La Malédiction de l’Intelligence, Michel Rocard, Philosophie de la misère, L’esprit impérial, La vie sous l’ancien régime : voici la sélection littéraire de la semaine

La malédiction de l’Intelligence

La société, par nécessité statistique, doit se concentrer sur la majorité. Elle doit être construite et pensée pour « l’individu moyen ». Par nécessité morale, elle doit aussi se concentrer sur les plus désavantagés et ceux dont les capacités sont réduites, aidant ainsi ceux qui ne peuvent s’aider eux-mêmes. Mais pendant que la majorité des ressources, de l’attention et des infrastructures sont dédiées à la moyenne – voire au dessous – de l’intelligence de l’individu moyen, peu – voire aucune – n’est donnée à ceux dont l’intelligence est au dessus de la normale. Et tandis qu’avoir un QI élevé est globalement un bénéfice net dans la vie, être statistiquement un « cas » intellectuel n’est pas dépourvu d’inconvénients. Bienvenu dans « La Malédiction de l’Intelligence ». Que vous tombiez de sommeil pendant les cours, que vous vous confrontiez sans arrêt avec votre patron, que vous ne compreniez pas pourquoi les gens regardent les Oscars, sont des alcooliques, où semblent souffrir de « troubles de l’attention », avoir un QI élevé peut être parfois une expérience exaspérante. Ce qui apparaît pour vous comme la solution évidente est en général ce que les « normaux-pensants » combattront bec et ongles. De mauvaises notes en Français ? La supériorité de votre esprit est tenue en otage par l’ennuyeuse infériorité de celui de votre professeur.

Et vous aimeriez fonder une famille ? Bonne chance pour trouver un égal intellectuel comme conjoint. Et pendant que le monde est obsédé par ses propres problèmes ou (à juste titre) par ceux des plus désavantagés, personne ne prête attention aux problèmes de ceux qui sont anormalement intelligents. Cependant, les choses changent dès maintenant avec La Malédiction de l’Intelligence.

La Malédiction de l’Intelligence est le premier livre spécialement écrit pour les gens anormalement intelligents. Il établit et identifie une série de problèmes auxquels les gens intelligents font face, les analyse et prodigue des solutions. Mais plus important encore, l’objectif est d’apporter le retour d’une bonne santé mentale à ceux qui souffrent le fait d’une intelligence anormale, et spécialement à ceux qui ignorent qu’ils en font l’objet. Donc si vous êtes constamment en désaccord avec la société, que vous souffrez de dépression ou d’ennui, que vous vous trouvez incapable de donner du sens à votre vie et de l’agencer convenablement, où simplement ne trouvez-vous aucun ami, considérez la lecture de « La Malédiction de l’Intelligence ». Garantie de vous rendre la vie un peu plus aisée.

Voir la vidéo ci-dessous au sujet du livre

La malédiction de l’Intelligence – Aaron Clarey – Editeur indépendant – 13,07€

Michel Rocard

Premier ministre, plusieurs fois ministre, député, sénateur, emblématique maire de Conflans-Sainte-Honorine, Michel Rocard (1930-2016) compte parmi les personnalités les plus populaires et les plus notables de la Ve République. Marqué par sa formation à l’ENA, le protestantisme et le syndicalisme, il a toujours privilégié les dossiers, les réformes ambitieuses et les réalisations concrètes. Secrétaire national du Parti socialiste unifié de 1967 à 1973, avant de rejoindre le parti socialiste, il se passionne pour les débats d’idées et l’innovation sociale au contact d’une myriade d’intellectuels français et internationaux. La lutte interne qu’il amorce au sein du PS à partir des années 1970 contre son premier secrétaire, François Mitterrand, tourne progressivement en sa défaveur, contrariant le destin national auquel il semblait promis. Ainsi, il ne parviendra jamais à se faire élire président de la République. Dans le sillage de Pierre Mendès France, Rocard, en définitive, incarne le visage idéal de l’homme politique, mais pas sa réalité. Cette biographie, écrite à partir de sources inédites ‒ en particulier ses carnets personnels ‒, et dans laquelle le plaisir de lecture le dispute à la rigueur de l’historien, retrace le parcours d’un homme qui, toute sa vie, délaissa les manœuvres tactiques et d’appareil au profit d’une approche à la fois trop technique et cérébrale du politique.

Maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil, Pierre-Emmanuel Guigo a publié plusieurs ouvrages, dont Mitterrand, un homme de paroles.

Michel Rocard – Pierre-Emmanuel Guigo – 23€ – Perrin

Philosophie de la misère, Misère de la Philosophie 

« Entre le socialisme proudhonien et le socialisme marxiste, il y a un désaccord plus grave qu’une querelle politique ou une rivalité d’école. Ce sont deux tempéraments qui s’affrontent, deux conceptions de la vie qui s’opposent » écrivait Robert Aron. Proudhon avait pourtant exercé une influence considérable sur le jeune Marx, mais il lui reproche son idéalisme et de n’avoir pas compris la vraie dialectique scientifique. « Il n’a réussi que dans le sophisme », dira-t-il.

