Boudon est un de nos meilleurs historiens du Premier empire (1804-1815). Spécialiste de l’histoire militaire et diplomatique, il aborde un autre champ d’investigation. Son essai, très référencé, très étoffé dans ses sources, part malheureusement du mauvais pied. Il semble avoir succombé à ce pont-aux-ânes qui fait de la Révolution française la matrice de tout ce qui a suivi. Parler d’une « révolution sexuelle » après 1789 est bien excessif.

L’institution du divorce

La contribution majeure des révolutionnaires est l’institution du divorce dès septembre 1792. Le mariage civil prend la place du sacrement. Simple contrat, il peut être rompu par consentement mutuel ou par une des parties contractantes. La procédure est simple, courte. Dans les faits, le divorce sera peu demandé.

Pour le reste, la Révolution n’a pas libéré les femmes. Les excès « féministes » ont été promptement réprimés et les fièvres séditieuses passées, les femmes de toutes les classes sont retournées à la place qui leur était assignée.

En fait, une « révolution sexuelle » implique, entraîne assez vite des mutations politiques et sociales. L’égalité civique, le libre accès aux métiers réservés aux hommes, la parité successorale, tout cela devra attendre la deuxième moitié du 20e siècle.

« En France, les femmes sont trop considérées… »

En attendant, la prise du pouvoir par Bonaparte en 1799 remet les pendules à l’heure. Le code civil de 1804 restreint le divorce, n’accorde rien aux femmes, les assujettit. Rien d’étonnant de la part d’un homme qui confiait à Gourgaud, à Sainte-Hélène, en 1817 : « En France, les femmes sont trop considérées, elles ne doivent pas être regardées comme les égales des hommes, et ne sont, en réalité, que des machines à faire des enfants. Pendant la Révolution, elles s’insurgeaient, s’érigeaient en assemblée : on fut obligé de réprimer cela. Le désordre se fût entièrement mis dans la société si les femmes étaient sorties de l’état de dépendance où elles doivent rester. »

Une belle franchise, catégorique et qui s’accordait avec la vie intime de l’empereur des Français. Il répudia la première impératrice, « machine » à fric et choisit un ventre comme seconde. Outre le plaisir qu’elle lui donna (affirmait-il), elle lui fit un héritier. Pour le reste, il eut des dizaines de maîtresses qui, dans ses bras, devenaient des « machines » à jouir.

C’est Jean Tulard qui porte l’estocade : « Le Premier empire est très prude et inaugure un siècle et demi d’hypocrisie bourgeoise. »

Jean HEURTIN

* Jacques-Olivier BOUDON, Le Sexe sous l’Empire, Vuibert, 23,90.

* Général Gourgaud. Journal intégral. Texte, établi, présenté et commenté par Jacques Macé. Perrin/ Fondation Napoléon.
(Un document exceptionnel qui fait suite à la nouvelle édition du Mémorial de Sainte-Hélène de Las Casas, Perrin/Fondation Napoléon, 2018.)

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