Après Le Chien de Dieu, bande dessinée consacrée à l’écrivain Céline, Jean Dufaux et Jacques Terpant adaptent Nez-de-Cuir, célèbre roman de Jean de La Varende.

Mars 1814. Officier de la Grande Armée de Napoléon, le comte Roger de Tainchebraye fait preuve d’un courage hors du commun face aux Russes et aux Prussiens. Mais au soir de la bataille de Reims, après une charge de cavalerie, une balle ennemie le touche en pleine tête, des coups de sabre lui coupent le nez et lui entaillent la joue. Il est laissé quasiment pour mort. Après de longs mois de soins, le visage défiguré, il revient auréolé de gloire. Pour fêter son retour, une fête est donnée dans son château. Souriant, séducteur, élégant, Roger porte un masque de cuir pour cacher ses blessures. De ce changement physique, il va en faire une force. Loin de repousser les femmes, ce mystérieux masque les attire. Elles sont sous le charme. Désabusé, il enchaîne les conquêtes de femmes mariées sans s’encombrer du moindre sentiment amoureux. Mais la jeune Judith de Rieusses lui résiste. Roger en tombe amoureux, mais refuse le mariage. Judith épouse alors le vieux marquis de Brives. À la mort du marquis, Roger enlève son masque et montre son horrible visage à Judith. Mais il ne supporte pas sa pitié…

Scénariste prolifique, Jean Dufaux (Giacomo C., Murena…) adapte en bande dessinée Nez-de-Cuir, gentilhomme d’amour, roman de Jean de La Varende publié en 1936. Ce roman fut porté à l’écran en 1951 par Yves Allégret avec Jean Marais. Dufaux conserve le souffle romanesque du roman en se focalisant sur la personnalité de Roger et son rapport avec les femmes.

Comme d’habitude, les dessins de Jacques Terpant sont somptueux. Raffinement et élégance résument son style. Connu pour ses adaptations de romans de Jean Raspail (Sept cavaliers, Les Royaumes de Borée), il a poursuivi dans cette voie par une série plus personnelle, Capitaine Perdu, avec pour héros un Pikkendorf, comme dans l’œuvre du romancier.

Par la suite, il consacre une bande dessinée à Louis-Ferdinand Céline, intitulée Le chien de Dieu. Le récit débute à Meudon, en 1960. Céline écrit son dernier roman, Rigodon. Ses souvenirs ne le quittent pas. Il repense au passé, notamment à l’horreur de la guerre des tranchées, à ses amours de jeunesse et à ses débuts littéraires. Au début des années 1930, jeune médecin parisien, il déversait sa rage dans son premier chef-d’œuvre, Voyage au bout de la nuit. Il reste encore tourmenté par la triste période de l’Épuration… Le scénariste Jean Dufaux y dépeint les états d’âme de Céline, vieillard aigri. Il dresse avec honnêteté le portrait de cet immense écrivain souvent accusé d’avoir par antisémitisme collaboré avec l’Allemagne nazie. On redécouvre dans les bulles la verve incisive de Céline et ses commentaires sarcastiques sur notre époque. Jacques Terpant, après avoir découvert qu’aucun autre dessinateur n’avait osé associer son nom à Céline, réalise des planches magnifiques en bichromie, le noir et blanc permettant de mettre l’accent sur les ombres du célèbre écrivain.

C’est en travaillant sur Le chien de Dieu que Terpant et Dufaux découvrent leur passion mutuelle pour le roman Nez-de-Cuir. Cela tombe bien, les héritiers de Jean de La Varende avaient déjà, par le passé, demandé à Terpant d’adapter cette œuvre.

Pour adapter Nez-de-Cuir, Terpant change de nouveau de style dans le but de mieux respecter l’atmosphère du roman. La finesse du trait et l’expressivité des visages font ressortir les émotions. Sa peinture en couleurs directes magnifie les paysages normands.

Notre plaisir n’est pas prêt de s’achever. Terpant et Dufaux préparent en effet l’adaptation d’une autre œuvre littéraire, Un roi sans divertissement de Jean Giono.

Nez-de-Cuir, 58 pages, 16,90 euros. Futuropolis.

Kristol Séhec

Illustrations : DR
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