L’association Rennes en Sciences, née en 2012, a pour objectif premier de voir créer à Rennes un lieu de diffusion de culture scientifique et technique s’appuyant sur le riche patrimoine rennais. À son initiative, une pétition avait rassemblé plus d’un millier de signataires (scientifiques, chercheurs, enseignants, experts nationaux et internationaux).

A quelques mois des élections municipales, ses principaux acteurs entendent s’investir afin de savoir ce que proposent les différentes listes en présence, comme en 2014. « A l’époque le devenir du bâtiment Pasteur paraissait relativement ouvert, les obstacles présentés étaient d’ordre financier ; une présentation fallacieuse faisant apparaître nos propositions comme onéreuses alors que, à ce jour, c’est de dizaines de millions d’euros dont on parle pour une réhabilitation. Ce qui y est programmé sous les noms successifs de « université foraine » puis d’« hôtel Pasteur » rend difficile mais non impossible une utilisation pour un lieu de culture scientifique et technique » expliquent les responsables de l’association.

Rennes a un patrimoine scientifique et technique très riche…

Et les responsables de Rennes en Sciences d’epoxser leur projet :

« Les actions que nous avons menées au cours des six dernières années ont montré l’appétence du public de tous âges pour le patrimoine scientifique et technique. Ceci n’est pas spécifique à Rennes et cela explique les actions exemplaires de villes comme Nantes, Toulouse, Bordeaux, etc. pour la valorisation de ce patrimoine. Parmi les grandes villes universitaires, Rennes reste à l’écart de cette démarche. La région Bretagne se trouve être la seule de France à n’avoir aucun équipement du type muséum ou musée d’histoire des sciences. Pourtant un riche patrimoine scientifique et technique existe : collections de l’Université de Rennes 1, du lycée Émile-Zola et autres lycées, Agrocampus, CPHR (Conservatoire du Patrimoine Hospitalier Rennais), Université de Rennes 2, musée Ferrier des transmissions. Ces collections sont maintenant largement reconnues nationalement et internationalement. Elles sont très appréciées des visiteurs « privilégiés » qui ont la chance de les découvrir lors de quelques évènements ponctuels (Festival des Sciences, journées du Patrimoine, nuit des musées). Avec peu de moyens, des personnels professionnels, compétents et formés, aidés par des bénévoles, s’en occupent. Rennes a la chance rare de posséder un réseau d’associations très actives dans les domaines du patrimoine et de l’histoire des sciences : Rennes en Sciences, AMELYCOR (lycée Émile-Zola), CPHR.»

Ces associations oeuvrent en parfaite synergie avec l’Espace des Sciences, une structure de diffusion de culture scientifique très dynamique et reconnue nationalement. L’histoire scientifique particulière de la ville avec les collections du président de Robien et des débuts de la faculté des sciences en 1840 a en effet légué un magnifique héritage :

  • Les collections d’histoire naturelle remarquables qui constituent un condensé de la biodiversité bretonne unique et un « conservatoire » d’espèces de toutes les régions du monde comportant des espèces rares ou disparues.
  • Les collections de géologie-minéralogie et archéologie sont aussi exceptionnelles avec des peintures (M. Méheut – Y.J. Haffen) classées monuments historiques.
  • Les collections d’instruments scientifiques anciens et contemporains sont maintenant connues et reconnues. L’importance patrimoniale de ces collections a été reconnue par des spécialistes internationaux, lors des rencontres de l’Aseiste en 2018.

…Patrimoine insuffisamment valorisé

Pour Rennes en Sciences, ce patrimoine est toutefois insuffisamment valorisé : « Si l’enseignement supérieur et la recherche s’appuient fortement sur les collections, les activités en direction des scolaires et du public sont très insuffisantes. Alors que le lycée est une période stratégique dans le choix éventuel d’une carrière scientifique ou technique, il n’y a pas de lieu de culture scientifique dédié plus spécifiquement aux lycéens alors que, comme le montre le Festival des Sciences, cette tranche d’âge est très réceptive à des formes actives de diffusion des sciences et techniques : expériences, rencontres avec des chercheurs et des laboratoires. Le décalage entre l’offre et la demande est tel que la moitié des demandes de visites, notamment scolaires, des collections du campus de Beaulieu n’aboutissent pas faute de moyens humains et matériels. Le manque de moyens concerne : – Le nombre de personnels / agents – impossibilité de répondre positivement à toutes les demandes. – L’utilisation des salles (salles des collections destinées aux étudiants en priorité). Il y a des périodes où la structure ne peut pas accueillir de groupes car les salles sont utilisées pour de l’enseignement. – Des bâtiments et des salles de réserves de conservation des collections parfois dégradés ou non aux normes pour recevoir le public (accueil de groupe maximum de …15 personnes) »

Un palais de la découverte à Rennes ?

