Olivier David, le doyen de la faculté de lettres, a clairement voulu faire un exemple. Des étudiants se préparant au métier de prof de sport ont en effet gravement « dérapé » en début d’année, suscitant l’émotion de la communauté universitaire. On peine à croire que cela soit encore possible à notre époque : un garçon de 20 ans, identifié comme responsable étudiant, s’est fait photographier par ses complices avec une collection de 128 soutiens-gorges en arrière-plan, comme des trophées pris à leurs victimes, image qu’il a ensuite véhiculée sur les réseaux sociaux.

Une fête étudiante qui tourne mal : l’affaire des soutifs de l’Université Rennes 2

L’histoire vraie, rapportée dans le journal Marianne du 24 janvier, commence à la rentrée universitaire 2019-2020. Le Bureau des élèves de Staps – l’organe élu par les étudiants en sport pour organiser des fêtes à un prix dérisoire – programme une série de réjouissances s’étendant sur 7 jours, histoire de faire un peu connaissances. Dans le langage universitaire, cela s’appelle une « semaine d’intégration ». Il s’agit en effet pour les nouveaux de sortir de l’anonymat, en participant à des « exploits » souvent alcoolisés et pas toujours très fins, qui resteront (ou ne resteront pas) dans les mémoires.

Parmi les nouvelles étudiantes, certaines prennent une initiative qui va se révéler malheureuse. Pensant à la déco, ces demoiselles réalisent une belle guirlande, en accrochant les uns aux autres par leurs attaches, une sélection de leurs soutiens-gorges les plus sexys. Au cours de la soirée, la guirlande attire le regard d’un « membre du jury d’évaluation des défis », de sexe masculin, qui voit dans ce bricolage un bel exemple de volonté d’intégration, digne des plus grands éloges. D’où la photo commémorative.

Une étudiante outragée alerte le doyen qui saisit le procureur de la République

Tout cela serait resté ignoré sans la présence d’esprit d’une étudiante qui n’avait pas été invitée à la fête et qui révisait ses partiels en gardant un œil sur son smartphone. Quand elle tombe sur la fameuse photo, elle comprend qu’elle est en présence d’un de ces actes sexistes dont lui ont parlé ses professeurs. La rapporteuse prend une capture d’écran et s’empresse de diffuser ces actes illicites Twitter, alertant les syndicats et la direction de l’université.

Pour les syndicats, il en va de l’honneur des femmes et de la réputation – pourtant pas bien grande – de leur université : l’Alliance Rebelle – Union des étudiant.e.s de Rennes « condamne fermement ces pratiques dégradantes et sexistes. Qu’elles aient été consenties ou non, elles ne sont pas tolérables et ne sont pas représentatives de notre université et de ses étudiant.e.s, y compris en STAPS. » Y compris en STAPS : pauvres sportifs sans cervelle, sous-entendent nos intellos indignés. Quant aux sportives, il faut les protéger contre elles-mêmes…

Le président de Rennes 2 prend également l’affaire très au sérieux. Et réagit dans l’urgence. Il saisit le procureur de la République (la DGSI ne devait pas être joignable). Prenant toute la mesure de cette situation de crise, il informe la communauté universitaire de l’existence de ces images « mettant en scène des étudiant.e.s dans des situations dégradantes et sexistes ». L’emploi de l’écriture inclusive se voulait une première réparation de l’offense faite à toutes les femmes de la terre. Quant au vocabulaire, c’est un copier-coller de la novlangue syndicale.

 

Tout ça pour une blague potache. La contre-enquête de Marianne – le seul média à avoir eu l’idée d’interroger les participants à la fête – le montre clairement. N’en déplaise à ceux qui veulent jouer les chaperons, aucune jeune fille présente n’a été blessée, violentée ou traumatisée. Aucune ne s’est plainte de quoi que ce soit.

;

A Rennes 2-Villejean, une atmosphère très tendue

Et pourtant, les problèmes des garçons identifiés comme Staps ne font que commencer. Briac Jamet, président du bureau des étudiants en sport, reçoit des menaces : « On va vous tomber dessus », prévient l’un ; « mort aux condés, mort aux Staps », leur lancent d’autres en toute impunité. Une pétition est même lancée pour que les jeunes hommes fautifs soient expulsés immédiatement de l’université.

Depuis des années, une atmosphère de violence politique a été instaurée à Rennes 2 par une minorité agissante – une variante locale des « antifas » ou des « black-blocks ». Elle prospère dans un climat idéologique entretenu par une partie du corps enseignant et des syndicats. C’est ce que Marianne met en évidence dans son article. Le courant « décolonial » ou « intersectionnel » ou « indigéniste » serait désormais prépondérant parmi les profs universitaires de lettres et de sciences humaines. Une vision du monde en Noirs et Blancs qui peut légitimer certaines violences et excuse toutes les démissions. Le syndrome d’Evergreen aurait atteint les bords de la Vilaine. https://www.breizh-info.com/2019/07/10/122962/antifascisme-et-endoctrinement-le-modele-evergreen-decrypte-video

La violence physique en réunion est parfois exercée par certains étudiants de Rennes 2 pour des raisons politiques. En février 2018, un agent d’entretien pas assez coopératif a ainsi été corrigé par des bloqueurs (Ouest-France, 8/2/2018). Mais c’est le harcèlement moral qui est le plus efficace. Ceux qui répliquent à l’intimidation courent des risques professionnels réels. En témoigne l’histoire de ce professeur de Rennes 2 décryptée également par Marianne du 24 janvier.

