À l’inverse du cinéma américain qui a multiplié les productions sur la guerre du Vietnam, rares sont les films français traitant de la guerre d’Indochine. Pourtant, le plus réaliste de tous ces films reste sans doute La 317ème section.

Le 3 mai 1954, pendant la guerre d’Indochine. Commandée par le jeune sous-lieutenant Torrens (Jacques Perrin), tout juste sorti de Saint-Cyr, la 317ème section reçoit par radio son ordre de repli. Quatre Français et quarante-et-un Laotiens abandonnent le fortin isolé de Luong Ba à la frontière du Laos, pour rejoindre au poste de Tao-Tsai une colonne partie au secours du camp retranché de Diên Biên Phu. Tentant de se frayer un chemin dans la jungle, ces hommes vont affronter la forêt hostile, les fièvres… et les forces communistes Việt Minh. Torrens doit tirer profit du pragmatique sous-officier Willsdorff (Bruno Cremer), vétéran de la Seconde Guerre mondiale dans la Wehrmacht. Durant la marche, les soldats apprennent la chute de Diên Biên Phu. Arrivés en vue de Lao Tsaï, ils aperçoivent un lointain panache de fumée. Torrens, Willsdorf et trois Laotiens tentent alors de se réfugier dans les montagnes…

La 317ème section est un film franco-espagnol réalisé par Pierre Schoendoerffer, sorti le 31 mai 1965, adapté de son roman publié en 1963. C’est l’un des rares films réalisés sur la guerre d’Indochine. Au cours d’une retraite désespérée, manquant d’expérience, un jeune officier idéaliste, frais émoulu de Saint-Cyr, va découvrir comment on mène une guerre auprès d’un « malgré nous », Alsacien incorporé de force dans la Wehrmacht.

Pierre Schoendoerffer a souligné que c’est « le cheminement vers la mort d’un groupe d’hommes, pendant lequel ils traversent un certain nombre de vallées, de déserts et de mers de larmes ». Il connaît bien le sujet. Cinéaste aux armées pendant la guerre d’Indochine, il a participé au siège de Ðiện Biên Phủ. Pour tourner ce film très réaliste, caméra à l’épaule, il a obligé pendant un mois les acteurs et six techniciens à bivouaquer au cœur de la forêt cambodgienne. Il se justifie ainsi : « J’ai imposé à tout le monde la vie militaire. Un film sur la guerre ne peut pas se faire dans le confort. Tous les matins, nous nous levions à 5 heures et nous partions en expédition à travers la jungle. Nous étions ravitaillés par avion toutes les semaines ». C’est sans doute ce tournage éprouvant qui rend si crédible le jeu des acteurs. Bruno Cremer et Jacques Perrin, seulement âgé de 24 ans à l’époque, impressionnent par la justesse de leur jeu.

 

En apparence, ce film ne revendique aucune orientation politique. On notera cependant que les soldats laotiens combattant sous les ordres des officiers français rejettent fermement les messages Việt Minh. L’expérience personnelle de Pierre Schoendoerffer lui permet de mettre en valeur l’honneur militaire dans les guerres de la décolonisation.

Les images en noir et blanc sont magnifiques. Elles dévoilent avec une véracité crue les pensées de chacun.

D’origine alsacienne, Pierre Schoendoerffer (1928-2012) s’engage en 1952 dans le Service cinématographique des armées. Il filme les opérations militaires et participe à la guerre d’Indochine. Fait prisonnier à la bataille de Diên Biên Phu, en 1954, il survit à l’épreuve d’une captivité particulièrement éprouvante. Rentrant de cette guerre après avoir accompli un tour du monde, il entend témoigner. Reporter-photographe, écrivain et réalisateur, il adapte au cinéma en 1959 Pêcheur d’Islande, roman de Pierre Loti, qui décrit la vie des pêcheurs bretons partant en campagne de pêche en Islande. Puis ses films mettent en valeur l’honneur militaire. Onze années après la défaite de Diên Biên Phu, il tourne La 317ème section. En 1965, il passe deux mois au Vietnam, avec un caméraman et un ingénieur du son, pour filmer des soldats américains, dans La section Anderson, qui remporte l’Oscar du meilleur documentaire à Hollywood en 1968. En 1969, il publie un second roman, L’adieu au roi, qui obtient le Prix Interallié. Son roman Le Crabe-Tambour, paru en 1976, obtient le Grand Prix du Roman de l’Académie française. Il le porte à l’écran l’année suivante. En 1982, Schoendoerffer réalise L’honneur d’un capitaine. Il tourne par la suite Diên Biên Phu (1992) puis Là-haut, un roi au-dessus des nuages (2003).

Kristol Séhec

La 317ème section, Blu-Ray 15 euros. Studio Canal.

Dans les bonus de cette version, on peut découvrir le documentaire Jacques Perrin, le sens de l’engagement (33 min), réalisé par Dominique Maillet. Jacques Perrin raconte les conditions difficiles de ce tournage. Il évoque également la personnalité de Pierre Schoendoerffer.

Crédit photos : DR
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