Et l’association de proposer plusieurs initiatives pour faire évoluer l’attrait pour la science dans la capitale bretonne :

 1) Un « palais de la découverte » à Rennes .

La création d’un lieu public de culture au centre-ville dédié à la valorisation du patrimoine scientifique et technique et à l’histoire des sciences et des techniques. Ce lieu comprendrait notamment : un espace d’exposition permanente autour des collections, un espace d’expérimentation (experimentarium) où les associations, les chercheurs, les laboratoires pourraient présenter leurs réalisations, une bibliothèque, un bureau et un lieu de stockage-atelier. Ce lieu au centre-ville permettrait la rencontre de tous les acteurs autour de projets communs. Il n’existe pas actuellement sur la métropole de lieu d’accueil des lycéens pour leur permettre d’expérimenter. Les laboratoires sont pour la plupart fermés au public (pour des raisons de sécurité et de protection) alors que notre expérience personnelle montre qu’il existe une forte demande des enseignants pour des présentations d’expériences historiques ou originales (machine de Turing, chambre à brouillard, électromagnétisme, histoire des sciences). Naturellement la « culture technique » y aurait place par des démonstrations et exploitations d’équipements comme imprimantes 3D, machine à injecter, découpage laser… Les différentes disciplines scientifiques et techniques disposeraient ainsi d’une vitrine publique. Elles pourraient situer leurs activités d’aujourd’hui dans l’histoire en s’appuyant sur les ressources des collections et les laboratoires Dans les débats scientifiques cette perspective historique manque et un tel lieu pourrait l’apporter. Les publics ciblés prioritairement seraient : les lycéens, les étudiants et les citoyens. La gestion de ce lieu pourrait être confiée à une structure existante intéressée par ces questions de patrimoine scientifique ou constituée à cet effet.

2) Un soutien affirmé et constant à la valorisation des différentes collections de Rennes Métropole en direction du public.

Si une large communication était faite sur l’ouverture régulière des collections, les demandes afflueraient en nombre. Ces visites seraient complétées par des ateliers pédagogiques, des interventions etc. La mise en place d’une convention pluriannuelle de financement d’actions et de personnels dédiés à l’accueil de visiteurs de toute origine serait une solution pour faire connaître largement les multiples collections rennaises.

3) Une action « patrimoine scientifique » spécifique en direction des lycéens et des étudiants.

C’est au lycée que s’affirment les vocations scientifiques et les choix stratégiques en vue de l’orientation future des études supérieures. • Les collections constituent une bonne porte d’entrée sur les campus et donnent une image positive des sciences et de l’Université. • C’est aussi une occasion de rencontres directes avec des enseignants, des chercheurs, des personnels de laboratoire. • Elles peuvent apporter un soutien à la compréhension des programmes scolaires avec notamment des outils expérimentaux mis à disposition (alors qu’on sait que les lycées ont des difficultés en terme de moyens – financiers, matériels et de temps de préparation des supports). • Pourquoi ne pas imaginer un soutien financier ciblé « patrimoine scientifique » pour les collèges/lycées comme pour les écoles de la ville de Rennes. 4) Une formation à la conservation et au patrimoine scientifique et technique et à l’histoire des sciences. À partir des différentes collections et du « réseau rennais » de compétences, il serait possible : – de former des experts au sein des lycées pour identifier et inventorier le patrimoine et le sauvegarder qu’il soit ancien ou contemporain, – de sensibiliser les enseignants au patrimoine scientifique, – de créer des projets interdisciplinaires avec les enseignants et les structures associatives (comme par exemple la Maison de la Consommation et de l’Environnement) en matière d’histoire des sciences.

Pour découvrir l’association Rennes en Sciences, c’est ici

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