En 2019, deux syndicats étudiants obtiennent la mise en accusation d’un professeur pour racisme, dans un contexte politique lourd et sur des bases plutôt fragiles

13 Février 2019 : début de mobilisation étudiante en vue d’un blocage à Rennes 2, comme à peu près chaque année. Les nerfs de tous sont mis à rude épreuve, car nul ne sait combien de temps peuvent durer les blocages décidés par quelques dizaines d’agitateurs – jusqu’à plusieurs mois.

Cela commence habituellement par la tournée par des groupes militants des amphithéâtres, pour « expliquer la réforme en cours » et amener des étudiants à consentir au mouvement. Au cours de cette tournée inaugurale de février, un professeur d’histoire refuse qu’on interrompe sa leçon. Peu importe, on ne lui demande pas son avis. L’orateur- qui n’est pas de ses élèves- vient occuper l’estrade avec autorité. Il a d’ailleurs un mégaphone pour être sûr d’être bien entendu. L’enseignant a alors l’audace de perturber l’exposé du gréviste. Il l’aurait raillé. On en vient aux insultes, avant de s’écharper physiquement (une bousculade).

Dans l’assistance, beaucoup n’ont pas saisi ce qui s’est passé (cela a été rapide); certains sont choqués, d’autres en colère et quelques-uns se réjouissent. Ils ont maintenant de quoi faire tomber leur ennemi – repéré pour avoir critiqué dans le passé les blocages à répétition. Car l’étudiant malmené est de nationalité ivoirienne, sa couleur de peau est noire. Il venait d’ailleurs plaider la cause des étudiants étrangers hors UE, à qui la France réclamait une participation plus importante aux frais universitaires. Ce qui s’est passé est une agression raciste.

La nouvelle de la bousculade se répand comme une trainée de poudre. Et prend des proportions de plus en plus grandes. Les élèves les plus proches de la confrontation aurait entendu le professeur faire une imitation de l’orateur et de son accent. Le professeur aurait également tenu des « propos racistes » (Ouest-France du 2/4/2019), avant de brutaliser l’étudiant « racisé ».

La piste de l’agression raciste est diffusée par deux syndicats étudiants politiquement marqués à gauche. L’Unef le dit sans détour dans un tract vengeur. C’est aussi ce que sous-entend un tract de l’Armée de Dumbledore Rennes 2. Cette armée est un collectif indépendant associé au syndicat Sud dans l’Alliance rebelle, et qui sous des noms folkloriques domine les instances élues avec un sens tactique indéniable (Ouest-France prête aux élus étudiants une réputation de faiseurs de roi, dans la réélection d’Olivier David en mai 2019 – OF du 3/5/219). Le tract de l’Armée de Dumbledore livre au public le nom du professeur tout en demandant la création d’une « commission antiracisme ».

Une direction de l’université sous la pression des justiciers

Faisant la part des choses, la direction de l’université suspend jusqu’à nouvel ordre le cours du prof, « car les conditions de sécurité ne sont pas optimales pour lui permettre d’assurer ses cours sereinement ».

L’Université est en fait gênée aux entournures. En 2019, elle combat officiellement la réforme ministérielle sur les droits d’inscription et a « banalisé » les cours le jour de l’incident : l’étudiant était plus ou moins dans son droit en interrompant le cours. De l’autre, la direction tient à appliquer la loi, qui donne des garanties à un accusé, même pour le pire des crimes. Un exercice d’équilibrisme qui provoque l’émotion de 39 organisations politiques et syndicales représentées sur Rennes 2, qui soutiennent la démarche de Dumbledore dans une pétition commune.

Une procédure disciplinaire est donc ouverte à l’encontre du professeur désormais complètement isolé. Son avocat obtient toutefois que le « tribunal universitaire » local soit dessaisi et que l’affaire soit dépaysée dans le Morbihan. Signe que l’atmosphère de Rennes 2 ne permettrait pas un jugement impartial.

Pas plus que les jeunes sportives « victimes du sexisme des garçons Staps », l’étudiant ivoirien n’a d’ailleurs tenu à porter plainte devant les vrais tribunaux.

Quelques mois plus tard, en novembre, au vu des témoignages contradictoires, l’affaire se dégonfle. Mieux, un enregistrement de la scène a été réalisé :

  • L’imitation de l’accent africain, interprétée comme raciste, n’est pas audible.
  • En matière de propos raciste, seul le mot « connard » a été prononcé. Or c’est la plus antiraciste des insultes, car des connards, il y en a sous toutes les latitudes et de toutes les couleurs.

Le professeur cloué publiquement au pilori est finalement sorti innocenté de cette affaire. Mais tout le monde à Rennes 2 aura retenu la leçon : en cas de conflit, le plus raisonnable est de s’écraser devant les activistes étudiants.

 

Enora

Addendum : Le professeur en question est Gauthier Aubert, spécialiste du 17ème siècle et 18ème siècle breton, des élites du Parlement de Bretagne comme des révoltes populaires. En 2019, il a publié un livre grand public à la thèse pour le moins discutable : Les Bonnets rouges ne sont pas des Gilets jaunes. Archéologie des fureurs populaires en Bretagne.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine