Les émeutes qui transforment la Catalogne en zone d’agitation permanente depuis l’arrêt du Tribunal suprême du 14 octobre 2019 qui a condamné les nationalistes catalans à de lourdes peines de prison pour leur rôle dans la déclaration unilatérale d’indépendance en 2017, ne suffisent pas à bouleverser le rapport des forces en Espagne mais renforcent les conservateurs de Vox.

Ce lundi 4 novembre, les principaux journaux espagnols publient des sondages qui vont tous dans le même sens. L’institut 40 dB pour el Pais (gauche), Sociometrica pour el Español (centre gauche), NC Report pour la Razon (droite), GAD3 pour ABC (centre droit) augurent une victoire relative du PSOE mais un match nul entre les blocs de droite et de gauche.

Selon le sondage publié par l’ABC, la droite au sens large arrive en tête avec onze millions de voix et 158 à161 sièges. De son côté, la gauche réunit un peu plus de dix millions d’électeurs et obtient entre 151 et 157 sièges. Ces chiffres, recoupés dans une grande mesure par les autres sondeurs, montrent que le PSOE n’a pas réussi son pari mais que la droite ne parvient pas à retrouver la confiance de la majorité des Espagnols.

Dans les régions, les partis locaux maintiennent leur présence hégémonique, même si le PP décroche deux sièges au Pays basque et en Catalogne, la gauche républicaine (ERC) et les socialistes catalans (PSC) seraient les triomphateurs.

Le pari perdu du Parti socialiste

Lors des législatives du 28 avril 2019, le Parti socialiste (PSOE) avait obtenu le meilleur résultat sans pour autant atteindre les 176 sièges dont il avait besoin pour se garantir une stabilité gouvernementale. Le parti libéral Ciudadanos (Cs) ayant refusé de lui apporter son appui, Pedro Sanchez a longuement négocié avec les communistes de Podemos pour tenter de définir une alliance politique pour la durée de la législature mais le premier ministre a finalement jeté l’éponge car les différences de programme sur des points aussi importants que la situation catalane étaient trop grandes.

Encouragé par des sondages très flatteurs lui ouvrant des perspectives très favorables, le PSOE a choisi de revenir aux urnes afin d’accroître sa majorité et réduire le poids de Podemos en suscitant une scission dans leur sein en donnant les moyens à Iñigo Errejon de créer Mas pais, un nouveau parti d’extrême gauche plus compatible avec les socialistes.

La crise en Catalogne et la faiblesse de Pedro Sanchez à y faire face, son incapacité à offrir une réponse à l’immigration massive et à la présence conflictuelle des mineurs étrangers non accompagnés qui multiplient les incidents dans les grandes villes, l’exhumation de Franco, ont finalement eu un impact sur les élections que le gouvernement ne prévoyait pas.

Des conséquences redoutables pour la stabilité de l’Espagne

Première conséquence, contrairement aux résultats d’avril dernier, Pedro Sanchez ne peut pas négocier une majorité parlementaire avec les deux autres partis de gauche, dans le meilleur des cas il obtiendrait 157 sièges, loin des 176 nécessaires. Pour gouverner, il a besoin soit de l’appui d’un des grands partis de droite, soit des votes des partis indépendantistes.

Pour la droite, en dehors d’une belle « remontada » pour le Parti populaire (PP), un effondrement des libéraux (Cs), ce qui frappe les observateurs est la véritable explosion du parti conservateur Vox qui peut atteindre les 49 sièges, devenant en seulement un an, la troisième force politique espagnole.

Avec environ 13 à 15 % des voix, le parti de Santiago Abascal creuse son trou dans la vie parlementaire en exploitant au maximum la crise catalane et l’immigration. Refusant le consens mou dans lequel s’illustre le centre droit du PP et les libéraux de Ciudadanos, Vox a vivement critiqué l’exhumation de Franco en dénonçant un acte qui va à l’encontre de la réconciliation entre les Espagnols.

Dans les débats télévisés, Vox n’hésite pas à mettre le doigt dans les plaies de la société espagnole. Par exemple, il a rappelé en direct à Aitor Esteban, un des responsables du Parti nationaliste basque (PNV), le racisme maladif de leur fondateur Sabino Arana, le flirt de sa formation avec le national-socialisme durant la Seconde Guerre mondiale ou encore leur attitude ambiguë à l’égard du terrorisme de l’ETA.

Si la remarquable convergence des instituts de sondage apporte d’utiles indications sur ce que sera le résultat qui naîtra des urnes le 10 novembre, bien des événements peuvent se produire. Le face à face des cinq principaux candidats à la télévision, une visite qui s’annonce mouvementée du roi à Barcelone, risquent de changer la donne. Raison de plus pour suivre le scrutin avec attention car beaucoup de choses en dépendent, en commençant pas une éventuelle sortie de crise en Catalogne.

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