectorales feront tout pour la dissimuler. Car, tous ces responsables soutiennent l’agriculture intensive hors sols, moteur, disent-ils, de l’économie. Or, toutes les données scientifiques le disent : ce type d’agriculture produit inévitablement des excédents d’azote qui nourrissent les marées vertes. L’incompatibilité totale des deux oblige à choisir entre ce type d’économie et cette pollution toxique. Les faits démontrent le choix qui a été fait depuis des dizaines d’années déjà. Mais ce choix n’est pas assumé par l’Etat et les élus régionaux. Difficile d’afficher que la santé de ce type d’économie passe avant la santé publique. D’où les discours optimistes sur les mesures prises qui payeront demain, tenus depuis des lustres déjà…

Mais le pire, c’est que la fin des marées vertes dans les baies qui sont concernées par les Plans Algues Vertes ne remet en cause l’agriculture intensive que sur 7,4 % de la surface agricole utile bretonne qui en est à l’origine. 7,4 %, c’est encore de trop pour les Chambres d’Agriculture, les coopératives agricoles, les banques qui ne veulent rien perdre de leurs prébendes ! Que déduire du rôle des élus, si ce n’est leur assujétissement à ces groupes de pression si peu soucieux de la santé publique des citoyennes et citoyens et de la biodiversité ? Les faits sont têtus, et toute la propagande gouvernementale d’aujourd’hui comme de hier se réduit à les nier et à expliquer ce qui n’est pas.

Pourtant, on ne peut pas écarter en ce 20 août 2009 à Saint-Michel-en-Grèce une certaine sincérité au moins dans les propos de Chantal Jouanno, ministre de l’Environnement. Mais la prise de conscience de ce grave problème de santé publique a vite été emportée par le retour aux affaires, grandes pour quelques uns, petites pour la plupart.

Malgré tout, soutenues par d’autres associations, Halte Aux Marées Vertes et Sauvegarde du Trégor ont réussi à porter sur la place publique la toxicité des algues vertes. Reste le plus difficile, que des élus s’emparent de ce combat et imposent ces changements de modèle agricole. Reste encore à les élire demain, puisqu’aujourd’hui aucun n’envisage de le faire. Maintenant que tout est dit, 10 ans après, il reste encore tout à faire.

Sauvegarde du Trégor et Halte Aux Marées Vertes

Crédit photo : DR
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