Le confinement n’empêche pas les affaires. Depuis le début du confinement, les dealers, déjà actifs au 16 rue Edmond Bertreux depuis quatre ans, ont colonisé la cage d’escalier du 12, en s’appuyant sur un locataire complice… au grand dam des riverains du Building, dont certains ont été menacés ou agressés dans ce grand immeuble qui domine les Dervallières, quartier dit « sensible » à l’ouest de Nantes. Une agression sexuelle a aussi eu lieu au n° 10, tout aussi colonisé. Enquête exclusive.

 

Dans le 12, selon les riverains, les dealers – principalement nord-africains, âgés de 20 à 30 ans et originaires pour certains du Breil ou d’autres immeubles des Dervallières – s’appuient sur un complice, un locataire violent ; ce dernier a manqué de peu d’être expulsé de l’immeuble pour ses violences il y a deux ans. Alcoolique et violent, il a depuis agressé plusieurs habitantes de l’immeuble.

Dans son appartement, il reçoit des dealers, et leur a donné son passe pour ouvrir la cage d’escalier. Selon un relevé détaillé des allers et venues devant l’immeuble qui nous a été transmis, des voitures s’arrêtent régulièrement devant la cage d’escalier du 12, une personne en descend, monte chez le locataire et repart en voiture. Parmi ces ravitailleurs – une vingtaine par jour, sans compter les clients, le chef du point de deal passe quatre à cinq fois par jour.  Le point de deal est, lui, à l’entrée de l’immeuble, et est actif de 18 h à 8 h du matin toutes les nuits – il y a un portier en costume de sport, un dealer et deux à trois autres individus sur le palier du premier étage, installés à demeure.

Sur la place, devant l’église, au moins deux guetteurs sont présents – quand la police arrive, ils poussent de hauts cris, « comme un enfant qu’on égorge », décrit un riverain. Autre point où se retrouvent les dealers, malgré le confinement – un commerce, au fond de la place, dont les horaires d’ouverture ont été assez récemment étendus tard dans la soirée – en théorie pourtant, un arrêté préfectoral interdit la vente à emporter de 21h à 6h hors livraisons alimentaires, depuis le 25 mars, mais il ne doit pas s’appliquer aux Dervallières.

Des immeubles sous la coupe des trafiquants

Sur cette même place, le deal est aussi actif depuis au moins l’an dernier dans un immeuble rue Jacques Callot – il a été dit à la fin de l’année dernière dans une réunion avec la police, à la mairie de Chantenay, que l’un des dealers de l’immeuble ramenait « 5000 euros par semaine à ses parents ».

Juste à coté, au 10, où les dealers sont actifs par intermittence depuis trois ans au moins, un dealer a demandé, dans l’ascenseur, à une grand-mère de 88 ans de lui « tailler une pipe ». Comme pour les points de deal rue Jacques Feyder, démantelés avant le confinement, les dealers s’incrustent, s’appuyant sur des locataires complices consommateurs – « c’est gagnant gagnant, sauf pour les riverains bien sûr », réagit un policier nantais. « Quand on arrive, les dealers se réfugient chez lui, ils planquent aussi de la drogue et le locataire, ça lui paie sa conso ».

Jusqu’à finir par placer les immeubles sous leur coupe : au Breil, tout visiteur était implacablement interrogé, « une infirmière qui venait faire des soins devait donner 5 à 10 balles à chaque fois », explique un ex-riverain. « Quand ils voyaient une voiture qu’ils ne connaissaient pas, ils en crevaient les pneus pour savoir qui était le proprio, quand tu recevais quelqu’un, fallait que tu entres avec, sinon ils lui faisaient un interrogatoire pire que les flics, qui c’est, où il va, pour combien de temps, la raison etc C’était invivable, et le pire, c’est qu’ils foutaient la merde chez nous, mais ils ne venaient pas du quartier. Leurs boss seulement ».

Au 12, les riverains espèrent que leur immeuble ne tombera pas sous la coupe des dealers. « Avec le confinement, on ne fait plus de surveillance spécifique des points de deal – la priorité est de faire respecter le confinement », explique un policier nantais. Cependant, alertée, la police est passée sur les lieux à plusieurs reprises, dispersant des attroupements – mais cela n’a fait qu’interrompre le deal des courts instants. Selon nos informations, Nantes Habitat est au courant, mais n’a pas bougé.

Ali Rebouh a « tout appris aux Dervallières »

Un élu municipal, Ali Rebouh, réputé proche de la maire Johanna Rolland, aurait aussi été informé. Ce dernier a eu l’ordre du Mérite et est aussi originaire du quartier, ex-dirigeant de l’Amicale Laïque locale. Dans les colonnes de nos confrères d’Ouest-France (28.2.2014), l’actuel conseiller départemental de Nantes 5 et adjoint au maire depuis 2008, actuellement chargé des Sports, affirmait avoir « tout appris aux Dervallières ». La police municipale serait aussi mise au courant du deal, ainsi que les services spécialisés de la police nationale.

Selon nos informations, après une série d’agressions et d’intimidations de la part du locataire violent, complice du deal dans leur cage d’escalier, des habitants du 12 ont l’intention d’aller porter plainte et de demander son expulsion – ils espèrent qu’une fois leur complice de la cage d’escalier viré, les dealers lâcheront l’affaire, à défaut de l’immeuble.

Le confinement entraine une pénurie de drogue

La drogue se faisant rare en France avec le confinement – la route du cannabis, depuis le Maroc et l’Espagne, est coupée, tandis que les approvisionnements en opiacés depuis la Turquie et les Balkans sont eux aussi très perturbés du fait de la fermeture de diverses frontières et de l’arrêt des liaisons maritimes entre les Balkans, la Grèce et l’Italie – les prix ont renchéri, la pénurie se fait jour chez les consommateurs et les dealers, qui vivent sur leurs stocks, voient leurs profits augmenter sensiblement. Là encore, les circuits de la drogue étant mondialisés, la « production locale » ne couvre qu’une très petite partie des besoins, notamment en cannabis.

Louis Moulin

Crédit photos : Breizh-info.com
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