François Cuiillandre, maire (PS) de Brest, va-t-il se représenter pour un quatrième mandat ? La question se pose après sa mise en examen dans l’affaire de l’association « Vivre à Brest ».

Acte 1 –Le maire sortant, François Cuilllandre, gagne la primaire du PS (7 octobre 2019)

Un maire socialiste se doit bien sûr de tenir sa ville, mais également la section PS. C’est ce qu’avait réalisé François Cuillandre en emportant la primaire pour désigner le leader pour les prochaines élections municipales par 67 voix contre 49 pour Thierry Fayet, premier adjoint.

L’affaire se présentait donc bien pour François Cuillandre, mais c’était sans compter avec les ennuis judiciaires provoqués par le fonctionnement de l’association « Vivre à Brest » – une caisse de « solidarité » des élus brestois du PS, mais aussi caisse noire.

Des éclaboussures étaient à craindre pour le maire de Brest, d’autant plus que les deux dirigeants de cette association, Alain Masson, deuxième adjoint au maire, premier vice-président de Brest métropole et président du groupe des élus socialistes, puis Jean-Luc Polard, quatrième adjoint et sixième vice-président de Brest métropole, avaient démissionné de leurs fonctions d’élus (novembre 2018). Avant d’être tous les deux mis en examen pour « abus de confiance » pour le premier et « complicité d’abus de confiance » pour le second ; le juge d’instruction les avait même placés sous contrôle judiciaire (Ouest-France, Bretagne, jeudi 11 avril 2019).

Acte 2 – François Cuillandre est mis en examen (17 octobre 2019)

François Cuillandre était évidemment bien placé pour expliquer la raison d’être de « vivre à Brest » : « Je peux  juste dire que dans les statuts de l’association, Vivre à Brest n’était pas seulement une caisse de solidarité entre élus socialistes. Elle avait aussi pour objet de « favoriser l’élection de candidats de sensibilité socialiste aux élections locales » dans le respect de la loi de financement des partis politiques. » (Le Télégramme, Bretagne, mardi 23 avril 2019).

Mais les statuts n’indiquaient pas que cette caisse discrète pouvait également servir de « banque compréhensive ». En tant que maire de Brest et président de Brest métropole, l’intéressé percevait 7 300 euros d’indemnités mensuelles ; mais il faut croire que cela ne lui a pas toujours suffi. En effet, en 2012, il avait bénéficié d’un versement de  4 000 euros de l’association ; cet argent a été utilisé « à des fins privées, sans rapport avec l exercice du mandat de maire ou de l’activité du groupe socialiste (l’argent était destiné à l’un de ses proches). Et surtout parce que ce « prêt » n’a jamais été remboursé » (Le Télégramme, Bretagne, vendredi 18 octobre 2019).

Élu dynamique, M. Cuillandre se charge lui-même d’annoncer sa mise en examen «  en prenant bien soin de faire le parallèle entre les 4 000 euros de prêt non remboursé que la justice lui reproche, et les 100 000 euros d’indemnités qu’il a apporté au pot commun de l’association vivre à Brest, à son propre détriment » (Le Télégramme, Brest, samedi 19 octobre 2019). Qu’importe, ses administrés seraient heureux de pourvoir bénéficier de la même innovation de la part du Crédit mutuel de Bretagne, banque mutualiste : le prêt non remboursable.

Acte 3 – Thierry Fayet attend son heure

À coup sûr, cette affaire plonge Olivier Faure, premier secrétaire du PS, dans l’embarras. Lorsqu’un voisin de Cuillandre, Richard Ferrand (LREM), fut mis en examen, n’avait-il pas réclamé sa démission de président de l’Assemblée nationale ? Donc ce qui est vrai pour Ferrand devrait l’être pour Cuillandre.

En ce moment, le maire de Brest partage son temps entre réunions de crise et discussions avec les instances nationales du PS. Les conférences de presse ne sont plus à l’ordre du jour. «  Pourquoi ? Parce que la seule vraie question que tout le monde se pose n’est pas de savoir pourquoi il n’a pas remboursé ce prêt de 4 000 euros, ni à quoi cette somme a servi, mais bien s’il peut aujourd’hui, légitimement se maintenir comme candidat. Or « il est dans l’expectative et ne sait pas lui-même. », confiait un de ses proches. Fidèle militant socialiste, on sait François Cuillandre légaliste. Et s’il ne parle pas, c’est sans doute qu’il attend la validation, ou non, de son investiture par le bureau national du PS. » (Le Télégramme, Best, jeudi 24 octobre 2019).

Évidemment, si Cuillandre était obligé de renoncer à un quatrième mandat de maire – donc à ne pas diriger la liste de gauche aux prochaines élections municipales -, cela ferait un heureux : Thierry Fayet, l’actuel premier adjoint, qui rêve de lui succéder.

Bernard Morvan

Crédit photo : Ph. Saget/Wikimedia (cc)
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