Les fleurs amères. Un film belgo-français d’Olivier Meys, avec Qi Xi et Le Geng. Durée : 1 h 33.

Le mandarin parlé dans la région de Dongbei est considéré comme le plus pur. C’est pour cette raison que la communauté chinoise du treizième arrondissement de Paris recherche pour sa géniture des nounous originaire de cette province afin que l’oreille des enfants soit le plus tôt possible accoutumée aux meilleures tournures linguistiques. Des recruteurs locaux vendent donc à de jeunes femmes crédules le mirage d’une existence dorée, nantie d’un salaire de 2000 €. Afin d’obtenir les fonds nécessaires à l’ouverture d’un restaurant, Lina, une jeune mère de famille, tente l’aventure et gagne la France. Bien entendu, la désillusion est totale, les conditions proposées proches de l’esclavage moderne et le salaire dérisoire. Après quelques semaines, Lina démissionne et rencontre dans un restaurant une compatriote, avec laquelle elle va partager un appartement communautaire. On lui explique qu’il n’existe qu’une seule solution pour s’acquitter des dettes contractées auprès du passeur : faire le trottoir…

Un modèle de sobriété et de pudeur

Ce premier long métrage du réalisateur belge Olivier Meys, établi en Chine depuis près de vingt ans, est nourri de son expérience de documentariste (Dans les décombres, 2004 ; Vies nouvelles, 2008) et de sa connaissance profonde de la Chine et de ses bouleversements et économiques, et notamment l’aspiration de la toute petite classe moyenne à la prospérité fantasmée. Son film, un modèle de sobriété et de pudeur pour rendre compte des situations les plus sordides et des conflits éthiques insolubles, réussit à peu près tout ce que rate le cinéma hexagonal lorsque celui-ci tente de s’emparer des problématiques sociales. Mieux, il n’est pas sans s’approcher des grands maîtres chinois dans sa peinture des relations de couple et du ressac des sentiments amoureux et filiaux – on pense souvent aux premiers opus de Zia Janke ou de Wang Xiaoshuai dans la seconde partie de l’œuvre, où les plans fixes contrastent avec le précipité des affects mis à nu.

Un art consommé de la litote

La force de ce film réside dans cet art consommé de la litote, qui condense avec une fausse discrétion les fulgurances des sentiments embrasés et les terrifiants non-dits. Une vignette minimale suffit : afin de suggérer le mépris profond que le jeune Dazhi éprouve pour sa mère, il suffit de montrer le petit garçon se glissant prestement sous le fil du téléphone afin de ne pas la croiser ni de la regarder en face… L’œuvre est également travaillée par le motif de la dissimulation et du silence élusif : il ne s’agit pas de tromper l’autre mais, avant tout, de ne pas s’avouer à soi-même la faillite de l’existence.

L’ensemble, à l’incandescence glacée, témoigne d’un désenchantement humain estompé par la force de l’habitude, rompu par la puissance des regards ou la retenue d’un simple geste, qui montrent que des sentiments humains encore intacts peut s’esquisser la fragile reprise de ce qui s’appelle l’espoir.

Sévérac

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