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Quotidiennement, TV Libertés vous propose dès cette semaine de faire un tour du côté de l’Asie du sud-est, pour faire le point sur l’épidémie de coronavirus dans cette partie du globe. Aujourd’hui, direction la Birmanie.
La Birmanie est un pays dont la superficie est largement supérieure à celle de la France métropolitaine (677 000 m² contre 552 000 m²). Devenu indépendant de l’Empire britannique en 1948, le pays également nommé Myanmar compte une population d’environ soixante millions d’habitants. Son indice de développement humain le place en 148ème position mondiale. Si ce critère est relativement subjectif, il permet néanmoins de classer le pays au rang des « pays pauvres ».
La Birmanie est une république parlementaire, dans laquelle cohabitent de nombreuses ethnies, souvent en guerre contre l’État central. En 2017, le conflit opposant l’État mais surtout l’armée et une partie des bouddhistes à la minorité musulmanes (Rohingyas) a mis le pays sur le devant de la scène.
En guerre contre des factions militaires internes (de tendances autonomistes), le pays connaît aussi une certaine rivalité inégalement exacerbée – selon les conjonctures – avec son voisin thaïlandais. L’armée birmane, Tatdmadaw, véritable contrepouvoir, est crainte dans le pays mais aussi dans la région.
Fort de richesses naturelles, comme les pierres précieuses mais aussi le pétrole ou le gaz, le pays est aussi un lieu de plus en plus prisé des touristes majoritairement chinois et japonais. Par ailleurs, la Birmanie est un pavillon de libre immatriculation.
Détails pour briller en société, sa capitale n’est pas Rangoun mais Naypyidaw et l’écrivain britannique Georges Orwell y a écrit au temps colonial britannique un roman, Une histoire birmane, dont la portée est en partie autobiographique.
Gestion rudimentaire et propagande
La proximité géographique et économique avec la Chine a naturellement fait de la Birmanie l’un des premiers pays touchés par le Covid-19. Pour y faire face, les autorités ont mis au point des dépistages visant essentiellement des étrangers ou des personnes en provenance de l’étranger. Les moyens du pays, qui n’a pas connu de « grand boom » économique ni de période collectiviste favorisant le développement d’un système de santé efficace, sont très limités.
Le dépistage des personnes étrangères ou en provenance de l’étranger permet, assez facilement, d’accuser les autres des maux qui vous frappent. Ressortissants birmans en visite en Grande-Bretagne ou aux États-Unis ont ainsi pu être pointés du doigt, tout comme les touristes, anglo-saxons comme français.
Sont donc accusés les étrangers… Mais pas les Chinois, pourtant très présents, et qui partagent pourtant 2 500 km de frontières dans la province de Yunnan. Un silence « très économique », qui laisse penser que Pékin a demandé à ses partenaires régionaux de se montrer discrets et compréhensifs.
Le Covid-19, une épidémie parmi d’autres
Quelques cas ont été dénombrés dans les hôpitaux de provinces ; il faut néanmoins tenir compte des difficultés de communication et de comptabilité qui peuvent exister dans un territoire aussi vaste et inégalement développé qu’est celui de la Birmanie.
Un associatif présent sur place nous affirme qu’une première vague de Covid-19 a pu avoir lieu il y a plusieurs mois déjà, noyée au milieu d’importantes épidémies de grippes et de grippe de l’éléphant, dengue, et autres grippes tropicales.
Les compteurs « officiels » – ou en tout cas largement utilisés par la presse et les « spécialistes » – disponibles en ligne apparaissent en tout cas bien loin de la réalité et indiquaient mardi 31 mars un nombre de 14 cas dont un mort.
Critique occidentale
À ce jour, pas de confinement prévu en Birmanie mais seulement des fêtes religieuses et nationales annulées dans le cadre, notamment, du nouvel an bouddhique. Certains titres de presse comme le Courrier International ont évoqué un « déni de gravité » de l’État birman. Une analyse très ethnocentrée qui fait fi de la mentalité asiatique et de la manière dont sont envisagées la maladie et la mort dans les cultures bouddhiques et asiatiques. Même son de cloche chez Libé, avec des relents très méprisants qui peinent à être masqués derrière une critique probablement justifiée, à certains égards, de la gestion de la crise par les autorités.
Une bonne occasion de faire la guerre
Face à l’épidémie, le gouvernement s’agite, un peu, et communique… Pendant ce temps, l’armée, elle, bombarde et met le feu aux villages de l’État d’Arakan dans l’ouest du pays, dans le silence total des médias occidentaux. Un seul titre s’est fait l’écho de cette guerre, Le petit journal, un média indépendant à destination des Français et francophones de l’étranger.
Alors que les exactions, bien réelles, de l’armée birmane à l’encontre des minorités musulmanes dites « rohingyas » avait fait couler beaucoup d’encre, le sort des habitants de l’Arakan laisse de marbre les rédactions occidentales. Le fait que l’armée autonome hostile à l’État centra,l l’« Arakan Army », soit bouddhiste et pas mahométane rend l’explication de la guerre plus complexe et surtout moins vendeuse.
En Birmanie comme dans nombre de pays pauvres, impossible d’avoir des chiffres fiables concernant l’épidémie. Sa gravité, elle, est à relativiser. Dans un pays où l’espérance de vie est de 67 ans et la mortalité infantile de 62 pour mille (en France 3,2 pour mille) et où des épidémies et des maladies réputées bénignes chez nous tuent épisodiquement de nombreuses personnes, difficile de considérer la crise de la même manière. Il est en tout cas complètement illusoire d’avoir une lecture occidentale de la crise du covid-19 pour un pays comme la Birmanie.
L’élément marquant de cette crise en Birmanie est son utilisation politique : dans ses rapports avec la Chine, le choix du silence, et dans son opportunité pour intensifier la répression contre les ennemis de l’armée. Comme partout ailleurs dans le monde, l’arrivée d’une crise sanitaire permet donc à l’appareil d’État, et ici l’appareil militaire, de se raidir.
Olivier Frèrejacques via TV Libertés
Crédit photo : DR
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