Lorsqu’en 1846 paraît I’ouvrage de Proudhon, Philosophie de la Misère, Marx réplique en publiant un an plus tard, Misère de la philosophie, montrant toute I’étendue de leurs divergences qui puisent leur origine dans leur vision même de la place de I’homme, de la nature, de la valeur d’un bien, de la division du travail, de  l’industrialisation ou de la propriété. Ainsi, pour Proudhon « Le communisme reproduit donc, mais sur un plan inverse, toutes les contradictions de I’économie politique. Son secret consiste à substituer I’homme collectif à I’individu dans chacune des fonctions sociales, production, échange, consommation, éducation, famille. Et comme cette nouvelle évolution ne concilie et ne résout toujours rien, elle aboutit fatalement, aussi bien que les précédentes, à I’iniquité et à la misère. » À quoi Marx répond « Chaque rapport économique a un bon et un mauvais côté c’est le seul point dans lequel M. Proudhon ne se dément pas. Le bon côté, il le voit exposé par les économistes ; le mauvais côté, il le voit dénoncé par les socialistes. Il emprunte aux économistes la nécessité des rapports éternels ; il emprunte aux socialistes I’illusion de ne voir dans la misère que la misère. » Confrontation fondamentale, ces deux textes sont ici réunis.

Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) est un journaliste, économiste et philosophe français. Partisan du fédéralisme, il se dit anarchiste, penseur d’un socialisme libertaire et non étatique.

Karl Marx (1818-1883) est un philosophe, sociologue et économiste allemand, théoricien de la révolution, célèbre pour sa conception matérialiste de I’histoire et sa critique du capitalisme reposant sur la lutte des classes.

Le texte de Pierre-Joseph Proudhon ne reproduit pas intégralement I’édition originale ; il a été expurgé des exemples et commentaires d’actualité obsolètes aujourd’hui, sans que ces excisions nuisent à la compréhension de son exposé. Le texte de Karl Marx est intégral.

Philosophie de la misère, Misère de la Philosophie – Proudhon/Marx – Kontre Kulture – 19,5€

L’esprit impérial

Phénomène protéiforme, les Empires français et britannique furent d’abord « informels », puis la course à l’empire à la fin du XIXe siècle établit des gouvernements directs. Après la poussée décolonisatrice des années 1960, les leviers de la puissance restèrent souvent aux mains des anciens empires ; on se mit alors à parler de néo-colonialisme. Mais les empires n’étaient pas seulement présents dans les Amériques, en Afrique ou en Asie. Ils se déployaient également dans les métropoles. Pour la plupart des Français et des Britanniques, la perte « là-bas » de possessions impériales paraissait coïncider avec l’arrivée « ici », menaçante pour leurs emplois et leur « mode de vie », d’immigrants issus des anciennes colonies.

En réaction, de nouvelles hiérarchies furent imposées et de nouvelles définitions des identités nationales furent élaborées, faisant surgir une fracture coloniale aux lourdes conséquences au sein des sociétés britannique et française.  En retraçant l’histoire de deux empires depuis le XIXe siècle, Robert Gildea explique les mythes liés à leur création, puis leurs mutations. L’auteur, à travers une réflexion courageuse, originale et essentielle, montre ainsi que la perte de l’empire a fini par engendrer de nouveaux fantasmes d’empire, lesquels ont à leur tour aggravé les antagonismes coloniaux et influencé les choix politiques des sociétés contemporaines.

Historien britannique, professeur à l’université d’Oxford, Robert Gildea est spécialiste de la France des XIXe et XXe siècles. Il est notamment l’auteur de Comment sont-ils devenus résistants ? Une nouvelle histoire de la Résistance, 1940-1945 et de Marianne in Chains, pour lequel il a reçu le Wolfson History Prize

L’esprit impérial – Robert Gildea – Passés composés – 25€

La vie sous l’ancien régime

Sous le règne des Bourbons, l’existence était rude : climat éprouvant, alimentation déficiente, spectacle permanent de la mort et des maladies incurables. À ces conditions s’ajoutait le cadre rigide d’une société figée dans des hiérarchies immuables, révérant un souverain lointain et courbant sous le poids d’une religion traditionnelle.

Pourtant, les hommes étaient heureux. Ils le disent, l’écrivent, le chantent. Leurs témoignages, mémoires, journaux intimes, récits, louent un art de vivre à la française, le goût d’une culture singulière, d’un patrimoine, d’une gastronomie enviée, de codes comportementaux élégants. Dès lors, comment expliquer que la Révolution française ait pu s’élever contre une telle conception de la société et des rapports humains ?
L’historienne Agnès Walch répond à cette question en explorant la vie quotidienne des Français sous l’Ancien Régime. Dans un grand récit nourri aux meilleures sources et écrit d’une plume enlevée, elle donne à voir et à entendre les voix d’un passé oublié qui sut conjuguer la rudesse et la  » douceur de vivre « , selon la formule de Talleyrand.

Professeur des universités, Agnès Walch est spécialiste de l’Ancien Régime ainsi que de l’histoire du mariage et du couple. Elle a notamment publié Histoire du couple en France et Histoire de l’adultère.

La vie sous l’ancien régime – Agnès Walch – 24€ – Perrin

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