Presse Océan a 75 ans. Malheureusement le quotidien nantais ne se porte pas bien : année après année, les ventes reculent. À coup sûr, ceux qui le fabriquent (directeur, rédacteur en chef, journalistes) oublient l’importance du contenu ; on ne prend pas en compte ce qui fait saliver le lecteur.

Il n’est pas certain que les bons journalistes sortent des écoles de journalisme. Surtout lorsqu’il s’agit de faire de l’information locale. Claude Sérillon peut en témoigner ; il est étudiant à la fac de Lettres quand, un beau matin, au culot, il frappe à la porte de la rédaction de Presse Océan. « De 1970 à 1972, Claude Sérillon parcourt Nantes et les environs à bord de la 2 cv du journal à la poursuite des… chiens écrasés, les faits divers. “C’est la meilleure école pour tous les journalistes. On allait au commissariat, chez les pompiers, chez les gendarmes, sur les accidents, les meurtres ou les feux”. » (Presse Océan, mardi 8 octobre 2019).

Plutôt le modèle Le Monde ou Le Figaro

En 2019, dans les écoles de journalisme, on enseigne aux élèves plutôt le modèle Le Monde ou Le Figaro ; c’est-à-dire un travail académique. Les plus ambitieux rêvent de devenir grands reporters ! Si bien qu’on a souvent vu des localiers sortir de nulle part mais disposant des qualités nécessaires pour faire le métier : curiosité, disponibilité (on ne fait pas 35 heures), goût du terrain, proximité avec les lecteurs, courage (se coltiner les faits divers), ne pas avoir de préférence politique (sens de l’équilibre pour ne pas froisser le client- lecteur)… Bref se comporter en militant du journalisme et non point en journaliste militant !

Dans le numéro spécial consacré au 75ème anniversaire de la création de Presse Océan (mardi 8 octobre 2019), Virginie Meillerais présente les choses ainsi : « Être à l’écoute. Observer. S’investir. Creuser. Dénicher. Vérifier. Interroger. Partager. Révéler. Être sans cesse en veille. Rester humble. » Mais peut-être a-t-elle oublié l’essentiel : faire intéressant ; c’est-à-dire donner envie au client-lecteur d’acheter le journal chaque jour. Son point de salut !

7 031 exemplaires perdus en 6 ans

En effet, si Presse Océan avait trouvé la formule qui rende le quotidien attractif, on assisterait pas à une chute des ventes : une perte de 1 000 numéros chaque année. David Guiraud, président du conseil de surveillance du groupe SIPA / Ouest-France (propriétaire de Presse Océan), a le droit d’être inquiet lorsqu’il considère la diffusion totale de Presse Océan : 34 447 en 2012, 33 181 en 2013 (moins 1 266), 32 118 en 2014 (moins 1 063), 30 797 en 2015 (moins 1 321), 29 425 en 2016 (moins 1 372), 28 488 en 2017 (moins 937), 27 416 en 2018 (moins 1 078). C’est-à-dire qu’en 6 ans (2012-2018), Presse Océan a vu sa vente reculer chaque jour de 7 031 exemplaires.

Le PDG Matthieu Fuchs, le rédacteur en chef Jérôme Glaize et les journalistes ont le droit de se poser des questions. Leur journal tient-il compte des centres d’intérêt des lecteurs (faits divers, tribunal, foot, potins) ? Le quadrillage de l’agglomération nantaise (quartiers nantais, communes périphériques) est-il complet et efficace ? Les unes sont-elles suffisamment locales ? Les retraités (clients fidèles) trouvent-ils les sujets de conversation qui vont agrémenter leur journée ? Donne-t-on à des sujets dont le lecteur de base se fiche royalement une place démesurée (texte et photo) ? Peut-on parler de remplissage à propos de certaines pages ? En résumé, accorde-t-on la priorité à ce qui fait vendre ? Une solution : faire appel à Claude Sérillon ; il connaît les bonnes recettes – il les a appliquées dans sa jeunesse.

Bernard Morvan

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