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Pour les élections municipales des 15 et 22 mars prochains à Nantes, le maire sortant, Johanna Rolland (PS), est confronté à une situation inédite. En effet, la compétition habituelle entre la gauche et la droite institutionnelles a volé en éclat depuis les élections présidentielles de 2017, l’élection d’Emmanuel Macron et la présence des listes et candidats marcheurs dans toutes les autres élections.
Même si elle bénéficie du caractère particulier de cette élection locale où le maire sortant profite d’un avantage de notoriété personnelle et de l’appareil municipal, le paysage politique a évolué.
Le nouveau paysage politique nantais
Ainsi, au premier tour des élections présidentielles de 2017, Emmanuel Macron avait obtenu 30.83%, quand Benoît Hamon, le candidat PS pourtant soutenu par les verts EELV, n’atteignait que 10.98%. A gauche, c’est Jean-Luc Mélenchon de LFI ( La France Insoumise ) qui réalisait le meilleur score avec 25.47%.
Ce changement s’est traduit aux élections législatives de juin 2017 consécutives aux présidentielles par l’élection de 3 candidats LREM dans les 3 bastions socialistes de la ville de Nantes et de 8 LREM et 2 MODEM dans l’ensemble du département de Loire Atlantique.
De même, aux élections européennes de 2019, malgré un contexte peu favorable pour le Président Macron, la liste LREM de Mme Loiseau est arrivée en tête avec 26.34% mais, de plus, celle des verts EELV de Yannick Jadot suivait avec 24.35%. Manon Aubry de LFI s’effondrait à 6.11% et Benoît Hamon se limitait à 4.76%, Ian Brossat du PC à 2.06%. Jordan Barella du RN plafonnait à 8.39%.
Le déclin de la coalition municipale d’union de la gauche
Il est loin le temps où, en 2008, la liste d’union très large des gauches conduite par Jean-Marc Ayrault réussissait à se faire élire dès le premier tour avec 55.71%. Déjà en 2014, Johanna Rolland était concurrencée par une liste des Verts dirigée par l’adjointe Pascale Chiron. Si elle arrivait en tête avec 34.51%, Pascale Chiron se retrouvait en 3° position en réalisant 14.55%. Ce score lui donnait la possibilité de se maintenir au 2° tour et de créer une triangulaire avec Laurence Garnier (LR) arrivée derrière Johanna Rolland avec 24.16%, et ce malgré la présence de trois autres candidats divers droite ou centriste : Sophie Van Goethem 5.59%, P. Gobet 4.30%, un MODEM 2.10%. Christian Bouchet (FN) terminait à la 4° place avec 8.14%.
Au second tour, Les listes de J. Rolland et P. Chiron fusionnaient, ce qui permit leur élection avec 56.21% contre 43.78% à Laurence Garnier.
La situation en mars 2020
9 listes sont sur la ligne de départ :Johanna Rolland (PS), Laurence Garnier (LR), Valérie Oppelt (LREM), Hugo Sonnier (UPR), Julie Laernoes (EELV), Margot Medkour (LFI), Nicolas Bazille (LO) et Eléonore Revel (RN), Riwan Chami ( NPA ).
Les 6 listes principales étant conduites par des femmes, ceci permet d’affirmer sans risque d’erreur que le futur maire de Nantes sera encore une femme. Par contre, pour la première fois depuis 1989, le résultat final n’est pas acquis d’avance. 4 d’entre elles peuvent rêver de le devenir : J. Rolland, L. Garnier, J. Laernos et V. Oppelt.
En effet, comme en 2014, J. Rolland retrouve une liste EELV conduite par Julie Laernos, qui bénéficie de la dynamique des Verts aux élections européennes et de l’omniprésence médiatique des thèmes écologiques. Mais l’électorat de J. Rolland peut aussi être tenté par 2 autres concurrents. Les électeurs plus à gauche et dans les quartiers seront sollicités par la liste LFI de Margot Medkour. Johanna Rolland a bien senti ce danger et vient d’infléchir sa communication en ce sens. Elle affirme, en effet que « si les cités ne figurent pas parmi les quatre combats inscrits sur le programme de Nantes en confiance (santé, sécurité, écologie et égalité), c’est parce qu’elles sont inclues dans toutes ses priorités. »
Quant à ses électeurs de la bourgeoisie libérale, ils pourraient se tourner vers la liste LREM de Valérie Oppelt.
De plus, les partis ( PS – MRG – PCF – UDB ) de la coalition qui soutiennent J. Rolland sont vieillissants et tous en déclin. Malgré le poids municipal, ils n’ont plus l’appareil militant du passé.
A droite, Laurence Garnier contrairement à 2014 est seule. Cependant, une partie de son électorat, déçu par l’évolution du parti LR, peut aussi mieux se reconnaître dans la liste LREM de Valérie Oppelt.
Celle-ci part cependant avec le handicap du mécontentement né de la réforme du régime des retraites et des conflits sociaux.
Quant à Eléonore Revel du RN et Margot Medkour de LFI, leur défi serait de franchir la barre des 10% pour se maintenir au second tour. Au vu des résultats passés, c’est peu probable. Si cela se produisait, cela augmenterait encore l’incertitude sur le résultat final dans la mesure où elles resteraient dans la compétition.
Le bilan de Mme Rolland
Au delà de l’analyse du rapport de force à partir des résultats des précédentes élections, le bilan de Johanna Rolland jouera un rôle décisif. Or, contrairement à l’époque de Jean-Marc Ayrault, beaucoup de Nantais ne sont pas satisfaits des résultats sur le terrain de sa politique que ce soit pour l’insécurité généralisée , le manque de propreté , la circulation embouteillée, la fiscalité galopante, l’urbanisation concentrationnaire, l’immigration. Nous y reviendrons.
En conclusion, aucune liste ne peut espérer un succès dès le premier tour et, au second tour, rien n’est joué dans le contexte d’incertitude et de volatilité de l’électorat. L’ordre d’arrivée au soir du 15 mars sera déterminant car il conditionnera les éventuelles fusions entre les listes ayant obtenu plus de 5% des votants. Le nombre de listes en présence le 22 mars et ces éventuelles fusions seront la clef du résultat final.
J.F. Lebreton
Crédit photo : Selbymay/Wikimedia (cc)
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